PREMIERES HOSTILITÉS
commencé la guerre contre nous. » {Livre blanc, apud Coll. Doc, p. 413 .) Mais le plus curieux, c'est que le gouvernement allemand ne semble pas avoir informé l'Autriche immédiatement de ce qu'il avait déclaré la guerre à la Russie ; voici, en effet, ce que l'ambassadeur d'Autriche à Berlin télégraphiait au comte Berchtold le 2 août : « Le secrétaire d'État vient de m'informer qu'on n'a pas reçu de réponse de la Russie aux demandes de l'Allemagne. Les troupes russes ont traversé la frontière allemande à Schwidden (au sud-est de Bialla) ; l'Allemagne se regarde par suite comme en guerre avec la Russie. L'ambassadeur russe a reçu ce matin ses passeports et a l'intention de partir aujourd'hui. )> {Autriche, 57.) On voit que même envers son allié le gouvernement allemand agissait avec duplicité et. cachait qu'il était l'agresseur. Avait-il peur de ne pas être suivi ?
A l'origine de tous les mensonges de son gouvernement, on retrouve toujours l'action de Guillaume. Celui au sujet de la responsabilité pour avoir commencé la guerre avait été amorcé dans le télégramme du Kaiser au Tsar, envoyé le l^r août vers 6 heures du soir ; il se terminait, en effet, par ces mots : « Je vous prie tout à fait sérieusement d'ordonner à vos troupes de ne pas commettre, dans quelque circonstance que ce soit, la plus légère violation de nos
avaient gagné leurs positions de combat, tendu des fils de fer et creusé des tranchées et des trous de loup. Les attaques russes échouèrent contre des troupes bien retranchées : la tactique de provoquer l'ennemi à attaquer et de l'attendre dans un bon poste avait remporté son premier succès.
frontières. » Seulement Bethmann et Jagow, tout en faisant usage de ce prétexte mensonger peadant quelque temps, comprirent qu'il ne permettait pas de nier la déclaration de guerre à la Russie et finalement, ils la publièrent ea appendice dans ce même Liçre blanc où ils avaient soutenu l'autre thèse.
Si Guillaume et son Chancelier ont eu recours à ces mensonges, c'était pour détourner l'attention de leur autre prétexte pour déclarer la guerre : la Russie avait procédé à une mobilisation générale. Comme de tous côtés on le leur fit observer, rien ne les empêchait de mobiliser aussi sans commencer la guerre. La Prusse avait mobilisé en 1850 et en 1859, l'Autriche avait mobilisé en 1909 et en 1913 sans faire la guerre pour cela. La Russie et l'Autriche avaient mobilisé le 31, la France mobilisa le 1^^ tout en déclarant que leur mobilisation, loin de signifier la guerre, ne constituait une menace pour personne {Coll. Doc, 411 et 413 ; Autr., 53, Russe, 74.) La mobilisation russe ne fut donc qu'un des prétextes pour déclarer la guerre, la raison fut que Guillaume la désirait ; il jugeait le moment propice pour la faire et voulait en profiter. De plus, plein de confiance dans le plan conçu par son chef d' État-major de Moltke pour prendre la ligne de la Meuse à revers en passant par la Belgique, Guillaume ne voulait pas qu'il soit réi^élé par une mobilisation non suivie d^hostilités (^). Il
(^) « L'attaque avait été préméditée plusieurs années à l'avance, le coup préparé jusque dans ses plus petits détails, et c'est délibérément que l'Empereur a hâté le signal des hostilités, coupant court par son impatience aux pourparlers que les gouvernements de la Triple-Entente
RESPONSABILITÉ DE l'aLLE MAGNE 369
•craignait aussi que la guerre lui échappe une fois de plus par des concessions que se feraient mutuellement l'Autriche et la Russie ; pour les mettre aux prises, il imagina doïic de feindre qu'il était en guerre avec la seconde pour avoir défendu les intérêts de la première (^). Si l'Autriche dans la lutte ainsi machiavéliquement provoquée avait quelque peine à soutenir la puissante attaque de la Russie, la réputation et l'influence de Guillaume y gagneraient, car il n'interviendrait en sa faveur qu'après avoir écrasé la Belgique et la France. La lutte gigantesque qui allait commencer allait décider' de l'hégémonie en Europe et ce n'était pas pour la partager avec les Habsbourg que Guillaume l'entreprenait. Il ne s'y serait résigné que si la nécessité l'y avait contraint. « L'Allemagne, » a écrit M, Take Ionesco, « n'^acceptait l'Autriche au partage de la domination universelle que pour une période de transition, si j'en juge par certains indices qui me sont bien connus, mais dont pour le moment il m'est impossible de me servir, » (*)
Le prince de Bismarck a dit dans son discours au Reichstag du 6 février 1888 qu'il considérait comme <on devoir d'empêcher que l'Europe de Moscou aux
s'attachaient désespérément à continuer. » (Beyens, Revue des Deux Mondes, 1er ^^^.^ 1915, p. 30.)
(^) Quant au prétexte tiré de la nécessité pour l'Allemagne de profiter de sa mobilisation plus rapide, il est évidemment mensonger, car cette rnobilisation plus rapide ne pouvait servir à l'Allemagne que pour une attaque après que l'armée allemande aurait mobilisé, et non pour une attaque avant d'avoir mobilisé. Elle ne pouvait d'ailleurs procurer d'avantages contre des pays qui, comme la Belgique et la France, mobilisaient aussi vite que l'Allemagne.
(*) Grande Revue, février 1915, p. 527.
Pyrénées et de la mer du Nord à Palerme ne soit précipitée dans une guerre dont aucun honnme ne pouvait prévoir l'issue et après la terminaison de laquelle on ne saurait pas beaucoup plus quel avait été à proprement parler la raison de la guerre {'■).
Cette guerre, qui faisait horreur [même au prince de Bismarck, Guillaume, pour s'essayer comme général et agrandir ses États, venait de la déchaîner.
(1) BiJLOw, Deutsche Politik, p. 82.
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