‹ La diplomatie de Guillaume IIChapitre 14 sur 133 · GUERRE SI NO-JAPONAISE · texte numérisé non relu

GUERRE SI NO-JAPONAISE

le roi de Corée de renoncer à la suzeraineté de la Chine. M. Hitiovo, le ministre russe à Tokio, remit alors au Gouvernement japonais [une note portant que la Chine ayant déclaré être prête à évacuer la Corée, le Japon devait faire de même, et que si la paix venait à être rompue, il en serait seul responsable. Moutsou essaya de savoir de Hitrovo si la Russie était préparée à soutenir la Chine autrement que diplomatiquement, mais celui-ci répondit qu'il n'avait d'autres instructions que celles contenues dans la note.

« Moutsou se demandait encore jusqu'où la Russie irait quand un tour imprévu fut donné aux événements par un article belliqueux du Novoe Vremia disant que si le Japon allait trop loin, la Russie déclarerait placer la Corée sous son protectorat et celui de la Chine. Cet article amena l'intervention de l'Allemagne ; elle déclara que toute tentative d'introduire la Russie dans le règlement de la question coréenne ne pourrait avoir pour résultat que la création d'une Egypte d'Extrême-Orient, et cette menace fut suivie de l'envoi de vaisseaux de guerre dans le Pacifique septentrional. » (A. M. Pooley, apud Hayashi, Secret Memoirs, p. 46.)

Du temps de Bismarck, l'Allemagne n'avait contrecarré la Russie qu'autant qu'elle y était obligée pour empêcher une entente de cette puissance avec l'Autriche. La déclaration au sujet de la Corée était le premier pas d'une politique protégeant tous les voisins de la Russie contre elle de façon à s'assurer éventuellement leur coopération contre cette puis-

sance, à l'empêcher de les écraser pendant qu'elle n'avait pas de querelle avec l'Allemagne, et le cas échéant, à faire du consentement de cette dernière à leur écrasement lobjet d'un marchandage, soit avec la Russie, soit avec d'autres puissances. L'alliance conclue depuis trois ans par Alexandre III avec la France justifiait en apparence ce changement dans la politique allemande, mais pour quiconque connaît l'ambition sans limites, ni générosité, de Guillaume II et de ses principaux conseillers, il Q'y a pas de doute que cette tutelle de la politique russe eût été bien plus tyrannique si l'Allemagne n'avait rien eu à craindre d'une France écrasée. Le peuple russe ne devait pas cette situation regrettable à l'alliance franco-russe, mais aux fautes de la politique qui avait amené les batailles de la Trebbie, d'Austerlitz, de Friedland et de Paris, l'écrasement de la Hongrie, l'expédition de Crimée et l'inaction en 1859, 1864, 1866 et 1870. Ce n'est pas en vain qu'un gouvernement suit pendant 95 ans une politique qui l'empêche de grandir et fortifie ses voisins et ses ennemis.

Cependant les événements continuaient à se développer. Ce que les Japonais craignaient le plus à ce moment-là, ce n'était pas l'hostilité de la Russie qui n'avait que de faibles forces maritimes et militaires en Extrême-Orient, c'était celle de l'Angleterre. Ils la soupçonnaient d'avoir conclu un traité secret avec la Chine, ce qui pouvait la conduire à l'aider si elle venait à avoir la guerre avec le Japon, aussi furent-ils rassurés quand à la fm de juillet le chargé d'affaires anglais à Tokio demanda au Gou-

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