GUERRE DES BOERS
Grande-Bretagne dans l'intérêt du rétablissement de la paix. La France, on doit s'en rappeler, était intervenue amicalement au cours de l'été pour faciliter la conclusion de la paix entre les Etats-Unis et l'Espagne. La réponse du Gouvernement français au comte Mouraviev fut que la seule action que la France était disposée à entreprendre serait des représentations amicales du genre de celles qui avaient si bien réussi dans le récent conflit hispano-américain. Elle ne voudrait prendre aucune part à aucune action d'un autre genre.
« En mars 1900, le comte Mouraviev fit de nouvelles représentations à M. Delcassé et elles furent reçues avec les mêmes sentiments qu'auparavant. En retournant en Russie, le comte Mouraviev visita Potsdam où il eut l'occasion de conférer avec l'Empereur allemand et le prince de Bûlow. 11 fit observer que le moment était plus convenable pour faire des représentations à l'Angleterre puisque le cours de la guerre avait tourné en sa faveur et que le sentiment national britannique ne serait plus si susceptible (20 février 1900). La réponse allemande fut (et c'est ce qu'il y a de plus important et significatif) que l'action que Ton avait en vue ne serait pas l'affaire d'un jour et pourrait se prolonger. L'Allemagne exigerait donc comme préliminaire que les trois puissances (Allemagne, Russie et France) commenceraient par se garantir réciproquement de « maintenir le statu quo en Europe », ce qui avait pour but sa as le dire de garantir contre toutes les éventualités.
« La France comprit aussitôt que le sens de cette
proposition était qu'elle devait ratifier de nouveau le traité de I^'rancfort, et elle déclina alDsolument d'accepter la proposition de l'Allemagne. Les négociations furent ainsi rompues. »
Cette négociation et la traîtrise avec laquelle Guillaume la révéla, ne forment qu'une partie des inanœuvres du Kaiser pendant ces mois mémorables. Il profita de l'indignation du peuple allemand pour poursuivre avec plus de vigueur que jamais sa campagne pour l'augmentation de la flotte. Une semaine après le commencement de la guerre, il disait dans un discours : « Nous avons un amer besoin d'une forte marine allemande. Si les augmentations demandées pendant les premières années de mon règne n'avaient pas été refusées en dépit de mes avertissements et de mes supplications continuelles, nous serions tout autrement capables de venir en aide à notre commerce florissant et à nos intérêts outre-mer. » Le peuple alleinand commençait à comprendre que les mots en italique signifiaient que « l'Allemagne serait alors en situation d'imposer sa volonté à l'Angleterre, et la propagande que la Ligue maritime allemande faisait avec l'encouragement bruyant de l'Empereur, fut dès lors grandement facilitée par la jalousie et la haine que l'on commençait à ressentir ponr la dominatrice des mers dans les milieux chauviiis et pangermanistes. La difficulté était que si les Allemands commençaient à comprendre ce que l'Empereur voulait dire, beaucoup d'Anglais se montraient non moins perspicaces. Pour rassurer l'opinion publique anglaise, Guillaume se hâta de recourir à son expé-