‹ La diplomatie de Guillaume IIChapitre 29 sur 133 · LA GUERRE H I S P A N O - A M E R I C A I N E · texte numérisé non relu

LA GUERRE H I S P A N O - A M E R I C A I N E

ouvertement en œuvre, en faveur de l'Espagne, toute l'influence dont il disposait que parce qu'il désirait la rattacher de nouveau à la Triple-Alliance à laquelle elle avait été liée quatre ans, vers 1890. Même si le gouvernement et le peuple français a'eussent pas sincèrement désiré empêcher la guerre entre deux nations pour lesquelles ils ressentaient une sympathie aussi vive qu'ancienne, nos hommes d'Etat auraient été forcés d'agir en faveur de l'Espagne aussi énergiquement et aussi bruyamment que l'Allemagne, car ils devaient craindre sans cesse une aUiance hispano-germanique et ne pouvaient rien espérer des États-Unis dans aucun cas. Tant que les nations qui veulent la paix et la justice (et elles forment l'immense majorité) n'auront pas conclu une alliance défensive contre les gouvernements qui veulent la guerre, elles seront souvent forcées de s'abaisser à des calculs comme ceux que nous faisions à ce moment-là.

L'Angleterre était à ce moment là le seul pays de l'Europe où le public n'eut pas donné des preuves de sympathies espagnoles. Au contraire, l'ambassadeur américain John Hay pouvait écrire le 5 avril 1908 au sénateur Lodge : « L'Angleterre est le seul pays de l'Europe dont les sympathies ne soient pas ouvertement contre nous. Ne perdons pas notre temps à discuter si l'origine de ce sentiment est entièrement égoïste ou non, son existence est en tout cas indubitable. Je le trouve partout où je vais, non seulement dans la presse, mais aussi dans les conversations privées. Pour la première fois, je trouve le sentiment

des salons entièrement avec nous. Si nous le désirions (nous ne le désirons pas, c'est entendu), nous pourrions avoir l'assistance de fait de la marine britannique, sur le principe du dout des naturellement. » (^)

La guerre ayant éclaté, chacun des ambassadeurs américains en Europe s'efforça à sa façon d'agir sur l'opinion et le gouvernement du pays auprès duquel il était accrédité de façoa à le détourner de toute idée de s'associer à d'autres pour une interveiitioa. L'uq d'eux, Mr. Andrew White, « savant éminent et germanophile (^), » parlant au baron de Richthofen, sous-Secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, après la bataille de Manille, lui dit : « Nous n'avons pas besoin des Philippines, pourquoi ne les prendriez-vous pas ? »

« Est-ce cette remarque, faite sa as y prendre garde, qui a amené, un mois plus tard, l'arrivée d'une escadre allemande dans la baie de Manille ? C'est ce qui ne peut être prouvé par les documents ; le fait indéniable est que l'amiral Diederichs se comporta comme s'il avait l'intention de s'emparer des Philippines. »

Ainsi parle Mr. W.-R. Thayer, qui a eu des sources manuscrites de premier ordre à sa disposition. Il est fort pos5,ible qu'au cours des négociations plus ou moins orageuses qui suivirent, le gouvernement allemand ait mis en avant la remarque de Mr. A. White pour justifier sa conduite. En réalité, elle semble avoir été inspirée par des motifs tout autres.

(^) Thayer, Life and leiters of John Hay, II, 165. {') SiDNEY Whitman, Thlugs I remember, p. 79.

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