DOUBLEME>"T DE LA FLOTTE
dient habituel : il fit une visite en Angleterre du 22 au 25 novembre. « Les hommes d'Etat anglais, i dit Ignotus dans la National Rei^iew (vol. LI, p. 541), furent assurés avec effusion de l'appui de l'Allemagne. Le discours de j\L Chamberlain à Leicester (30 novembre 1899) a été 'attribué à ces assurances perfides. Les gens en mesure de savoir ce qu'il en était, assurent que sa suggestion de la possibilité d'une alliance avec l'Allemagne était due à une ouverture du Kaiser pendant sa visite en Angleterre. »
Mais alors se produisit une de ces divergences entre les paroles de Guillaume et les actes de son Chancelier qui, surtout à l'époque de Bûlow, n'ont peut-être pas toujours été dues à leur machiavélisme, mais avaient probablement leur cause dans leurs divergences de vues. Chamberlain avait dit que « l'Angleterre ne pouvait pas rester isolée d'une façon durable du continent » et « qu'il était évident que l'alliance la plus naturelle pour elle était celle avec le grand empire allemand ». Affectant une vive irritation de l'arrestation de paquebots postaux allemands par les croiseurs anglais, Bûlow répondit le 19 jan- \'ier 1900 à la tribune du Reichstag « que des [rapports bons et amicaux n'étaient possibles que sur la base d'une égalité parfaite et d'égards mutuels », et le ton de ses observations au Gouvernement anglais fut tel que lord Salisbury déclara que c'était la première fois qu'on l'employait à son égard. <
Ces incidents ayant créé la situation que Guillaume désirait, dans les premiers jours de janvier 1900, le projet d'augmentation de la flotte, pour lequel on
faisait tant d'agitation depuis quelques mois, fut présenté au Reichstag. Il doublait l'effectif prévu par la loi de 1895 et exigeait 38 vaisseaux de ligne et 14 croiseurs-cuirassés. Il fut voté sans difficulté.
Dans le préambule du projet créant cette grande flotte, il était dit :
« L'Allemagne doit avoir une flotte suffisamment forte pour que même la plus grande puissance navale ne puisse pas risquer une guerre contre elle sans mettre en danger sa propre suprématie. Dans ce but, la flotte allemande doit être aussi forte que celle de la plus grande puissance navale, parce que celle-ci, en général, ne pourra pas concentrer toutes ses forces contre nous. ))
Cette phrase, qui a été si souvent citée et discutée, paraît avoir imprudemment avoué non seulement le but, mais aussi le plan de campagne de Guillaume sur mer. Un exposé de stratégie navale fait à la même époque par l'amiral von der Goltz, ancien chef de l'État-major général, l'expliquait plus clairement :
« La suprématie maritime de la Grande-Bretagne, actuellement écrasante, écrivit-il, restera certainement considérable dans l'avenir, mais cette puissance est forcée de disperser ses forces dans le monde entier. En cas de guerre dans les eaux britanniques, la plus grande partie de ces escadres serait certainement rappelée, mais leur réunion demanderait du temps et toutes leurs stations ne pourraient être abandonnées. D'autre part, la flotte allemande, quoique beaucoup plus petite, pourrait rester concentrée dans les eaux européennes. »