‹ La diplomatie de Guillaume IIChapitre 22 sur 133 · AFFAIRE PORTUGAISE · texte numérisé non relu

AFFAIRE PORTUGAISE

•qu'il s'agisse de vente, de cession ou de location. La convention assurait aux deux puissances un droit d« préemption et un appui diplomatique réciproque...

« La convention reposait sur cette hypothèse que le Portugal consentirait un jour à vendre ses colonies en totalité ou en partie. La date à laquelle cette « éventualité de l'avenir », commC'Bùlow la désigna, se produirait, ne put naturellement être fixée... (Reventlow, Deutschlands ausw. Politik, p. 119.)

« Ce traité, dit Bûlow(^), était important non seulement parce que, sans mettre en danger nos relations avec les autres puissances, il facilitait celles avec l'Angleterre pendant une période plutôt pénible, mais aussi parce qu'il nous assurait des perspectives précieuses pour l'avenir. Le comte Paul Hatzfeld, notre ambassadeur à Londres, que Bismarck avait l'habitude d'appeler le meilleur cheval de son écurie diplomatique, eut le mérite de le négocier.

« Il a promis des fruits d'autant plus riches que nous avons attendu plus patiemment le moment de sa réalisation, qui devait venir tôt ou tard et qui est enfin venu. » (-)

(^ Dentschland unier Kaiser Wilhelm II, Bd. T, p. 47.

(*) Allusion aux contrats qui lièrent en 1913 ou 1914 le Portugal à la Conxpagnie allemande de Mossamédès. — M. Jacques de Dampierre dit à ce sujet d'après Rohrbach : « Si pour l'achat du Congo, l'on en était resté à des « ballons d'essai » dans la presse, il paraîtrait que pour l'Angola les négociations avaient été poussées beaucoup dIus avant, tant avec l'Angleterre qu'avec le Portugal lui-même- Peu avant la guerre, on s'était mis d'accf-rd ; il ne s'agissait plus guère que des signatures, et tant du côté allemand que du côté anglais, il n'y avait pas de doute que ces signatures ne dussent être échangées à bref délai... Ce n'était plus dès lors qu'une question de temps de décider ensuite le Portugal, toujours à court d'argent et paralysé par ses troubles poli- 1;iques... On ne projetait pas naturellement d'enlever l'Angola aux

Le résultat n'en était pas moins de priver la France ou l'Etat du Congo de la possibilité d'acquérir le Congo portugais avec l'appui de l'Angleterre si le Portugal avait cherché à le vendre. C'était un exemple de l'habileté de Guillaume à obtenir des droits par des traités qui ne lui coûtent rien.

L'année 1898 fut celle de Port-Arthur et [de Fashoda ; ce fut aussi celle d'un rapprochement angloallemand. L'alliance franco-russe parut une dernière fois aux hommes d'Etat anglais être un danger pour l'Angleterre. Chamberlain, le 8 décembre, prononça un discours où il disait que l'Allemagne et l'Angleterre pouvaient « s'entendre », car « leurs intérêts n'étaient dans aucune partie du monde en antagonisme sérieux », mais le comte de Bûlow se contenta un peu après de déclarer « qu'il y avait toutes sort*es de questions et de points sur lesquels l'Allemagne pouvait s'entendre et s'entendait volontiers avec l'Angleterre sans nuire à d'autres relations précieuses. »

Il est douteux que les autres membres du cabinet anglais aient été aussi chaleureusement disposés que Chamberlain pour l'Allemagne, mais il n'est pas moins notable que jamais depuis 1815 il n'y ait eu de tentative d'alliance entre ces deux nations. La cause doit en être recherchée dans les désirs de conquête des hommes d'État allemands depuis cette

Portugais, mais l'on se serait contenté d'y posséder certains droits économiques et de colonisation. Peu de mois avant la guerre, une expédition technique allemande, assistée de quelques hauts fonctionnaires portugais, était partie pour le Sud de l'Angola, afin d'étudier un tracé de chemin de fer reliant les réseaux de l'Angola et du Sud-Ouest africain allemand. » [Rei'ue des Deux Mondes, l^"" janvier 1916, p. 209.)

RAPPORTS A N G L O - A L L E M A X D S f;9

époque ; ils voyaient bien qu'une alliance avec une puissance qui ne visait qu'au maintien du statu quo ne pouvait leur être utile que si on la trompait sur le véritable but de cette alliance. Jusqu'en 1910, ils préférèrent s'abstenir de négociations avec l'Angleterre sur les objets de leurs ambitions. De 1848 à 1870, ils étaient d'aillcuis protégés contre nous par les aicieas traités conclus avec l'Angleterre coatre Napoléon I^^ et renouvelés en 1815.

Si l'Allemagne avait traité avec l'Angleterre en 1898, elle eut cédé contre compensation ce qu'elle devait abandonner à peu près gratis l'année suivante. Dès le commencement de 1899, Chambsrlain et ses amis pressèrent énergiquement les Boers de donner satisfaction à l'Angleterre. La situation s'aggrava rapidement, et le 11 octobre 1899 la guerre éclata. L'émotion fut immense en Allemagne et le peuple allemand manifesta de la façon la plus bruyante son. désir de voir l'Empereur réaliser la promesse faite dans le télégramme à Kruger, mais Guillaume fit le contraire. Il avait réfléchi depuis son fameux télégramme et savait qu'étant donnée la faiblesse de la flotte allemande, une intervention de l'Allemagne seule en faveur des Boers ne pouvait la conduire qu'à l'humiliation et à la défaite : « Exiger que nous intervenions au Transvaal, aurait-il dit, ressemble à la demande que l'on pourrait faire à quelqu'un d'arrêter un cheval au galop en agitant son mouchoir. « Il chercha seulement à utiliser la situation pour se faire bien venir des Anglais. Lui-même a fait publier en 1908 dans le Daily Telegraph une

relation de sa conduite en cette occasioa. Elle est sous forme d'interview, mais il a été avoué officiellement que l'Empereur en avait revu le brouillon et l'avait envoyé au chancelier de Biilow pour lui demander s'il voyait des inconvénients à en autoriser la publication. Le chancelier a prétendu avoir donné son visa à cette pièce par inadvertance, n'ayant pu la lire faute de temps :

« L'Empereur, y est-il dit, revint aux preuves d'amitié qu'il avait données à l'Angleterre. Il déclara que la majorité des Anglais croyaient que l'Allemagne leur avait été hostile pendant la guerre sud-africaine. C'est vrai de l'opinion publique et privée, mais quand les délégués boers essayèrent d'obtenir une intervention de l'Europe et furent fêtés en France et en Hol-^ lande, lui, l'Empereur, refusa alors de les recevoir. Cet acte, qui amena l'échec définitif de la mission des délégués boers, est-il, demande l'Empereur, le fait d'un ennemi secret ? De plus, quand la guerre des Boers était à son point culminant, les gouvernements de France et de Russie demandèrent à l'Allemagne de s'unir à eux pour sommer l'Angleterre de mettre fin à la guerre, sauver les républiques boers et humilier l'Angleterre jusque dans la poussière, mais l'Empereur répondit que l'Allemagne devait toujours se tenir à l'écart d'une politique la mettant en conflit a<^ec une puissance maritime comme V Angleterre. La postérité, ajouta l'Empereur, connaîtra un jour les termes du télégramme qui est maintenant aux archives du châteaii de Windsor et par lequel j'informai le roi d'Angleterre de la réponse que je donnai aux

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