RESPONSABILITÉ DE BETHMANN
Jusqu'à la déclaration de guerre de l'Autriche à la Serbie, le Chancelier, comme il avait été convenu, s'était contenté « d'informer » la première des propositions des autres puissances, jouant simplement le rôle de boîte aux lettres et poussant la Russie à s'entendre directement avec l'Autriche. {Autr., 43, 44.) Mais la demi-mobilisation de la Russie faisant comprendre qu'elle ne céderait pas complètement, il crut le moment venu d'agir sur l'Autriche que cette mesure forçait à réaliser le sérieux de la situation. Il a dit au Reichstag le 19 août 1915 : « Le 29 juillet, l'ambassadeur allemand à Pétersbourg rapporta que M,. Sasonofî lui avait annoncé que le Cabinet de Vienne déclinait catégoriquement une conversation directe, et que par conséquent il ne restait rien d'autre à faire que de reveuir à la proposition de sii E. Grey d'une conversation à quatre. Comme le Cabinet de Vienne dans l'intervalle s'était déclaré prêt à consentir à un échange direct de vues avec Petrograd, il était évident qu'un malentendu prévalait. »
« Je télégraphiai à M. de Tschirschky, notre ambassadeur à Berlin, que nous ne pouvions pas espérer que l'Autriche négocie avec la Serbie, avec qui elle était en état de guerre, mais que se refuser à un échange de vues avec Pétersbourg serait une faute néfaste. Quoique prêts à remplir notre devoir d'alliés, nous devions décliner d'être entraînés dans une conflagration mondiale par suite du peu de cas que l'Autriche- Hongrie ferait de nos avis.
point quand il vint en voiture avec l'Empereur de Potsdam à Berlin. » {J. E. Barker, Foundations of Germany, p. 193.)
M. de Tschirschky répondit que le comte Berchtold avait déclaré qu'en fait un malentendu prévalait du côté russe. L'ambassadeur austro-hongrois à Petrograd reçut immédiatement des instructions correspondantes... »
« Les malentendus mentionnés ci-dessus ayant été éclarcis, des conversations commencèrent entre Petrograd et Vienne... »
Dans ce passage, le Chancelier a paraphrasé une de ses dépêches du 29 juillet, qui avait été publiée dès le 1®^ août 1914 dans la Westminster Gazette, à qui elle avait été communiquée par l'ambassade d'Allemagne pour prouver la réalité des efforts de l'Allemagne pour amener l'Autriche à traiter. M. Pierre Bertrand {L'Autriche a voulu la grande guerre, p. 358) croit ce document faux. A vrai dire, la seule raison de le suspecter est qu'il n'a été publié ni dans le livre bleu anglais, ni dans le livre blanc allemand. Autrement, l'intérêt qu'on aurait eu à le fabriquer n'apparaît pas, car il n'indique rien qu'on puisse regarder comme un effort sérieux pour maintenir la paix. Le Chancelier savait bien que ce que la Russie réclamait, c'était une garantie indubitable de l'indépendance de la Serbie et de l'intégrité de son territoire. Or, tout ce qu'il réclamait de l'Autriche dans ce télégramme était qu'elle « échange des vues avec Saint-Pétersbourg ». Un pareil échange ne pouvait conduire à rien si l'Autriche ne suspendait pas son attaque contre la Serbie, et le Chancelier se gardait bien de le lui demander. Le ton du télégra,mme était sans doute un peu vif, mais il n'était