‹ La diplomatie de Guillaume IIChapitre 39 sur 133 · L ' A L L E M A G >■ E ET LE MAROC · texte numérisé non relu

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l'Espagne et l'Angleterre. Pendant les accords franco-anglais et franco-espagnols qui enlevèrent cette possibilité à l'Allemagne, le chancelier de Bûlow s'expriniait encore au sujet du Maroc comme par le passé ; le 29 mai 1902, il avait dit |à un correspondant du Figaro : « Le Maroc nous touche encore moins que la Chine parce que nos intérêts y sont encore plus petits. La question marocaine n'est pas de celles qui attirent l'attention de la diplomatie allemande d'une façon immédiate. Nous nous réjouissons de ce que la France et l'Italie qui ont dans la Méditerranée de grands et sérieux intérêts se sont entendues à leur sujet. Nous ne poursuivons pas dans cette mer une politique active. »

L'Allemagne avait cru jusqu'au bout que la France et l'Angleterre n'arriveraient pas à s'entendre ; quoique vers le 25 mars, M. Delcassé eut dit au prince de Radolin, ambassadeur d'Allemagne à Paris, que « l'entente avait été reconnue possible et qu'il était probable qu'elle finirait par s'établir », ce diplomate, deux jours avant la signature du traité, disait encore que « la France et l'Angleterre étaient incapables de s'entendre ». Après la publication de l'arrangement, Guillaume et ses ministres se demandèrent ce qu'ils -allaient faire en présence de cette situation nouvelle. L'x\llemagne n'avait éprouvé aucun dommage de ce que deux de ses voisins avaient réglé pacifiquement et à leur satisfaction mutuelle de vieux différends, mais c'était le contraire de ce que Guillaume II avait recherché pour ses grands projets. Bûlow et lui prévoyaient qu'en Allemagne même.

leurs adversaires déclareraient que ce rapprochement était le résultat de leurs fautes et ne se serait pas produit si/ Bismarck avait été au pouvoir. C'était la déception du côté de l'Angleterre s'ajoutant à celle du côté de l' Autriche-Hongrie ; tout le monde parlait de leur déconvenue, et elle était, en effet, plus grande qu'on ne se l'imaginait généralement. Dans les premiers jours qui suivirent la signature du traité, ils ne trouvèrent rien à yredire. Bûlow déclara au Reichstag le 12 avril qu'il « n'y avait, au point de vue des intérêts allemands, rien à y objecter » ; en ce qui concernait le Maroc, il disait : « Nous sommes intéressés dans ce pays, comme d'ailleurs dans le reste de la Méditerranée, principalement au point de vue économique. Nous avons là avant tout des intérêts commerciaux, aussi avons-nous un intérêt important à ce que le calni^ et l'ordre régnent au Maroc. Nous devons protéger nos intérêts mercantiles au Maroc et nous les protégerons. Nous n'avons aucun sujet de redouter qu'ils puissent être méconnus par une puissance quelconque. » Mais ces déclarations, qui n'avaient rien d'inquiétant par elles-mêmes, le devinrent quand deux jours plus tard, le comte Reventlow ayant dit quo l'Allemagne « n'aurait pas dû souffrir que d'autres puissances s'assurent au Maroc une plus grande influence qu'elle », Bûlcw lui ré-, pondit : « Si l'on veut créer partout des surfaces de frottemer.t, on ne doit pas le crier sur les toits. Frédéric-le-Grand a peut-être çà et là exécuté dans la politique un coup d'échecs machiavélique, mais il avait auparavant écrit l'Anti-Machiavel ». L'irrita-

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