MOBILISATION RUSSE
Le 30 au soir, on savait à Saint-Pétersbourg à peu près tout ce qu'a dit Junius Alter (cf. Franc., 105.) De plus, « l'État-niajor et l'amirauté russes avaient reçu d'inquiétants renseignenients sur les préparatifs de l'arniée et de la marine allemandes » (ils s'étendaient jusqu'au golfe de Finlande d'après M. Sasonofî) (^). Le Tsar se décida donc le 31 au matin à décréter la mobilisation générale de l'armée et de la marine russes (^). « Cette décision a été prise, télégraciai). La mobilisation générale était annoncée : on se l'arracha et, première circonstance singulière, il ne fut vendu nulle part ailleurs. M. Markov, de l'agence russe, l'acheta naturellement et voulut immétement informer son ambassadeur de la grave nouvelle. Or, seconde circonstance singulière, on exigea qu'il téléphonât en allemand, et non point en russe, selon son habitude. L'ambassadeur avertit télégraphiquement Petrograd, convaincu que la nouvelle était exacte, car le Lokal Anzeiger, dont les propriétaires sont dans l'intimité du Kronprinz, passait pour une sorte de gazette officielle militaire. Le tsar Ordonna aussitôt la mobilisation russe. Cependant le chancelier fit appeler les directeurs du journal pour les gourmander, et démentit la grosse nouvelle par l'intermédiaire de l'agence Wolff. Or, quand M. Markov voulut télégraphier à son tour le démenti, on lui opposa la censure, laquelle, dit-on, venait d'être établie, et les dépêches en clair de l'ambassadeur russe ne furent acheminées à Petrograd qu'après plusieurs heures de délai, alors que la première, annonçant la mobilisation allemande, était arrivée dans le minimum de temps. Le coup d'Ems était renouvelé et rendait la guerre inévitable. Le chancelier, en réponse à lord Grey, a épilogue sur cet ensemble de circonstances singulières, mais n'a pu en justifier la trame. N'a-t-il pas dit que le supplément du Lokal Anzeiger était prêt à tout hasard, dans l'attente des événements et qu'oublié dans un coin, les vendeurs s'en étaient emparés, comme s'il était vraisemblable que les directeurs laissassent une si effroyable nouvelle à la merci des camelots, et comme si le hasard avait précisément fait imprimer la date du 30 sur le fameux supplément ? »
(^) La conception que Sasonofî se faisait du but des Austro-Allemands ne pouvait le conduire à s'opposer aux demandes des militaires ; il disait en effet le 30 juillet à l'ambassadeur d'Allemagne : « La situation est trop sérieuse pour ne pas vous dire ma pensée tout entière. En intervenant à Pëtersbourg tandis qu'elle refuse d'intervenir à Vienne, l'Allemagne ne cherche qu'à gagner du temps, afin de permettre à l'Autriche d'écraser le petit royaume serbe avant que la Russie ait pu le secourir. » (Franc., 103.)
{*) Quelques heures plus tôt (dans la nuit du 30 au 31 à 1 h. du
phia l'ambassadeur anglais, en conséquence de l'avis reçu de l'ambassadeur russe à Vienne que l'Autriche est décidée à ne pas céder à l'intervention des puissances et a mis en mouvement des troupes contre la Russie aussi bien que contre la Serbie. La Russie a également des raisons de croire que l'Allemagne fait activement des préparatifs militaires contre elle et elle ne peut pas lui laisser prendre de l'avance. » (Angl, 113.)
A 6 h. 30 du soir, avant (?) le Conseil de guerre de Potsdam, Guillaume avait répondu au premier télégramme du Tsar en lui conseillant d'accepter la situation et de ne point armer : c'est ce qu'il appelait être médiateur. Le Tsar répondit le soir même r « Merci pour votre télégramme qui est conciliant et amical, tandis que la communication officielle faite aujourd'hui par votre ambassadeur à mon ministre était sur un ton fort différent. Je vous prie de m'expliquer cette divergence. Il serait juste de remettre le problème austro-serbe au tribunal de La Haye. »
Le gouvernement allemand qui a publié les autres télégrammes dans le Livre blanc, a omis celui-là qui prouvait trop clairement les sentiments pacifiques et équitables du Tsar. Guillaume y répondit le 30 à 1 heure du matin d'un ton sévère «en attirant l'attention de celui-ci sur les dangers et les conséquences sérieuses d'une mobilisation ». Nicolas lui répliqua
matin [Franc., 115), la mobilisation générale austro-hongroise avait été décrétée. Le gouvernement russe l'ignorait, d'ailleurs, quand il. décréta la sienne.