M . L O U B E T A ROME
tion de Guillaume fut augmentée peu après par le voyage de M. Loubet à Rome. On s'attendait à une réception chaleureuse de la part de la population romaine et le Gouvernement allemand songea à en atténuer Fefïet, ainsi que l'impression causée par ce nouveau pas dans la voie du rapprochement avec Y Italie, en essayant de ménager une entrevue de M. Loubet avec Guillaume II qui voyageait à ce moment dans les eaux italiennes. « On pria donc, écrit M. Mévil {De la Paix de Francfort, p. 150), le prince Radolin de tâter très discrètement le terrain à Paris. Puis il y eut, de la part des Allemands, une série de manœuvres sur lesquelles je n'insisterai pas. Comme toujours, nos voisins se gardèrent bien de préciser quoi que ce fût. Dans ces conditions, il était difficile d'aboutir à un résultat quelconque. Finalement, à Berlin, on imputa au Gouvernement français et, en particulier, à M. Delcassé tout l'échec de la négociation... Rien n'est plus faux ni plus injuste... pour l'excellente raison qu'il ny eut jeûnais de négociations entamées. »
Guillaume II quitta donc les eaux italiennes sans avoir vu M. Loubet et à son retour en Allemagne, à Karlsruhe, le 27 avril, prononça un discours belliqueux où il disait : « J'espère que nous nous trouverons unis s'il devient nécessaire d'intervenir dans la politique mondiale. » Les 1®^ et 11 mai, à Mayence et à Saarbruck, il renouvela ces menaces oratoires.
Il est probable que d'autres échos du mécontentement et des projets de l'Allemagne parvinrent au Gouvernement français, et qu'il eut, en particulier^
des renseignements sur le parti que l'Allemagne voulait tirer de ce fait qu'il n'avait pas notifié l'accord franco-anglais (^), car lorsque l'accord franco-espagnol eut été conclu le 6 octobre, il envoya successivement trois dépêches pour mettre le Gouvernement allemand au courant dans la faible mesure où c'était possible, puisque le traité franco-espagnol devait demeurer secret. Notre ambassadeur s'acquitta de sa commission, et le 7 octobre on lui demanda seulement « la portée du nouvel accord au point de vue des intérêts commerciaux de l'Allemagne » tandis que le 14 octobre, on lui « marquait l'intérêt exclusivement économique que l'Allemagne attachait aux affaires marocaines ».
« Jusqu'au mois de novembre, continue M. Mévil, la politique du Gouvernement de Berlin, demeura, à notre égard, expectante, » mais à la fin d'octobre 1904, l'escadre russe qui se rendait en Extrême- Orient ayant « canonné par mégarde des chalutiers anglais du port de Hull, cette déplorable méprise souleva en Angleterre une furieuse colère... M. Delcassé offrit immédiatement à Londres et à Pétersbourg sa médiation, qu'on agréa. Non seulement la
(^) Le prince de Bûlow a exprimé les vraies raisons de son intervention au Maroc quand il a dit : « L'idée assez répandue en Allemagne que la France se heurterait au Maroc à des difficultés et à des obstacles qui paralyseraient sa force offensive en Europe au triple point de vue militaire, financier et politique, ne résistait pas à l'exainen. Les temps où les barbares et les demi-barbares pouvaient ppposer une résistance durable aux nations civilisées sont passés depuis les progrès de la technique moderne, qu'il s'agisse de Berbères ou d'Arabes, de Perses ou d'Annamites. On pouvait plutôt prévoir que la France renforcerait notablement son « armée noire » formée d'indigènes africains. » (Deutsche Politih, éd. 1916, p. 100.)