LA QUESTION DE LA MAXDCHOURIE
pendant les dix années qui suivirent, et particulièrement des rapports anglo-allemands. Il s'agissait de savoir si l'Allemagne, s'unissant à l'Angleterre et au Japon, protesterait contre la politique russe en Mandchourie. Au mois de mars 1901, le chancelier de Bûlow saisit une occasion d'expliquer « de sa fenêtre », sans qu'on le lui ait demandé, quel était le point de vue allemand... « L'accord anglo-allemand, déclara-t-il, ne concerne pas la Mandchourie. » Il affirma que lors des négociations avec l'Angleterre, on n'avait laissé aucun doute aux hommes d'État britanniques sur le fait que d'après l'Allemagne le traité ne concernait pas la Mandchourie. « Rien ne pourrait nous être plus indifférent que ce qu'il adviendra de la Mandchourie, déclara Bûlow... »
« Questionné à la Chambre des Communes, Lord Salisbury déclara que l'affirmation que l'Allemagne avait exclu la Mandchourie des négociations ne répondait pas aux faits . Le Secrétaire d'État aux Affaires étrangères lord Lansdowne dit ensuite que la seule réserve faite alors par le Gouvernement allemand avait consisté à dire qu'il ne considérait pas la Mandchourie comme un de ses domaines d'influence, quoique les deux seulsports qui y existassent fussent déjà ouverts, mais que l'Allemagne n'avait fait aucune réserve en ]ce qui concernait l'intégrité du territoire chinois... »
« La façon dont l'Allemagne interpréta le traité du Yang-Tsé causa en Angleterre un profond mécontentement. Elle fut une des causes de la haine ouverte et de la méfiance incessante que l'on y eut
depuis pour le prince de Bûlow... Les protestations réunies de l'Angleterre et du Japon réussirent d'ailleurs à décider le Gouvernement russe à renoncer à son traité mandchourien. La Russie ajourna la question, elle ne se sentait pas encore assez forte en Extrême-Orient, elle voulait achever le Transsibérien, organiser Port-Arthur comme point d'appui naval et avoir une flotte puissante dans les eaux de l'Extrême-Orient. »
« A l'automne de cette année là, le Tsar assista aux manœuvres de la flotte allemande à Danzig, Le comte Lambsdorf, ministre russe des Affaires étrangères et le comte de Bûlow se trouvaient avec leurs souverains et l'entrevue eut une caractère de cordialité accentuée... (^) ». Peu après cette [entrevue, le comte de Bûlow renouvela deux fois de suite ses déclarations sur la Mandchourie. « C'était la politique des mains libres qui trouvait ici une expression fort saisissante, car même alors le comte de Bûlow n'avait pas lié la politique allemande, il pouvait changer à tout instant sa façon de voir au sujet des agissements de la Russie en Mandchourie et se mettre du côté de l'Angleterre. » (Reventlow, ibid., p. 170.)
Pendant que Guillaume et Bûlow encourageaient ainsi les Russes à s'engager dans l'aventure mandchourienne, ils travaillaient sous main à pousser le Japon et l'Angleterre à s'allier pour les arrêter. « En mars ou avril de l'année dernière (1901), dit Hayashi, le baron de Eckardstein, alors chargé d'affaires alle-^
(^) Deutschlands auswàrtige Poliiikt p. 169.
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mand à Londres, me visita plusieurs fois. Au cours de mes conversations avec lui, il me déclara que rien ne serait plus efficace pour le maintien de la paix en Extrême-Orient que la conclusion d'une Triple Alliance entre le Japon, l'Angleterre et l'Allemagne. Il me dit qu'autant qu'il pouvait savoir, beaucoup de membres influents du cabinet... avaient accepté cette suggestion. En ce qui concerne l'Allemagne, le sentiment populaire contre l'Angleterre y était certainement très vif, mais le Gouvernement allemand ne le partageait pas. Le baron mentionna spécialement que deux des dignitaires les plus distingués de l'Empire étaient favorables à l'idée de conclure une alliance entre les trois puissances. Je présume que les deux personnes auxquelles il fit allusion étaient l'Empereur et le comte de Bûlow. A l'occasion des funérailles de la reine Victoria, l'Empereur s'était rencontré plusieurs fois avec le roi Edouard à Osborne, et le baron de Eckardstein, qui y avait toujours accompagné l'Empereur, était en position de connaître les circonstances réelles. Le baron suggéra que si le Gouvernement japonais prenait l'initiative de proposer formellement la conclusion de cette alliance, elle réussirait certainement. »
Autorisé par télégramme de son Gouvernement, en date du 17 avril 1901, Hayashi sonda lord Lansdowne. Celui-ci répondit que les propositions de Hayashi pour la conclusion d'un accord permanent pour le maintien de la paix en Extrême-Orient lui paraissaient bonnes, mais qu'il fallait consulter le premier ministre, lord Silisbury, alors absent de
Londres. Il ajouta qu'un accord de ce genre ne pourrait être Umité à deux nations, mais que toute autre devrait pouvoir y être admise.
Hayashi, en informant son Gouvernement, lui proposa de travailler à la conclusion d'une alliance anglo-japonaise. Il reçut pour toute réponse de chercher à savoir si l'Angleterre et l'Allemagne avaient déjà un accord sur la matière et de le faire « sous sa propre responsabilité ». Il n'en fit pas moiQS, le 15 mai, des propositions d'alliance à lord Lansdowne, disant que le Japon ne désirait que l'intégrité de la Chine, la porte ouverte et le maiatien de ses intérêts en Corée. Lord Lansdowne répondit que l'on rencontrerait des difficultés lors de )? discussion des détails, que l'accord ne serait pas nécessairement limité à l'Angleterre et au Japon et qu'une troisième puissance pourrait y être admise.
« Le lendemain, dit Hayashi, le baron de Eckardstein vint me visiter. Il me dit qu'il avait vu lord Lansdowne la veille quand je venais de le quitter et que celui-ci lui avait communiqué l'objet de notre conversation. »
A raison d'un changement de ministère à Tokio, la négociation traîna ensuite pendant quelque temps. Puis le 15 juillet, sir Claude Macdonald, le ministre anglais à Tokio, vint trouver Hayashi et lui dit que non seulement Edouard VI ï était d'avis qu'uQ accord anglo-japonais durable devait être conclu, mais que les vues de Lord Salisbury allaient jusqu'à une alliance entre la Grande-Bretagne et le Japon pour le cas où deux ou un plus grand nombre d'États
attaqueraient l'un des deux. Il ajouta que la discussion d'une telle alliance devant prendre du tenips, il fallait se hâter. « Pendant que nous perdons du temps à discuter les ternies d'un accord avec le Japon, dit Macdonald, il pourrait venir au Gouvernement japonais l'idée de faire i lliance avec 1? Russie ; en fait le chargé d'affaires allemand est allé au « Foreign Office » et a dit quune action de ce genre de la part du Japon était possible. »
Hayashi voyant « que les hommes d'État anglais craignaient la conclusion d'une conventior entre le Japon et la Russie » les entretint dans cette crainte. Pour ce qui concernait la Chine et la Mandchourie, les deux interlocuteurs étaient d'accord avant de discuter. La difficulté et lit la Corée. Lord Lansdowne demanda à Hayashi pourquoi le Japon n'avait pas consenti à faire de la Corée un état tampon comme la Russie l'avait proposé, à quoi l'^^utre répondit que c'était inutile de le tenter, les Coréens étant complètement incapables de se gouverner.
La nécessité pour le Gouvernement japonais de recevoir un compte rendu détaillé occasionna un nouvel arrêt des négociations. Le 8 octobre, Hayashi reçut « l'autorisation d'échanger officiellement des vues avec le Gouvernement britannique. Le 16 suivant, il arrêta avec Lord Lansdowne les préliminaires du traité. Questionné par Hayashi au sujet de l'inclusion de l'Allemagne dans l'alliance, Lansdowne répondit : « Nous pensons que le mieux est de négocier avec vous d'abord et ensuite d'inviter l'Allemagne à se joindre aux négociations et à entrer dans l'alliance ».
Le 6 novembre, Lord Lansdowne remit à Hayashi la première rédaction du traité. Le 13 novembre, pendant qu'elle était examinée à Tokio, Hayashi reçut l'ordre d'aller à Paris pour y soumettre les télégrammes relatifs à la négociation au marquis Ito et essayer de lui faire approuver le projet anglais. Le marquis Ito, qui s'était fait au Japon l'avocat d'une entente directe entre son pays et la Russie, revenait d'Amérique où il avait reçu le titre de docteur en droit de l'Université de Yale et allait à Saint- Pétersbourg proposer un arrangement laissant toute liberté au Japon en Corée et à la Russie en Mandchourie, chacune des deux puissances s'engageant à ne pas établir de base navale à Masampo.
Ito, avant de quitter le Japon avait vu le marquis Yamagata, le comte Inouye, le premier ministre comte Katsura, le ministre des Affaires étrangères vicomte Sone ; il agissait d'accord avec M. Kurino, qui venait d'être nommé ministre à Saint-Pétersbourg, et qui avait affinné depuis longtemps qu'il n'accepterait ce poste qu'à la condition d'être autorisé à négocier une alliance triangulaire franco-russojaponaise. Mr. Tsusuki, qui accompagnait Ito, affirmait que Kurino avait reçu cette autorisation.
Ito et Hayashi furent aussi étonnés et embarrassés l'un que l'autre de voir qu'ils allaient poursuivre simultanément des négociations peu conciliables. Toutefois Hayashi ayant télégraphié, reçut le 18 novembre comme réponse : « Le Gouvernement n'a pas changé de politique et Kurino n'a pas reçu la mission qu'on lui prête. »
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D'ailleurs, déjà le 14, Ito avait télégraphié pour dire qu'il adhérait aux principes de ralliance anglojaponaise projetée. Il n'en alla pas moins à Saint- Pétersbourg où il fut reçu avec la plus grande distinction et où l'Erapereur lui parla de « la nécessité pour la Russie et le Japon d'agir ensemble avec harmonie et de son désir de voir arriver à un accord entre les deux pays ».
Ito, enchanté, essaya de faire prévaloir ses vues quand il revint à Berlin, mais en vain. Son Gouvernement ordonna à Hayashi, le 10 décembre, de signer le traité après avoir demandé quelques modifications légères. Le 30 janvier, les signatures furent échangées.
« Une matière très importante cjui restait à régler était de savoir si l'Allemagne serait invitée à entrer dans l'alliance... Le 20 novembre Hayashi en parla à Lord Lansdowne qui lui répondit : L'Allemagne reconnaît certainement que les intérêts de la Grande- Bretagne et du Japon en Chine sont très grands et que les siens ne peuvent être comparés à ceux de ces deux nations. Même si nous ne la mettons pas au courant avant la conclusion des négociations, elle n'en sera pas forcément fâchée. De plus, si nous l'informons trop tôt, elle peut s'en servir pour avancer ses intérêts. Je pense qu'il vaut mieux attendre. »
Plus tard, Lord Lansdowne demanda spontanément : « Que ferons-nous au .sujet de l'accession de l'Allemagne à l'alliance? » Mais le Gouvernement japonais répondit que tout en laissant la matière à la discrétion de la Grande-Bretagne, il croyait qu'il valait mieux attendre que le traité soit rédigé ou
signé pour demander à l'Alleniagne d'y accéder.
Le traité ayant été signé, le Gouvernement japonais télégraphia [que, quoiqu'ayant laissé la question de l'invitation à l'Allemagne à la discrétion du Gouvernement britannique, il désirait néanmoins qu'elle y accède et que l'invitation lui en soit faite simultanément par les deux gouvernements. Hayashi en fit part à Lord Lansdowne, « mais juste à ce moment le comte de Bûlow, chancelier impérial allemand, avait fait un discours au Reichstag attaquant Mr. Joseph Chamberlain, le ministre anglais des colonies ; il avait aussi employé un langage peu convenable à l'égard de l'armée anglaise. En conséquence, le peuple anglais qui avait été fort irrité de l'attitude de la presse allemande pendant la guerre Sud-africaine, devint sérieusement hostile à l'Allemagne. Lord Lansdowne pensa que le moment était peu propice pour des ouvertures à cette puissance, ainsi il fut décidé d'attendre un peu. » On se borna donc à lui notifier le traité le 3 février, encore cette notification faillit-elle être ajournée par suite d'un désir exprimé par le roi Edouard, mais il était trop tard pour pouvoir y donner suite.
« Quoi qu'il en soit, dit Hayashi (p. 190), notre notification à l'Allemagne fut seulement une notification et non une invitation à se joindre au traité. Il ne paraît pas d'ailleurs que l'Allemagne ait réellement désiré y être partie, ce qui pouvait être dû aux relations tendues qui existaient entre la Grande- Bretagne et elle à cette époque... Si l'Allemagne avait été réellement sincère dans ses ouvertures antérieures
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et s'était proposé d'accéder à l'alliance, une triple alliance aurait pu aisément être conclue. Il n'est pas raisonnable de supposer que l'Alleniagne a été exclue à dessein par la Grande-Bretagne et le Japon. »
« Le traité n'étant dirigé spécialement contre aucune nation » fut publié le il février (■) sur la demande du Gouvernement japonais. « Tous les gouvernements exprimèrent leur satisfaction » de ses clauses, seul le ministre des Affaires étrangères de Russie fut étonné d'y voir des mots comme « guerre » et « engagé dans une guerre ». Il trouvait cela très extraordinaire. Il n'avait jamais songé qu'il puisse y avoir une chose comme une guerre en Extrême- Orient et il était très étonné de trouver qu'on avait pris des précautions pour cette éventualité. » (Hayashi, p. 194.)
En réalité, ce traité n'était désavantageux pour la Russie qu'à deux points de vue. D'abord il empêchait la formation d'une coalition contre le Japon. Ensuite il devenait plus difficile à la Russie d'obtenir un acquiescement net du Japon à la présence des Russes en Mandchourie. Mais comme le principal danger de l'occupation de cette province devait provenir un jour de la Chine, et de la simultanéité de complications en Chine et en Europe, le domm3ge causé à la Russie par ce traité était en somme très faible.
Mais si ce traité n'était guère désavantageux pour
(^) Le traité fut publié trois jours plus tôt à Tokio par un journal du soir et l'on croit que la légation d'Allemagne fut mêlée à cette indiscrétion. Le baron Rosen, ministre de Russie, interviewé, nia avec véhémence la possibilité d'un tel tiaité.
les intérêts matériels de la Russie, il était ea revanche fâcheux pour son prestige. Le Gouvernement russe chercha à y remédier en publiant le 12 avril, d'abord des notes inofïensives échangées par lui avec la France au sujet des affaires d'Extrême-Orient et .qui étaient destinées à faire pendant au traité anglojaponais, ensuite une convention relative à la Mandchourie conclue par lui avec la Chine et destinée à remplacer celle dont la protestation anglo- japonaise avait empêché la mise en vigueur l'année précédente : la Russie s'y obligeait à faire évacuer la Mandchourie par ses troupes en trois échelons de telle façon que l'évacuation devait être complète le 8 octobre 1903. Ces promesses ne furent pas tenues. Le Gouvernement russe obéissait successivement à des influences contradictoires. L'érection de la lieutenance d'Extrême-Orient en faveur du général-adjudant Alexéiev en août 1903 prouva que celles qui s'opposaient à l'évacuation, avaient le dessus. En même temps, la Russie demanda au Gouvernement chinois de prolonger de seize mois le délai pour l'évacuation. Il recommanda ensuite au Gouvernement coréen d'accorder à des Russes une concession de forêts sur le Yalu. Le Japon entama alors des négociations pour mettre d'accord ses prétentions et celles de la Russie en Corée et en Mandchourie. Il ne s'agissait en somme pour la Russie que de céder des choses qu'elle convoitait, mais qui ne lui appartenaient pas, afin de jouir plus paisiblement du reste. Mais la sagesse de plusieurs des hommes d'État russes les plus influents n'allait pas jusqu'à faire ce raisonnement
si simple. Le Gouvernement allemand les entretint le plus longtemps qu'il put dans leur aveuglement. Tandis que le Gouvernement anglais prévenait la Russie que les menaces du Japon étaient sérieuses, l'Allemagne appuyait avec persistance les Russes qui disaient que le Japon bluffait et s'éclipserait au dernier moment si la Russie restait ferme : des lettres privées du comte de Bûlow maintenaient encore ce pDint de vue en janvier 1904 (^). On connaît le résultat. Appliquant les enseignements déloyaux du grand Etat-major allemand, les Japonais commencèrent la guerre sans l'avoir déclarée en coulant le 8 février pendant la nuit trois vaisseaux de l'escadre russe de Port-Arthur.
Le comte Reventlow (^) a exprimé le regret que son Gouvernement n'ait pas profité de l'occasion de ces négociations pour s'allier à l'Angleterre et au Japon, et Schiemann se retient à grand'peine d'exprimer le même regret (^). Ils auraient raison si le
(^) Steed, Habsburg Monarchy, p. 231.
(^) Deutschlands auswàrtige Politik, p. 178.
(^) Deutschland und die grosse Politik, 1913, p. 250. — Le prince de Bûlow a essayé de justifier sa politique en ces termes : k On peut discuter pour savoir si, après la disparition du roi Edouard et à un moment où l'achèvement de notre flotte n'était pas terminé il est vrai, mais aussi avancé que les nécessités de notre défense 1 exigeaient, nous n'aurions pas eu intérêt à conclure un traité de neutralité ; ce qui est évident c'est que tant que notre flotte n'a pas suffi à notre défense, et en particulier à l'époque où l'on commençait sa construction et où le roi Edouard régnait, nous ne pouvions nous attacher à l'Angleterre sans les garanties les plus sûres et surtout nous ne pouvions pas tirer pour elle les marrons du feu russe.... Nous aurions eu à faire face à une guerre pénible sur deux fronts, tandis que l'Angleterre aurait eu la tâche beaucoup plus légère de paralyser notre commerce, d'agrandir son empire colonial sans peine et de profiter de l'affaiblissement des puissances continentales. Nous nous serions laissé duper et saigner pour les intérêts anglais comme c'est maintenant le cas de la France.
but de leur Empereur avait été la paix : on n'est jamais trop fort pour la maintenir et une Triple Alliance pacifique en Orient doublant la Triple Alliance d'Occident, y aurait certes contribué, mais le but de Guillaume et de Bûlow n'était pas le maintien de la paix, mais bien de choquer les peuples les uns contre les autres, le premier dans l'espoir d'y trouver des occasions de guerre heureuse, le second pour profiter des embarras des autres puissances afin d'augmenter l'influence de l'Allemagne. Pour des raisons différentes, tous deux étaient d'accord , pour pratiquer la politique de la « main libre ». Le comte Reventlow (^) croit que ce qu'a dit Eckardstein à Hayashi au commencement de la négociation au sujet des deux personnages haut placés, était vrai et que Hayashi a seulement commis l'erreur de croire que l'une d'elles était le comte de Bùlow (^). Nous
Enfin, en cas de guerre continentale et longtemps après, nous n'aurions eu ni la force, ni les moyens, ni les loisirs de bâtir une flotte de guerre comme nous avons pu le faire. Nous aurions laissé passer cette occasion, peut-être la dernière, de forger l'armure marine dont nous avions besoin ; nous aurions perdu pour un temps qu'on ne peut calculer toute «spérance d'être indépendants sur mer, et par suite d'avoir une politique mondiale indépendante. Nous aurions porté notre peau au marché pour l'Angleterre contre la Russie. La première n'en aurait naturellement pas été fâchée à l'époque où Chamberlain nous fit ses offres, d'ailleurs sans être appuyé par Lord Salisbury, son premier ministre. Devenus lansquenets de l'Angleterre, nous l'aurions débarrassée des Russes qui la gênaient dans l'Asie orientale. Dans l'état où étaient les choses, il était certes plus prudent de ne pas se mêler à ce qui intéressait l'Angleterre, évitant également d'entrer en collision avec elle ou de tomber sous sa dépendance. ))(BiJi.o\v, Deutsche Politik, p. 36). — c Pendant les dix premières années après la présentation du projet de 1897 sur la flotte et après le commencement de nos constructions maritimes, une politique anglaise résolue à l'extrême aurait été certes en situation d'arrêter facilement le développement de la flotte allemande et de nous rendre inofîensifs avant que nos serres aient poussé. » [Ibid., p. 40.)
(^) Deulschlands auswàrtige Politik, p. 177.
(^j Avec sa mauvaise foi naturelle, Bùlow dans un discours de mars