INCIDENT DU « L O K A L - A N Z E I G E R
adversaires fort déloyaux, mais encore la mobilisation russe avait lieu, d'après l'attaché militaire allemand, d'après un système « fort compliqué » et (autant qu'on peut s'en rendre compte) fort mal conçu.
Le gouvernement russe ne cherchant qu'à donner à réfléchir à l'Autriche pour l'arrêter et nullement à gagner sur elle de l'avance pour la vaincre dans le combat, la mobilisation de 13 corps d'armée annoncée par lui aux autres gouvernements dans la nuit du 28 au 29, ne semble avoir été décrétée effectivement que dans celle du 29 au 30. [Franc., 100.)
Ce même jour 30 juillet, à 1 heure du soir, une édition spéciale du Lokal Anzeiger, feuille semi-officielle de Berlin, et des suppléments d'autres journaux annoncèrent la mobilisation allemande. Une heure plus tard, le gouvernement contremanda la nouvelle et fit saisir ces journaux. Un pamphlet allemand •signé Junius Alter et qui paraît dû à un membre particulièrement bien informé du parti militaire, a fait connaître les dessous de cet incident. « Bethmann-Hollweg, dit-il, se raccrochait à l'espérance qu'une solution pacifique pourrait être trouvée ou que tout au moins les hostilités pourraient être confinées à l'Autriche et à la Serbie... Les avertissements de r Etat-major général étaient vains. Le ministre de la guerre (le général de Falkenhayn) et des hommes influents du département de la marine insistèrent en vain sur la nécessité de la mobilisation. Ils réussirent à moitié à convaincre l'Empereur de sa nécessité absolue. Le vendredi 30 juillet, les papiers de police de l'après-midi [sic) et le Lokal Anzei-
ger de Berlin publièrent la signature de la mobilisation, mais l'intervention de Bethmann-Hollweg réussit à faire anniller cet acte décisif. »
Cette explication de source initiée ne diffère guère de ce qu'écrivit le jour même M. Jules Cambon, notre éminent ambassadeur [France, n^ 105), c'est seulement à titre d'aveu et de précision intéressante qu'elle est utile. Mais on conçoit avec quelle indignation M. de Bethmann-Hollweg en a parlé, car elle renverse toute son argumentation pour convaincre le peuple allemand qu'il a été attaqué, puisque la Russie avait mobilisé la première. Vingt-huit heures plus tôt, Guillaume avait déjà décidé la mobilisation et elle était restée décrétée pendant une heure. Et cependant, l'ambassadeur d'Allemagne avait dit à Saint-Pétersbourg : « mobilisation signifie guerre ». Il est évident dès lors que toutes les mesures préliminaires militaires et maritimes devaient avoir été déjà exécutées en secret par l'Allemagne pour que les ministres de la guerre et de la marine n'aient plus vu d'autre mesure à prendre encore que la mobilisation. On conçoit dès lors que le gouvernement russe, qui savait ou soupçonnait tout cela, ait cru devoir mobiliser à son tour par précaution 0.
(^) Le Petit Parisien du 24 décembre a publié une nouvelle version, assez peu vraisemblable, de cet incident :
« Dans son ouvrage Ourselves and Gerrnany, le D'' Dillon a expliqué clairement, sur le témoignage de M. Markov, un des acteurs, ce qui se passa pendant les 35 minutes fatales et décisives du 30 juillet 1914. A 2 h. 25 de l'après-midi, le quartier d'Unter den Linden, où se trouvent les bureaux de Wolfî, de l'agence Havas et de l'agence télégraphique russe, fut envahi par les vendeurs du Lokal Anzeiger (supplément spé-