‹ La diplomatie de Guillaume IIChapitre 38 sur 133 · RAPPROCHEMENT FRANCO- ANGLAIS · texte numérisé non relu

RAPPROCHEMENT FRANCO- ANGLAIS

Ce dut être un amer désappointement pour Guillaume de voir que les sentiments chevaleresques de son allié lui faisaient manquer cette belle occasion, mais quand on cherche, on finit souvent par trouver et il en trouva une autre, moins profitable assurément, mais flatteuse pour son orgueil.

Depuis l'échec de sa tentative auprès de la reine Victoria en 1S91, Guillaume avait donné souvent à la France et aux Français des marques d'une estime à allures chevaleresques et d'une sympathie théâtrale. Elles n'avaient pu tromper les observateurs judicieux sur la nature de ses sentiments réels, parce qu'elles étaient entrecoupées par des manifestations de haine. Quoique de 1891 à 1901, nous ayons eu beaucoup plus de difficultés diplomatiques avec l'Angleterre qu'avec l'Allemagne, nos hommes d'État, les difficultés les plus graves une fois réglées, se rendirent bien vite compte que l'Angleterre, loyale et pacifique dans sa politique, inspirait à Guillaume II une crainte salutaire qui lui tenait souvent lieu de loyauté et de générosité. A un moment tout à fait

des embarras delà Russie restèrent ualurcllcment enveloppées du plus grand mystère, ce qui lui permit de prétendre qu'il avait eu un grand mérite à rester neutre. Dans son télégramme du 31 juillet 1914, il en parlera comme d'une dette <jue Nicolas avait contractée envers lui. Le passage suivant de Bûlow [Deutsche Politik, éd. 191 fi. p. 8.^) donne une idée de ce que Guillaume et ses diplomates ont essayé de faire croire : « Notre attitude envers la Russie pendant la guerre russo-japonaise fut en rapport avec celle que noiis avions eue envers l'Angleterre pendant la guerre des Boers. Sans léser notre devoir de neutralité correcte et stricte envers le Japon, notre attitude envers la Russie fut très amicale. Notie neutralité fut même d'une nuance plus bienveillante envers la Russie que celle de la France. La guerre russo-japonaise laissa comme résidu un refroidissement des rapports franco-russes et une plus grande chaleur dans ceux de l'Allemagne et de la Russie, a

critique de la guerre des Boers, dit la National Re- Hew (t. LIX, p. 6), le président Loubet avoua que « cette expérience lui démontrait la nécessité d'une forte Angleterre pour la paix de l'Europe ». Aussi, à la surprise générale, l'humiliation de Fashoda marqua-t-elle le point de départ d'une réconciliation entre la France et l'Angleterre, la portion intelligente du public français se rendant compte que nous n'avions rien perdu dans cette affaire, que nous étions réellement allés chercher ce qui nous était arrivé, et que notre adversaire avait agi avec beaucoup de tact et une grande modération. Une période de bons rapports commença donc entre les deux gouvernements, chacun agissant avec loyauté à l'égard de l'autre.

Peu après, au contraire, les relations anglo-allemandes commencèrent à devenir moins bonnes. L'amertume causé en Angleterre par la concurrence commerciale allemande, le télégramme à Kruger, les manifestations pro-Boers, la déclaration de Bûlow relative à la Mandchourie, le voyage du prince Henri en Amérique et la révélation déloyale qui la précisa, avaient déjà désillusionné les hommes d'Etat anglais au sujet de l'Allemagne. Ceux d'entre eux qui, comme Chamberlain en 1899 et 1900, avaient exprimé le désir d'associer les forces et les ambitions de l'Allemagne et de l'Angleterre, y renoncèrent. L'alliance avec le Japon, conclue à l'instigation de l'Allemagne, est à peine signée, que l'Angleterre en profite .pour prendre des précautions contre cette dernière : elle rappelle presque tous ses vaisseaux

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de combat de rExtrême-Orient, diminue sa flotte de la Méditerranée, et augmente d'autant la Home Fleet destinée à combattre l'Allemagne. C'était la réplique à laugmentation démesurée de la flotte allemande et la réponse à l'aveu imprudent fait en 1900 qu'elle était destijiée à mettre en péril dans ses propres eaux la plus puissante des flottes étrangères.

L'homme de cette nouvelle situation fut le roi Edouard VU. Oncle à la fois de Guillaume II et de Nicolas II, il connaissait les sentiments et la capacité de tous deux et savait que le plus à craindre était le premier. Bien résolu à faire tout ce qu il pourrait pour conserver à l'Angleterre le premier rang dans le monde, dès que lalliance avec le Japon eût été signée, il commença une série de manifestations discrètes pour faire comprendre que l'Angleterre protégeait le statu quo et 1" équilibre européen. Sa première visite à l'étranger fut pour le Portugal ; il y déclara dans un toast le 8 avril 1903 que « le maintien intangible des colonies des deux pays était l'objet de ses vœux les plus chers et de ses efforts *». Il était inipossible de décrier plus ouvertement les manœuvres de Guillaume pour amener r Angleterre à partager avec lui les colonies portugaises. Immédiatement après, Edouard alla à Rome, à Paris (^j et à Vienne, mais ne fit aucune visite à

(^) Les écrivains anglais récents sont tous d'accord pour diminuer la part d'Edouard VII dans l'établissement de la Triple Entente. Voici par exemple ce que dit Mr. H. Begbie : t C'est déjà une erreur de sup- ' poser que le roi Edouard est l'auteur de l'entente, mais c'est une erreur plus grande encore de supposer qu'il s'est efforcé de la diriger contre

Berlin, ni à Saint-Pétersl^ourg. A partir de ce moment les diplomates français et anglais commer-cèrent à travailler à régler par voie de compensation les points litigieux ' iitre les deux pays. Ce travail aboutit le 8 avril 1904 à la signature d'un traité par lequel la France reconnaissait la. situation de l'Angleterre en Egypte c:: échange de quoi l'Angleterre nous reconnaissait le droit de veiller sur la tranquillité du Maroc et d'y aider à l'introduction de réformes. Cet accord fut complété le 7 octobre par un traité francoespagnol relatif au Maroc.

Ce n'était pas la première fois que le Gouvernement allemand avait à se demander quelle attitude il prendrait à l'égard des convoitises françaises au Maroc. Le 22 février 1880, Bismarck en avait causé avec Hohenlohe et lui avait dit « que l'Allemagne ne pourrait que se réjouir si la France s'appropriait le Maroc. Elle aurait alors beaucoup à faire et l'Allemagne pouvait lui concéder cet agrandissement en Afrique à titre de dédommagement pour l'Alsace- Lorraine. Mr.is quand je lui demandai », nota Hohenlohe, « si je pouvais parler dans ce sens à Freycinet, il me dit que non, ce serait aller trop loin ». La raison de cette interdiction était évidemment que Bismarck voulait faire du consentement de rAllemagne à notre action au Maroc, un objet de marchandages avec

i 'Allemagne. Tous ses biographes sérieux et tous ceux de ses amis que j'ai consultés sont d'accord pour dire que le roi a simplement ajouté la grâce de sa personnalité à la diplomatie de ses ministres, tant Unionistes que Libéraux, qui cherchaient à arriver à une meilleure entente avec la France. Il ne fut point l'initiateur do ce mouvement, il y prêta simplement l'aide puissante de son influence personnelle. » (Vindication <■! Gi eal Britain, p. 36).

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