‹ La diplomatie de Guillaume IIChapitre 132 sur 133 · K E F U T A T I O N DE M . MURET · texte numérisé non relu

K E F U T A T I O N DE M . MURET

plutôt de l'obscur vouloir des peuples que de la volonté précise des souverains (p. 11 et p. 306) ».

Nous croyons que ce dernier passage donne la clef d'une des causes de l'erreur de M. Muret. Oui, les historiens ont eu raison d'attribuer la plus grande part dans les phénomènes sociaux a « l'obscur vouloir des peuples >, mais il t-n est déjà plus ou moins différertiment dans les phénomènes économiques, religieux, scientifiques, littéraires et artistiques, et surtout il en est tout autrement dans l'histoire diplomatique et militaire où la part des individualités est énorme. Les guerres de Frédéric II, par exemple, n'ont correspondu à aucun sentiment préexistant chez ses sujets ou nième dans sa famille, et cependant elles ont changé le cours de l'histoire européenne. Que parfois, les rois se laissent entraîner par les sentiments de leurs sujets, <st un fait indéniable, mais la question est de savoir si Guillaume II a été dans ce cas. M. Muret cherche à le démontrer, et selon moi n'y arrive pas.

Il y avait là un problème de psychologie à résoudre. M. Muret a prouvé : 1** que Guillaume II a toujours déclaré qu'il voulait la paix : 2^ qu'en Allemagne un parti de plus en plus puissant voulait la guerre et même reprochait à Guillaume II de ne point l'avoir faite plus tôt. La question 1 st de savoir si Guillaume II était sincère en étalant des sentiments pacifiques et s'il n'a pas travaillé de tout temps à fortifier le parti voulant la guerre. Or, l'étude des faits révèle de la part du Kaiser des eiforts constants pour amener celle-ci et des manœuvres significatives pour dé- Aclopper les sentiments pangermanistes et belliqueux.

Pour ce c|ui est du second point, il faut d'abord rappeler l'organisation de la presse en Allemagne et l'existence du fonds des reptiles du temps de Bismarck. Cet état de ( hoses n'a pas changé depuis la retraite de celui-ci, ou l»lutôt. il a été renforcé. Il y a 40 ans, le fonds des Guelfes alimentait presque seul la presse vénale de l'Allemagne ; depuis sa suppression en 1892, d'autres fonds secrets parmi lesquels les annonces et les subventions des grandes

entreprises industrielles qui nagent plus ou moins dans les eaux du gouvernement occupent- une grande place, ont maintenu l'influence de celui-ci et de ses amis sur les journaux. Or, il est de notoriété publique que ces subventions ne sont jamais allées qu'à des feuilles approuvant la politique des armements et préconisant une action vigoureuse envers l'étranger. Jamais un pfennig de cet argent n'est allé aux feuilles socialistes ou progressistes. ï^ans doute, les rédacteurs des journaux ainsi subventionnés ont bien souvent apprécié peu favorablement la politique impériale faute de comprendre qu'il ne suffit pas de désirer et de vouloir en matière de politique extérieure et qu'il faut aussi que les conditions du succès existent naturellement ou aient été produites par une manœuvre adroite, mais le gouvernement, s'il était agacé de cette attitude, n'a cependant jamais rompu avec pes journaux ;il n'avait pas en effet de raison de le faire, car ils avaient les mêmes buts que lui, travaillaient le public pour les lui faire adopter et commettaient seulement l'erreur de ne pas comprendre les conditions nécessaires pour réussir et sur^ la recherche desquelles, comme le leur fit observer un jour Bûlow, le gouvernement ne pouvait s'expliquer. Du temps du prince de Bismarck, il était connu que le gouvernement n'hésitait pas à subventionner un journal critiquant sa politique intérieure si celui-ci consentait à recevoir le mot d'ordre dans la politique extérieure. L'unanimité presque constante des journaux des partis de droite dans leurs sentiments sur la politique extérieure, indique bien que le gouvernement (dont ils dépendaient presque tous au point de vue financier), ne faisait nulle tentative pour les amener à combattre le pangermanisme ; plusieurs d'entre eux n'eussent certes pu désobéir si on les avait menacés de les priver de subvention : ils n'ont jamais varié, ce qui prouve qu'ils n'ont jamais été menacés.

M. Muret cite d'ailleurs plusieurs faits qui prouvent que Guillaume lui-même était un p'angermaniste ; par exemple, page 67, il écrit : « Guillaume II avait préconisé, quand il

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