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HYPOCRISIE DE GUILLAUME

dans son télégramme à l'ambassadeur d'Allemagne à Londres envoyé également vers 5 heures. Mais ce qui confond le plus, si le récit du baron Beyens est complètement exact, c'est que Jagow et Zimmermann n'aient rien su non plus du télégramme ordonnant de déclarer la guerre (^). Il est évident, en effet, qu'il n'y avait plus à protestei contre la mobilisation si l'ordre de remettre la déclaration de guerre ne pouvait plus être contremandé.

Dans plusieurs de ses télégrammes au Tsar et au roi George, Guillaume parle de « la médiation dans laquelle il était engagé ». En fait, il n'y a pas trace de son intervention personnelle auprès de l'Autriche en qualité de médiateur (^). •

Ces constatations « autorisent et justifient la sévère appréciation de l'empereur de Russie lorsque, recevant à Péterhof M. Piléologue, ambassadeur de France, il lui disait : « U empereur Guillaume est

(^) Ces ignorances si étranges ont pu être dues dans certains cas à un fait que signale Mr. H. Begbie : « Une des grandes difficultés en traitant avec l'Allemagne réside dans le fait qu'elle a trois bureaux des Affaires étrangères, particularité que l'on perd souvent de vue. Le Chancelier en a un pour lui ; le secrétaire d'Etat aux affaires étrangères préside sur celui qui constitue le ministère des Affaires étrangères proprement dit, et l'Empereur a son petit Etat-major personnel de diplomates qui composent un autre bureau. » [V indication, p. 142.)

(*) Mr. J. M. Beck dit avec raison : « Les communications qui passèrent entre le Gouvernement allemand et ses ambassadeurs à Saint- Pétersbourg, Paris et Londres sont données in extenso dans le Livre blanc allemand, mais il est fort significatif que des vingt-sept commu- ■nications qu'il contient,il n'y en a pas une de celles qui furent envoyées à Vienne et qu'il n'y en a que deux de celles que l'ambassadeur d'Allemagne à Vienne envoya au Chancelier allemand. Tandis que le Kaiser a fait au monde la faveur de lui faire connaître ses télégrammes au Tsar et au roi George, il s'est complètement abstenu de nous faire connaître ceux qu'il a envoyés à l'empereur d'Autriche dans ces jours critiques. » (The Evidence of the Case, p. 29.)

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« le mensonge en personne. De tous les télégrammes « dont il m'a accablé pendant cette dernière crise» « pas un n'était sincère, tous sonnaient faux, même « celui où il invoque l'amitié qu'il a jurée à la Russie « devant le lit de mort de son grand-père. Et quelle « hypocrisie encore dans le dernier où il m'adresse un « suprême appel pour sauver la paix et qu'il m'a « expédié six heures après m'avoir fait remettre sa « déclaration de, guerre ! » (*)

Déjà l'Autriche avait prétendu n'avoir déclaré la guerre à la Serbie que parce que « l'ouverture des hostilités par les Serbes sur la frontière de Hongrie l'avait privée de la possibilité de faire preuve plus longtemps de patience » envers sa voisine. [Autrichey 40.) Le Chancelier se crut obligé de mettre en avant une raison du même genre : « Avant que la confirmation de l'exécution de l'ordre de déclarer la guerre ait été reçue, le soir du 1^^ août... les troupes russes traversèrent notre frontière et marchèrent eh territoire allemand (-). Ainsi donc, c'est la Russie qui a

(^) E. Daudet, La Cour d'Autriche à la veille de la guerre, apud Correspondant, 10 mars 1916, p. 837.

(*) Faisons d'ailleurs remarquer que si l'accusation d'avoir commencé la guerre, lancée par les Autrichiens contre les Serbes et par les Allemands contre nous, est ridiculement mensongère, il est tout à fait probable que ce que disent les Allemands que les premières opérations ont été faites par les Russes dans la nuit du l«r au 2 août, est exact. Le gouvernement russe ayant reçu la déclaration de guerre le 1^' août à 7 heures du soir, l'annonça immédiatement aux gardes de la frontière et à la cavalerie russe. Ces troupes exécutèrent aussitôt, à des points indiqués depuis longtemps, ces raids contre les ouvrages d'art dont on avait tant parlé depuis 40 ans. Les Allemands s'y attendaient et avaient utilisé le secret des 24 heures de Kriegsgefahrzustand, durant lesquelles les routes avaient été barrées à la frontière et les communications postales et télégraphiques suspendues : les troupes, pendant ces heures où l'ennemi ne pouvait rien apprendre.

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