‹ La diplomatie de Guillaume IIChapitre 30 sur 133 · LA GUERRE HISPANO-AMERICAINE · texte numérisé non relu

LA GUERRE HISPANO-AMERICAINE

« John Hay, étant ambassadeur à Londres », écrit M. W.-R. Thayer, connut l' effort désespéré et patent de rAllemagne et de la France pour éviter à l'Espagne une guerre avec les Etats-Unis. Il conhut l'efîort de l'Empereur allemand pour persuader à l'Angleterre de se joindre à une coalition contre nous. Il apprit probablement de Mr. Chamberlain luimême la remarque faite par le Kaiser à un Anglais qui la rapporta à Mr. Chamberlain : « Si j'avais une grande flotte, je prendrais l'oncle Sam au collet... » (^)

N'ayant pas cette grande flotte, le Kaiser envoya à Manille celle de FamiralDiederichs qui était à cette époque dans la mer de Chine. Il y arriva le 12 juin et répondit à l'amiral Dewey ,qui lui demandait pourquoi cinq vaisseaux étaient venus, constituant une

(^) M. iVIorton Prince écrit : « Dans une lettre adressée à l'auteur le 7 juillet 1898, Joseph Chamberlain, alors ministre des colonies de Grande-Bretagne, écrivait : « Naturellement vous vaincrez et vous serez «à même de dicter vos conditions à l'Espagne. Les puissances conti- « nentales n'interviendront pas, parce que l'Angleterre ne se joindra pas « à elles. Je suis certain que si l'opinion ici avait été différente de ce « qu'elle est, vous auriez eu à faire face à une coalition européenne. »

« Il y a quinze jours (ne citez pas mon nom comme autorité), remet pereur d'Allemagne disait à un de mes amis : « Si j'avais eu une flotte «plus puissante, j'aurais pris l'Oncle Sam au collet »,et ceci représente «le point de vue des monarchies de date ancienne qui commencent à « vouloir une doctrine de Monroë pour l'Europe. Mais, étant donné l'atti- « tude de ce pays, elles n'osent bouger. Vous êtes donc libres d'accomplir «votre destinée. »

« Actuellement, je suis entièrement autorisé à publier cette lettre. Il existe bien d'autres preuves corroboratives, indubitablement à la portée de tous, de cette tentative de former contre les États-Unis une coalition européenne qui a échoué grâce à l'Angleterre (voir la lettre de M. G. Creighton Webb dans le Times de New- York, 2 juin 1915.) J'ai en ma possession, dans cet ordre d'idées, la déclaration qui suit, rendant compte d'une conversation entre un autre membre du cabinet anglais et feu M. F. W. Holls, ancien juge au premier tribunal de La Haye et tuteur de la personne qui me l'a rapportée, et qui est au moins d'une valeur corroborative. Ce membre du Cabinet,désignépar son nom, informa M. Holls que pendant la guerre hispano-américaine, les puis-

force plus puissante que celle de la flotte américaine : « Monsieur, je suis ici par ordre de l'Empereur », et la même explication fut donnée depuis.

« De toute façon, écrit M. Morton Prince (^) nous fûmes bien près de la guerre en juillet, à cause de l'intervention de von Diederichs après la bataille de Manille du 1®^ mai, lors du blocus proclamé par Dewey. »

« On a su depuis, que les événements se précipitèrent de telle façon qu'un navire allemand ordonna le branle-bas de combat et que Dewey, dans la fameuse et orageuse entrevue du 10 juillet avec l'officier d'État-major von Hintzer, représentant l'amiral allemand, menaça d'une guerre si l'Allemagne la voulait. Cette partie de l'entrevue fut ainsi racontée à W. John Barrett par « un des officiers de V Olympia qui entendit la conversation : Si le Gouvernement allemand, disait Dewey, a pris la décision de déclarer la guerre aux Etats-Unis ou a l'intention de déclarer la guerre et en a informé votre amiral, il est de son devoir de me prévenir... Mais qu'il ait ou non l'intention de se battre, je suis prêt. » {Admirai Deivey, par John Barrett, 1899, p. 115.)

sances continentales avaient conçu le plan de s'assurer du consentement de l'Angleterre à une intervention. Un des ambassadeurs à Londres fut chargé de sonder à ce sujet cet homme d'Etat, faisant alors fonctions de premier ministre. Comme on lui demandait si une intervention pouvait entrer dans les vues du Gouvernement de Sa Majesté, il répondit : « En effet, une intervention a été envisagée, mais la seule forme qu'elle pourrait prendre serait de mettre la flotte de la Grande- Bretao'ne à la disposition du président des États-Unis. »

« On a su par la suite que les événements se précipitèrent de telle façon qu'un navire allemand ordonna le branle-bas.« (Psychologie du. Kaiser, p. 31.)

(1) Psychologie du Kaiser, p. 31.

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