‹ La diplomatie de Guillaume IIChapitre 124 sur 133 · GUILLAUME II ET LA NEUTRALITÉ ANGLAISE · texte numérisé non relu

GUILLAUME II ET LA NEUTRALITÉ ANGLAISE

Le l®r août 1914, Guillaume avait enfin la guerre qu'il cherchait depuis si|longtenips. Il l'avait même dans les conditions les plus splendides qu'il ait pu rêver, car à cette heure-là, l'Angleterre était à peu près décidée à ne pas y prendre part.

Le 30 au soir, sir E. Grey s'était refusé à donner aucune assurance à M. Cambon au sujet des intentions de l'Angleterre, renvoyant après un Conseil de Cabinet qui devait avoir lieu le lendemain matin, de le renseigner à ce sujet. Le 31 au matin, causant avec l'ambassadeur d'Allemagne, il lui dit « que si la Russie et |la France rejetaient une proposition raisonnable faite par l'Allemagne et pif)uvant que celle-ci et l'Autriche s'efforçaient de préserver la paix de l'Europe, le gouvernement anglais ne voudrait pas être impliqué dans les conséquences de ce refus, mais que dans le cas contraire, si la France était engagée, il serait forcé de s'en mêler. )) [Anglais, 111.)

L'ambassadeur d'Allemagne ne semble pas avoir été ému de cet avertissement. Il était, on se le rappelle « envoyé pjur surveiller l'Angleterre et préveair l'Empereur de l'instant auquel il fallait frapper. Les querelles intérieures semblaient rendre pour l'Angleterre une lutte impossible ». Il est probable que c'est peu avant ce moment-là que cet ambassadeur « a dit à l'Empereur que l'instant était venu (^)'. » L'antagonisme entre catholiques et protestants était allé, en effet, en s'accentuant en Irlande pendant le mois d'août et cette île toute entière était partagée en deux camps armés (^). La révolte qui y a récemment éclaté et les tentatives de Casement ont permis de mieux apprécier la gra\'ité du mouvement anti-anglais qui y couvait depuis longtemps. Le prince Lichnowsky savait là-dessus bien des choses que nous ignorons. De plus, par son gouvernement ou par lui-même, il devait connaître aussi les intrigues menées avec les mécontents de l'Afrique méridionale, de l'Egypte et de l'Inde. Enfin et surtout, il était en contact incessant avec les pacifistes et les progermains du Cabinet, de la presse anglaise et du monde des affaires. Ceux-ci étaient plus que jamais à l'œuvre et protestaient avec véhémence contre toute

(^) Mercure de France, 16, vi, 1916, p. 767.

(^) Le Gouvernement allemand y avait aidé de son mieux. Mr. H. Begbie dit : « Certaines individualités de ce pays et du nord de l'Irlande envoyèrent un ordre pour un achat considérable de fusils en Allemagne. On dit que le Gouvernement allemand arrêta le trafic dans le canal de Kiel pour permettre au vapeur Fanny, qui emportait ces fusils allemands de Hambourg, de passer rapidement dans la mer du Nord en faisant le tour du Danemark pour échapper à la marine britannique. Pourquoi le Gouvernement allemand s'intéressait-il aux Orangistes d'Irlande ? » [Vindicaiion, p. 160.)

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