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EFFORTS DE SIR E. GREY

pas destiné à être communiqué au comte Berchtold, et le Chancelier savait que M. de Tschirschky qui devait en faire savoir le contenu au comte agirait plutôt suivant ce qu'il savait des vues de l'Empereur, que suivant les instructions d'un supérieur avec lequel « il n'était pas entièrement d'accord ». La pièce 50 du Liçre rouge nous fait connaître l'interprétation donnée par Berchtold à ce que lui communiqua Tschirschky ; or, il écrivit simplement au comte Szapary, l'ambassadeur d'Allemagne à Saint- Pétersbourg : « J'ai été informé que M. Sasonoft" avait été choqué par le refus péremptoire que j'ai opposé à sa proposition de discuter avec votre Excellence. »

L'intervention du Chancelier allemand n'était d'ailleurs pas due uniquement à son dessein d'éviter lafguerre, mais[aussi à la nécessité de justifier le gouvernement allemand aux yeux de ses administrés et l'Allemagne aux yeux de ses amis anglais.

Sir E. Grey, en effet, continuait de son côté ses efforts pour le maintien de la paix. Le 29, il avait télégraphié qu'il avait été informé par l'ambassadeur d'Allemagne que le Chancelier « s'efforçait de jouer le rôle de médiateur entre Vienne et Pétersbourg et espérait un bon succès ». Tout en reconnaissant que « l'accord direct entre l'Autriche et la Russie serait la meilleure SDlution », sir E. Grey dit à l'ambassadeur qu'en présence de*ce qu'il avait appris du refus de l'Autriche « d'autoriser son ambassadeur à discuter avec le ministre des Affaires étrangères de Russie les jnoyens de régler le conflit austro-serbe... il pressait

le gouvernement allemand d'indiquer un moyen d'employer l'influence des quatre autres puissances pour empêcher la guerre entre l'Autriche et la Russie » (^) {Anglais, 84). Au lieu de donner satisfaction à cette demande (dont il n'a pas donné la date), le Chancelier fit le soir même la « proposition infâme », puis le lendemain l'ambassadeur d'Allemagne « informa sir E. Grey que son gouvernement s^ efforcerait d'influencer l'Autriche afin qu'après avoir pris Belgrade et le territoire serbe dans la région de la frontière, elle promette de ne pas s'avancer davantage pendant que les puissances s'efforceraient d'amener la Serbie à donner une satisfaction suffisante pour contenter l'Autriche. Naturellement, le territoire occupé serait évacué dès que celle-ci serait satisfaite, « C'est, écri\'ir sir E. Grey, ce^'que j'avais suggéré hier comme un remède possible à la situation, et s'il pouvait être accepté, j'es-

(^) Le 9 novembre 191-6, discutant devant la Commission principale du Reichstag les origines de la guerre, Bethmann a prétendu que pour faire accepter la formule conciliante proposée par sir E. Grey (probablement celle du 29 juillet, dépêche à sir E. Goschen, Angl., 88),^ il avait exercé à Vienne la même énergique pression qu'il avait exercée dans son télégramme antérieur-en vue de négociations entre l'Autriche et la Russie. Son instruction à Tschirschky se terminait ainsi : « Nous devons donc engager le Cabinet de Vienne, avec toute l'insistance possible, à accepter la médiation aux conditions offertes. La responsabilité des conséquences qui pourraient résulter d'un refus serait extraordinairement lourd' pour l'Autriche et pour nous. » (Wissen iind Lehen, 15 déc. 1916, p. 261.) On ne voit pas ce qu'il y a d'énergique dans ce langage, et on remarquera que ces deux communications étaient adressées à Tschirschky qui, le Chancelier ne pouvait l'ignorer, poussait à la guerre. Le Chancelier devait donc s'attendre à ce que ses instructions qui, loin de contenir la menace qu'il abandonnerait l'Autriche à elle-même si elle provoquait la guerre, avouaient implicitement que l'Allemagne la défendrait dans tous les cas, seraient interprétées mollement et ne produiraient aucun effet.

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