LES CONCESSIONS DE LA U TRICHE
de sir E. Grey de négocier entre l'Autriche et la Serbie », mais il y mettait des conditions que sir E. Grey, lui-même, avait le 29 déclaré « n'être pas celles d'une médiation, mais d'une pression sur la Russie dans l'intérêt de l'Autriche... au point d'entraîner V humiliation » de la première. {Angl., 90.) Berchtold exigeait donc que « l'action militaire de l'Autriche contre la Serbie continue et que le Cabinet britannique décide le gouvernement russe à arrêter sa mobilisation, auquel cas, naturellement l'Autriche rapporterait les contre-mesures militaires défensives en Galicie ». [Autr., 51-52.) Le matin à 1 heure, la mobilisation générale de l'armée et de la flotte avait en effet été ordonnée. {Franc., 115.) Berchtold avait annoncé cette mobilisation la veille à l'ambassadeur de Russie dans un entretien -où il lui dit « que ce n'était pas une menace, mais simplement des précautions militaires semblables à celles prises de l'autre côté de la frontière. Il ajouta qu'il n'avait pas d'objection à ce que les conversations continuent à Saint-Pétersbourg, sans concéder cependant quoi que ce soit sur la hase de la réplique serbe ». [Angl., 96.) Le lendemain 31, le comte Forgach, sous-secrétaire d'Etat autrichien, informa sir M. de Bunsen que « la mobilisation autrichienne ne devait pas être considérée comme un acte hostile à la Russie... mais qu'il leur était difficile de reconnaître la prétention de cette puissance à intervenir pour la Serbie. » Bunsen lui rappela l'intervention de la Russie en 1912 et le compromis qui en était résulté, « mais ne put tirer de lui aucune suggestion
pour un compromis de ce genre dans le cas présent. » Notablement plus tard, le 1^^ septembre 1914, sir M. de Bunsen a raconté la suite des négociations avec une façon de voir plus optimiste. Après avoir mentionné que le 30, Berchtold « avait donné son consentement à la continuation des conversations à Saint- Pétersbourg », il ajoute : « A partir de ce moment, la tension entre la Russie et l'Allemagne fut beaucoup plus grande qu'entre l'Autriche et la Russie. On touchait presque à un arrangement entre ces dernières, et le 1®^ août, je fus informé par M. Shebeko que le comte Szapary avait concédé enfin le principal point débattu en annonçant à M. Sasonofï que l'Autriche consentirait à soumettre à la médiation les points de sa note à la Serbie qui semblaient incompatibles avec le maintien de l'indépendance de cet État. M. Sasonofï, ajouta M. Shebeko, avait accepté cette proposition à la condition que l'Autriche s'abstînt d'envahir effectivement la Serbie. En effet, l'Autriche avait définitivement cédé, et à en juger par la communication que vous fit le comte Mensdorfï le 1®^ août, d'après laquelle l'Autriche n'avait point « plaqué la porte » contre une transaction quelconque, ni n'avait rompu les conversations, elle espérait elle-même au point où on en était alors, une solution pacifique. M. Shebeko travailla jusqu'au bout pour assurer la paix. Il tenait un ton des plus conciliants vis-à-vis du comte Berchtold et il m'a dit que celui-ci, aussi bien que le comte Forgach, lui avait répondu de même. Certes, la Russie n'osait pas croire que l'Autriche retiendrait ses armées, mais on aurait pu