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NEUTRALITÉ PE LA BELGIQUE

proposition de guerre pour défendre les Balkaniques si décriés ou pour aider la Russie. Aussi quand M. Cambon le 31, demanda à sir E. Grey quelles avaient été les décisions du Conseil, ce ministre lui répondit qu'il ne pouvait lui faire encore aucune promesse. « Nous devons soumettre notre politique au Parlement, lui dit-il, et nous ne pouvons l'engager d'avance. Jusqu'à présent, ni nous, ni l'opinion publique, n'avons eu le sentiment que les traités ou obligations de ce pays étaient en jeu. Des développements ultérieurs pourraient modifier cette situation et obliger le gouvernement et le Parlement à considérer qu'une intervention était justifiée. La protection de^la neutralité de la Belgique pourrait être, je ne dirai pas un décisif, mais en tout cas un important facteur, dans la détermination de notre attitude. » {Anglais, 119.)

Après cette entrevue avec M. P. Cambon, sir E. Grey télégraphia aux ambassadeurs d'Angleterre à Paris et à Berlin pour les charger de demander aux gouvernements français et allemand « s'ils étaient prêts à s'engager à respecter la neutralité de la Belgique tant qu'aucune autre puissance ne la violerait. » [Angl., 114.) Le gouvernement français en prit l'engagement aussitôt {Angl., 125), mais Al. de Jagow, . questionné par sir E. Goschen, répondit qu'il devait consulter l'Empereur et le Chancelier avant de pouvoir répondre... Il croyait que toute réponse pourrait révéler une partie de leur plan de campagne et il doutait fort de la possibilité de répondre... Il dit que des actes hostiles avaient déjà été commis par la

Belgique. Il donna comme exemple que l'embargo avait déjà été mis sur un envoi de maïs destiné à l'Allemagne... Le Chancelier parlant à sir E, Goschen lui avait fait comprendre que l'Allemagne, dans tous les cas, voudrait d'abord connaître la réponse du gouvernement français. » {AngL, 122.)

Le matin du 1^^ août, « on rapporta à sir E. Grey que l'ambassadeur d'Allemagne avait suggéré que ce pays pourrait rester neutre dans une guerre entre la Russie et l'Autriche et s'engagerait aussi à ne pas attaquer la France si l'Angleterre consentait à rester neutre et à garantir que la France resterait neutre aussi. Il répondit aussitôt que si le gouvernement allemand croyait cet arrangeraent possible, il était sûr de pouvoir le réaliser. » (^)|En conséquences; ce matin même, il appela le prince Lichnowsky au téléphone « pour discuter comment on pourrait éviter un conflit entre les armées française et allemande, tant qu'il y aurait possibilité pour l'Autriche et la Russie d'arriver à un accord. » (-) Le prince, qui ne comprit pas qu'il y avait là un écho des inventions dont l'ambassade d'Allemagne nourrissait les espérances des neutralistes anglais, crut que sir Edward « lui demandait s'il pouvait déclarer que si la France demeurait neutre dans une guerre russo-allemande, l'Allemagne n'attaquerait pas. » Il répondit « qu'il croyait pouvoir prendre la responsabilité de dire qu'elle n'attaquerait pas. » (')

(1) Discours de sir E. Grey à la Chambre des Communes le 28 août 1915.

(^) Coll. Doc, p. 540, télégramme du roi George à Guillaume IL (/) Ibid., p. 539.

Malentendu grey-lichnowsky 375

Le prince télégraphia immédiatement sa réponse au Chancelier. Celui-ci, qui considérait comme le but idéal de la politique allemande d'écraser la Russie dans un moment oii ni l'Angleterre, ni même la France ne la soutiendraient, s'empressa de faire connaître la bonne nouvelle au Kaiser. Tous deux, après délibération rapide, tombèrent d'accord pour accepter, sous condition que l'armée et la marine anglaises garantiraient l'observation de la neutralité parla France. Ils télégraphièrent donc tous deux, l'un au roi George, l'autre à l'ambassadeur d'Alleniagne. L'heure d'expédition de ces télégrammes n'a pas été donnée, tous deux mentionnent la mobilisation allemande omme déjà ordonnée et tous deux arrivèrent à Londres assez tôt pour que le prince Lichnowsky et le roi George y aient répondu le même jour. Or, le prince a répondu à 8 h. 30 du soir et la mobilisation allemande d'après le Lwre blanc a été signée à 5 heures. Il y a donc toute vraisemblance que ces télégrammes ont été, quoiqu'ils en disent, rédigés en même temps qu'était signé l'ordre de mobilisation et probablement sur la même table. En tout cas, ils sont postérieurs d'e aviron quatre heures à l'ordre de déclarer la guerre à la Russie, mais le Chancelier et Guillaume se gardèrent bien d'annoncer ce dernier détail au gouvernement anglais ; de plus, tandis que le Chancelier disait que « l'Allemagne était prête à accepter la proposition anglaise si l'Angleterre garantissait avec toutes ses forces la neutralité inconditionnelle de la France dans le conflit entre l'Allemagne et la Russie », l'Empereur disait : « J'ai reçu

la communication de votre gouvernement offrant la neutralité de la France sous la garantie de la Grande- Bretagne... » J'ai peine à croire à une erreur de l'Empereur et je crois plutôt qu'il cherchait à suggestionner le gouvernement anglais pour l'amener plus facilement à accepter cette aggravation de la prétendue proposition anglaise (M.

Quoi qu'il en soit, le télégramme du Chancelier arriva à l'ambassade d'Allemagne avant 8 h. 30, et le prince Lichnowsky avait télégraphié à son chef à 5 h. 30 : « Sir E. Grey vient de me lire la déclaration suivante adoptée à l'unanimité par le Cabinet ; « La réponse du gouvernement allemand en ce qui concerne la Belgique nous cause de profonds regrets, car sa neutralité tient fort à cœur à ce pays... Si elle était violée par un des belligérants tandis que l'autre la respecterait, il nous serait extrêmement difficile de contenir le sentiment public. » Je demandai au ministre s'il pouvait me donner une déclaration précise au sujet de la neutralité de la Grande-Bretagne sous condition que nous respecterions la neutralité de la Belgique, et il me répondit que c'était impossible, mais que cette question exercerait une grande action sur l'opinion publique anglaise. Si nous violions la

(^) Les détails de cet incident sont loin d'être clairs. Parlant à la Chambre des Communes le 28 août 1915, sir E. Grey a semblé dire que l'idée d'une garantie de la neutralité française par l'Angleterre venait de cette dernière. Comme il parlait 13 mois après l'incident, il a pu faire une erreur de mémoire. Les autres documents donnent l'impression que l'idée d'une garantie a été, au contraire, imaginée par Guillaume et Bethmann. Tant que le texte complet des télégramme» du prince Lichnowsky n'aura pas été publié, le problème restera insoluble.

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