‹ La diplomatie de Guillaume IIChapitre 37 sur 133 · TANGER ET ALGÉSIRAS · texte numérisé non relu

TANGER ET ALGÉSIRAS

La guerre russo-japonaise clôt la seconde partie du règne de Guillaume, celle où n'espérant plus l'acquiescement de l'Angleterre à l'écrasemeat de la Finance, il reconaaît sagement qu'il doit attendre pour agir que cette puissance, ou la France ou la Russie, aient des démêlés qui les paralysent. Les Anglais qui l'avaient observé de près avaient remarqué sa joie dans les occasions oit il avait été question de guerre entre eux et nous, en particulier lors de l'affaire du Siam et lors de Fashoda. Leur Gouvernement s'en était bien rendu >compte, et l'on peut croire que le désir de ne pas augmenter la prépondérance de l'Allemagne en Europe en la débarrassant de notre rivalité, fut pour beaucoup dans la patience dont il fit preuve dans ses démêlés avec nous depuis le jour où nous refusâmes d'attaquer l'Egypte avec lui jusqu'à la convention au sujet du Maroc en 1904. Les événements qui mettaient la Russie aux prises avec le Japon étaient donc quelque chose d'insuffisant

pour Guillaume ; pour la réalisation de ses plans, il eut fallu que la France et l'Angleterre croisassent aussi le fer l'une contre l'autre. L'occasion était propice pour écraser la Russie, mais pas pour écraser la France. Il fit certaitiement ces rrisonnements. Des voisins de la Russie, uq ne demandait pas mieux que de marcher, c'étpit la Turquie ; son Gouvernement et surtout ses officiers témoignèrent une joie trop intense pendant cette guerre pour qu'il y ait l'ombre d'un doute là-dessus, mais la Turquie ne suffisait pas, le concours de l'Autriche et de la Roumanie était nécessaire, et Guillaume ne put obtenir le premier.

Le jour, encore lointain, où les archives s'ouvriront, on y trouvera les preuves des manœuvres perfides du Kaiser pour tenter l'empereur François- Joseph, mais dès maintenant, nous sommes fixés par une confidence de ce souverain : il déclara, avant 1908, à un ambassadeur « qu'il avait deux fois empêché l'Allemagne de provoquer une guerre européenne ». Cette affirmation de sa part est à rapprocher de la déclaration qu'on lui prêta en 1905 « qu'il en était quitté désormais avec la Russie et qu'il lui avait rendu le service qu'il en avait reçu en 1849 m (^). Si donc Guillaume n'a pas profité des embarras de la Russie, c'est uniquement à François-Joseph qu'on en est redevable (^).

(^] Je cite de mémoire ; autant que ie m'en rappelle mes sources sont deux articles du Matin, probablement de ceux dus à la plume de M. Stéphane Lauzanne, qui était comme on le sait, un des journalistes recevant des confidences au Quai d'Orsay.

(^) Ces manœuvres de Guillaume pour entraîner l'Autriche à profiter

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