‹ La diplomatie de Guillaume IIChapitre 16 sur 133 · CALCULS DE GUILLAUME · texte numérisé non relu

CALCULS DE GUILLAUME

tnité de paix, l'Allemagne avait l'intention d'intervenir, quelles qu'en fus-ient les conditions. »

Il y a du vrai là-dedaas, niais à la condition de se rendre compte des motifs qui faisaient agir Guillaume II. Conscient que la Russie était un voisin avec iequel il devrait inévitablement se mesurer s'il voulait réaliser ses plans imbitieux, et ayant reconnu qae Charles XII et Napoléon avaient échoué contre elle pour l'avoir attaquée seuls au lieu de l'avoir envahie en même temps que tous ses voisins, il avait eu l'intention en juillet 1894 d'intervenir pour protéger ses adversaires ou tout au moins pour se fnre payer sa connivence, mais les événements avaient marché autrement qu'il n'avait cru : le Japon était de beaucoup le plus fort, la Russie ne profitait pas des embarras de la Chine ou du 'moins ne semblait vouloir la soutenir que pour lui extorquer quelque chose ainsi qu'à la Corée. Ne sachant si l'Angleterre ne s'y opposerait pas et si une alliance a.nglo-]aponaise ne se ferait pas, Guillaume pour gagner la confiance des Japonais et les engager contre la Russie, leur révéla d'abord (comme on vient de'^le voir) les vues de la Russie ; mais contrairement à son attente, l'Angleterre ne bougea pas (^) ; [d'autre part, les tendances timides et pacifiques du Tsar et la répugnance du Gouvernement français pour une

(^) Li Hung-Chang écrira en 1897 : « Le Foreign Office anglais me fit blâmer officiellement au sujet de la convention avec la Russie relativement à la Mandchourie, mais les Anglais refusèrent de promettre de nous aider en quoi que ce soit pendant ou après notre conflit avec le Japon, tandis que la Russie, au moins à la fin de notre guerre avec le Japon, fit entendre à celui-ci que la Chine n'était point seule. (A. M. Pooley, p. 55.)

action contre la Japon, allaient les amener peu à peu à accepter le fait accompli. Rien ne pouvait désappointer le Kaiser davantage, car rien n'était plus avantageux pour ses adversaires : le résultat de la guerre jusqu'alors était de diviser le monde jaune en deux camps irréconciliablement ennemis l'un de l'autre et l'antagonisme de la Chine et du Japon qui venait de se manifester par des batailles était la meilleure garantie des frontières du Tonkin et de la Mandchourie. Pour éviter cette déception, Guillaume poussa la Russie à intervenir, et pour la décider, s'offrit comme troisième allié.

« C'est subitement, au mois de mars 1895», écrit M. André Mévil « que l'Allemagne demanda au prince Lobanofî si la Russie et la France, de concert avec elle, voulaient intervenir en faveur de la Chine à la paix qui cdlait mettre fin à la guerre siao-japonaise. La décision prise à Berlia fut si brusque que les différents postes diplomatiffues allemands l'ignorèrent pendant 48 heures. Je me .suis laissé dire qu'à l'époque le baron Marschall, dans le but évident de m squer la manœuvre hardie conçus à Berlia, soufflait discrètement aux oreilles des diplomates étrangers en rapport avec lui, que c'était la Russie qui avait poussé l'Allemagne à intervenir. Rien n'est plus inexact. Ceci explique qu'en Europe on lit pu être égaré sur la réalité de la situation. »

Grâce à ces manœuvres souterraines, la colère du Japon, forcé de céder, visa surtout la Russie ; mais si nous avions eu des difficultés avec la Chine dans les années qui suivirent, nous aurions pu payer cher la

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faute d'avoir voulu plaire à l'Allemagne et à la Russie. Cinq ans plus tard, en 1900, cette explosion de la haine des Chinois contre les étrangers qui prit le nom d'insurrection des Boxers, vint prouver la vérité de ce que nous avançons. Si le Gouvernement chinois avait su la diriger contre un seul de ses voisins (France ou Russie), elle pouvait avoir un tout autre résultat et en tout cas aurait débuté par de grands succès, car la Russie était aussi incapable de résister sur l'Amour à une agression chinoise inattendue que nous-mêmes de défendre le Tonkin. La manœuvre diplomatique de Guillaume II était donc extrêmement habile : elle avait pour résultat de maintenir sur la frontière du Tonkin et de la Sibérie un péril que les victoires du Japon venaient de dissiper. L'incroyable aveuglement des hommes d'État russes (et hélas français !) lui permit de le rétablir avec leur propre coopération. L'intervention de l'Angleterre et la réconciliatio i du Japon avec la Russie ont seules empêche l'Allemagne en 1914 de recueillir les fruits de la prévoyance machiavélique de son empereur (^).

(^) II est curieux de noter les réflexions de Bismarck sur ce sujet. Il écrivait le 7 mai 1895 dans les Hamburger Nachridden : « Si l'action de l'Allemagne à Tokio visait à rendre service à la Russie, on pourrait peut-être l'approuver ; mais quoi qu'il en soit, la Russie aurait pu être soutenue par une attitude de neutralité bienveillante sans intervention active... Pour le moment, nous croyons que l'initiative de l'Allemagne dans l'Asie orientale était inopportune et que le changement extraordinaire de notre attitude à l'égard de l'Angleterre ne peut être justifié. Nous ne pouvons nous empêcher de craindre que notre initiative en Extrême-Orient ne soit un symptôme d'un défaut dont souffre notre politique étrangère et n'ait sa cause dans notre incapacité à rester tranquilles et à attendre. On ne peut voir pourquoi il était nécessaire de courir des risques... »

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La volte-face si rapide et si inattendue de Guillaume s'expliquait aussi par la crainte qu'il ressentait des suites du profond mécontentement qu'il venait de provoquer en Angleterre en esquissant le geste de se poser en protecteur des républiques sudafricaines contre celle-ci.

Le 27 janvier précédent, jour anniversaire de la naissance de son souverain, le consul général d'Allemagne à Pretoria avait prononcé un discours où il disait que « l'Allemagne ne connaissait pas d'intérêt politique plus grave que de soutenir le Transvaal dans ses efforts pour maintenir l'équilibre politique dans l'Afrique méridionale ».

L'ambassadeur d'Angleterre à Berlin s'en étant plaint au Secrétaire des Affaires étrangères baron Marschall, celui-ci avait répondu de façon à couvrir le^consul et récriminé en même temps contre le Dr. Jameson que l'on savait préparer un attentat contre le Transvaal. Puis, le 1^^ février 1895, il fut déclaré au Gouvernement anglais que quoi que la politique allemande n'eut d'autre but dans ces pays que la protection des intérêts matériels de l'Allemagne, ces intérêts exigeaient le maintien du Transvaal comme État indépendant dans la mesure fixée par le traité de 1884.

Deux vaisseaux de guerre allemands restèrent tout cet été là dans la baie de Delagoa, « pour le maintien de l'équilibre dans l'Afrique méridionale », disait-on.

Cette protection accordée aux Boers était une preuve que Guillaume partageait à leur égard les

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