‹ La diplomatie de Guillaume IIChapitre 130 sur 133 · LES CONCESSIONS DE LAUTRICHE · texte numérisé non relu

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probablement arranger cette question par. la voie de négociation [!!] et M. Shebeko nie dit à plusieurs reprises qu'il était prêt à accepter n'importe quelle transaction raisonnable. »

« Malheureusement il fut coupé court à ces conversations à Saint-Pétersbourg et à Vienne par le transfert du différend sur le terrain plus dangereux d'un conflit direct entre l'Allemagne et la Russie. Le 31 juillet l'Allemagne intervint par ses ultimatums... Le 1^^ août, elle déclara la guerre à la Russie et le 3 août à la France. Selon toute probabilité, un retard de quelques jours aurait pu épargner à l'Europe une des plus grandes catastrophes que l'histoire connaisse. »

Il m'çst difficile de voir les choses comjne sir M. de Bunsen ; le télégramme de Szapary du 1^^ ne mentionne d'autre concession que celle faite par Berchtold dans son télégramme du 30 {Autr., 50) et que Szapary, désireux de calmer Sasonofî, avait élargie en déclarant que Berchtold « inclinait à souniettre à une discussion (austro-russe) l'interprétation de la note autrichienne ». Quant aux intentions de Berchtold au sujet de la médiation, Szapary n'en savait encore rien. (Autr., 56.)

Ce récit de sir M. de Bunsen repose surtout, comme on l'a vu, sur les confidences que lui fit- M. ^Shebeko, assurément le plus conciliant et le plus optimiste des diplomates, mais peut-être le moins clairvoyant. Quand on confronte ce que sir M. de Bunsen rapporte des dires de Shebeko avec les autres documents, cm s'explique son erreur, mais on voit qu'il se trompait

largement. Ce qui a amené surtout ce malentendu est le télégramme envoyé par M. SasonofP le 31 juillet dans la nuit, probablement très peu de temps avant minuit, heure où l'ambassadeur d'Allemagne lui remit l'ultimatum. Ce télégramme, qui devait être communiqué à toutes les grandes puissances, disait : « L'ambassadeur d'Autriche- Hongrie a déclaré que son gouvernement était prêt à discuter la substance de l'ultimatum de l'Autriche à la Serbie. M. Sasonofî a répliqué en exprimant sa satisfaction et a dit qu'il était désirable que les discussions prennent place à Londres avec la participation des grandes puissances. M. Sasonôfï espère que le gouvernement britannique assumera la direction de ces discussions. Toute l'Europe lui sera reconnaissante. Il serait très important que l'Autriche arrête en attendant son action militaire contre la Serbie. » {Anglais, 133.)

Dans son désir de frayer le chemin à une entente et ne sachant pas que quelques heures (peut-être même quelques minutes) plus tard, l'ambassadeur d'Allemagne allait apporter la sommation qui enlèverait toute espérance d'y arriver, M. Sasonofî avait considéré dans son télégramme ce qui, de sa conversation avec Szapary, lui avait paru le plus propre à conduire à un arrangement. Mais le lendemain matin l^r août, ayant vu l'inutilité de ses efforts, il raconta à sir G. Buchanan son entrevue avec Szapary, et cette fois, sans parti pris de lui donner un coloris optimiste. Voici comment ce diplomate anglais a noté ce récit :

« Le soir, M. Sasonofî a eu un entretien avec l'am-

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bassadeur d'Autriche qui, n'ayant point d'instructions définitives de son gouvernenient, fit de son mieux pour détourner la conversation vers une discussion générale des relations entre l'Autriche- Hongrie et la Russie au lieu de rester sur la question de la Serbie. Le ministre des Affaires étrangères répliqua en exprimant son désir que ces relations restent amicales et dit que, d'une façon générale, elles étaient parfaitement satisfaisantes, mais que- la question qu'ils avaient réellement à résoudre était de savoir si l'Autriche écraserait la Serbie et la réduirait à un état de vassalité ou si elle laisserait la Serbie libre et indépendante. Dans ces circonstances, tant que la question serbe n'était pas résolue, une discussion abstraite sur les rapports entre l' Autriche- Hongrie et la Russie était une perte de temps. La seule place oii l'on pouvait espérer discuter heureusement cette question était Londres et cette discussion était rendue impossible par l'action de l'Autriche qui soumettait à un bombardement Belgrade, place qui, en réalité, n'était pas fortifiée. » {Anglais, 139.)

Ce compte rendu de l'entrevue de Sasonoff avec Szapary est trop en harmonie avec les instructions doQuées par Berchtold au second, le 30 juillet, pour n'être pas exact. Elles l'autorisaient à donner à Sasonoff « toutes les explications qu'il désirerait au sujet de la note (ce qui d'ailleurs paraît inutile puisque la guerre a éclaté). En tout cas elles ne pourraient jamais prendre que la forme d'explications subséquentes puisque ça n'avait jamais été

l'intention de l'Autriche de se départir en aucune façon des points contenus dans la note. » Berchtold continuait en disant : « Je rappelai à l'ambassadeur que nous avons plusieurs fois répété solennellement que nous ne désirons pas suwre une politique de conquête en Serbie et que nous ne coulons pas empiéter sur sa souveraineté ; nous désirons simplement établir les affaires dans un état de choses nous préservant d'être troublés par la Serbie ». A la fin du télégramme, après s'être plaint que la mobilisation partielle de l'armée russe « avait une apparence d'hostilité contre la Monarchie, » il annonçait que celle-ci allait en faire autant « sans que cette mesure implique aucune hostilité [contre la Russie. » ^{Autr., 50. — Cf. Franc., [120.) |

Rendant compte de son entrevue avec Sasonofî le 31 très tard, pour lui communiquer la substance de ce télégramme, Szapary dit qu'il lui fit savoir que Berchtold « non seulement était prêt à négocier avec la Russie sur la base la plus large possible, mais aussi inclinait spécialement à soumettre le texte de la note autrichienne à une discussion en ce qui concernait son interprétation ».

« M. Sasonofî, continue Szapary, me répondit qu'il prenait note avec satisfaction de cette preuve de bonne volonté, mais qu'il désirait attirer mon attention sur le fait que les négociations à Saint-Pétersbourg pour des raisons évidentes paraissaient offrir moins de perspectives de succès que des négociât ons sur le terrain neutre de Londres. » {Autr., 56.)

Ce même 31 juillet, Berchtold avait envoyé à

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Szapary un télégramme que celui-ci ne reçut probablement pas en temps utile pour en faire usage et qui contenait les ultimes concessions de l'Autriche. ' Berchtold avait appris ce jour-là de Tschirschky que sir E. Grey, informé par Sasonofî « que depuis la déclaration de guerre à la Serbie, il n'était plus en situation de traiter directement avec l'Autriche- Hongrie... songeait à une médiation à quatre. » Berchtold y répondit : « Nous sommes absolument prêts à accepter la proposition de sir E. Grey de négocier entre nous et la Serbie, mais sous condition que notre action militaire contre cette puissance continuera et que le Cabinet britannique décidera ' le gouvernement russe a arrêter la mobilisation russe qui est dirigée contre nous, auquel cas naturellement nous contremanderons les mesures défensives correspondantes en Galicie qui sont occasionnées par la mobilisation russe. » (Autr., 51.)

On voit que Berchtold en fait ne faisait aucune concession. Il exigeait que la Russie désarme ; alors seulement il consentirait à se servir de l'Angleterre pour faire savoir à la Serbie ce qu'il exigeait d'elle.

Mon appréciation de la conduite de Berchtold est donc que cet homme d'État, conscient que l'Autriche ne pouvait rien sans l'appui de l'Allemagne, après avoir mis les choses en mouvement par sa note et sa déclaration de guerre, avait l'intention de ne plus s'avancer que pas à pas, et en s'assurant toujours que Guillaume ne lui faussait pas compagnie. C'est dans ce but qu'ayant publié l'ordre de mobilisation générale de l'armée et de la flotte autrichiennes le 31,

il prit soin de télégraphier aussitôt partout : « Nous n'avons aucune intention agressive contre la Russie et nous désirons la continuation des relations amicales antérieures. Des pourparlers appropriés à la situation continueront d'ailleurs entre les Cabinets de Vienne et de Saint-Pétersbourg et nous espérons que les choses se calmeront partout. » {Autr., 53.)

A cette attitude en apparence conciliante, Berchtold et ses collaborateurs trouvaient l'avantage de pouvoir continuer la poursuite par les armes d'exigences fort grandes dont ils n'abandonneraient que ce qu'ils ne pourraient absolument pas obtenir. Ps i uraient ainsi tiré de la situation tout ce qu'elle pouvait rendre. L'émoi causé par l'impétuosité de leur conduite, par leur hâte à dégainer et par les coups décisifs qu'ils porteraient rapidement à leur petit voisin, devait leur servir à obtenir de grands avintages. Ils ne désiraient pas la guerre austrorusse, ils désiraient même probablement l'éviter, mais ils ne la craignaient pas non plus et cherchaient seulement à en rejeter la responsabilité sur un autre. Ils avaient probablement cru que cet autre serait la Russie ; il se trouva que ce fut l'Allemagne ; leur but de n'en point paraître responsables fut néanmoins atteint :* grâce à l'habileté de leur conduite, si leur Empereur ou les Parlements leur demandaient un jour des comptes, ils pourraient dire qu'ils n'avaient jamais eu l'intention de déchaîner la guerre générale et qu'ils n'étaient intervenus que par suite du devoir d'allié incombant à l'Autriche. Et, en effet, quoique informés le 2 par Jagow « que la Russie avait attaqué

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