GUERRE DES BOERS
puissances qui s'efforçaient alors d'abaisser l'Angleterre. Les Anglais qui m'offensent maintenant en mettant en doute ce que je dis, seraient par là forcés de voir comment j'ai agi à l'heure du danger. En décembre 1899, pendant les semaines de grands désastres, je reçus une lettre de ma vénérée grand'mère à laquelle j'envoyai une réponse pleine de sympathie. Je fis plus, je fis rédiger par un officier un rapport exact sur le nombre de combattants et sur la position actuelle des forces des deux côtés en Afrique. Avec les cartes devant moi, je travaillai au plan de campagne le meilleur selon moi ; je le soumis à la critique de mon Etat-major général et je l'envoyai alors en Angleterre. Cette pièce doit être également parmi les papiers d'État au château de ^Yindsor. Laissez-moi ajouter que par une rencontre remarquable, le plan que j'avais dressé était presque celui que Lord Roberts a réellement adopté et heureusement exécuté. » Quoique le peuple allemand soit de tous les peuples de l'Europe chrétienne celui que sa littérature poîitique rend le moins accessible aux idées de justice internationale, de fraternité entre les peuples et de générosité envers le plus faible, il est néanmoins en général fort au-dessus des fourberies d'un Bismarck ou d'un Guillaume IL L'interview fut donc accueillie en Allemagne avec une indignation unanime. En partie par orgueil, en partie par honnêteté, les sujets de Guillaume II se révoltèrent à l'idée que leur maître pour gagner l'Angleterre, après avoir rédigé un plan de campagne contre les Boers et révélé aux Anglais les tentatives de la Russie et de la France
pour sauver ceux-ci, essayait de gagner un de ses adversaires en faisant connaître au peuple de celui-ci la trahison du secret diplomatique accomplie jadis à son profit.
Les explications que des diplomates russes et français fournirent au Times lors de la publication de l'interview permettent d'ailleurs de croire que la déloyauté de Guillaume et de Bûlow dans cette occasion fut encore plus grande que ce que l'interview en révélait avec candeur. La réponse russe dit :
« La suggestion vint de Berlin à Saint-Pétersbourg que le Tsar comme initiateur du grand mouvement en faveur de la paix à La Haye, devait prendre de nouveau une initiative pacifique pour amener la cessation de l'efîusion du sang et de la niisère dans l'Afrique méridionale.
« La Russie, après avoir consulté la France, répondit en termes prudents et demanda quelle forme la pression sur l'Angleterre pourrait revêtir sans risquer une conflagration générale et quelles mesures l'Allemagne prendrait pour donner son appui. »
La réponse française dit de son côté :
« Après cela (la visite Marschall en 1896), la question du Transvaal ne fut traitée de nouveau au sens international qu'après que la guerre Sud Africaine eut éclaté. C'était en novembre 1899. Feu le comte Mouraviev, alors ministre des Affaires étrangères de Russie, était à Paris ce mois là. Il vit M. Delcassé, alors ministre des Affaires étrangères, et au cours de la conversation lui suggéra que la situation semblait convenable pour faire des représentations à la