‹ La diplomatie de Guillaume IIChapitre 115 sur 133 · RESPONSABILITÉ DE B E T II M A N N · texte numérisé non relu

RESPONSABILITÉ DE B E T II M A N N

OU d'avoir égaré son gouvernement par le ton amical de leurs conversations. » {Angl., 87, 89.) ,

Le 31 au matin, quand l'ambassadeur d'Angleterre vint apporter au Chancelier allemand la réponse à son « infâme proposition », ce dernier avait déjà connaissance de l'avertissement ci-dessus. Il n'avait pas dû l'étonner, car le prince Lichnowsky et le secrétaire von Jagow avaient dit l'un et l'autre qu'il ne leur causait aucune surprise. Quoi qu'il en soit, au moment où l'ambassadeur lui apporta l'avis du refus par sir E. Grey de conclure « un marché » aux dépens de la France ou de la Belgique, le chancelier « était si préoccupé par les nouvelles au sujet des mesures des Russes sur la frontière... qu'il reçut la communication sans faire de commentaire. Il demanda à en garder le texte... comme mémorandum, car il désirait y réfléchir avant d'y répondre et son esprit était si plein de choses graves qu'il ne pouvait être certain de se rappeler tout ce qu'il contenait ».

Le chancelier de Bethmann-Hollweg a fait toute sa carrière dans l'administration. On n'y obtient pas un avancement aussi prodigieux que le sien si on n'est pas à la fois capable et obéissant. Les chefs n'ont pas toujours raison, mais la carrière de l'inférieur, qui ayant raison contre eux, ne cède pas, est bien vite brisée, Bethmann, qui avait déjà cédé tant de fois à des chefs de service, à des ministres et à l'Empereur, était mal préparé par ces antécédents à résister à ce dernier à cette heure si tragique . Qu'il ait ^eu de la répugnance pour la politique qui s'était exprimée par les assurances sans réserves don-

né3s par l'Empereur et Tschirschsky à l'Autriche, est prouvé par ce qu'écrivait M. Dumaine : « M. de Tschirschsky se montre partisan des résolutions ^dolentes tout en laissant entendre que la Chancellerie impériale ne serait pas entièrement d'accord avec lui sur ce point. » {France, 18.) Mais Bethmann avait trop souvent causé avec l'Empereur d'éventualités du genre de celles qui se produisaient, avait trop discuté avec lui les mesures qu'il faudrait prendre alors pour se trouver dans la liberté d'esprit et||de cœur nécessaire pour arrêter son maître ou l'abandonner. Habitué à céder dans la mesure^du possible aux exigences des chefs militaires, il se trouvait forcément tout disposé à faire de même dans un cas où ils affirmaient que si on n'y faisait pas droit, ils ne répondraient plus de la victoire de l'Allemagne. D'ailleurs, si le Chancelier avait offert sa démission pour empêcher la guerre, le comte de Moltke eut menacé de la sienne pour l'obtenir. On a même vu plus haut que l'auteur de J'accuse prétend que c'est ce qui est arrivé. M. de Bethmann n'eut pas le courage de renoncer à toutes ses ambitions et à toutes ses espérances pour empêcher la catastrophe. Ses efforts pour éviter la guerre furent aussi veules que possible. Il ne sut pas quitter vis-à-vis de son maître l'attitude du fonctionnaire obéissant pour prendre celle du ministre indépendant parce quil est seul responsable, qu'avaient prise Bismarck et Bûlow. {'■)

(*) « D'après les comptes rendus de journaux, la figure du Chancelier était si changée par la frayeur et la douleur que le peuple ne le reconnut

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