‹ La diplomatie de Guillaume IIChapitre 41 sur 133 · INCIDENT DE HULL · texte numérisé non relu

INCIDENT DE HULL

guerre fût évitée, mais les deux puissances intéressées acceptèrent vers le 27 octobre de soumettre leur dilTé rend à un tribunal d'arbitrage qui tiendrait ses assises à Paris et qui serait présidé par un amiral français...

« En Allemagne, on se montra à la fois déçu et irrité de notre nouveau succès... On y avait espéré que les événements seraient plus forts que toutes les combinaisons diplomatiques et qu'ils entraîneraient la France malgré elle dans une aventure qui l'aurait, pour un temps indétenniné, détournée de l'entente anglaise. La perspective d'une guerre où se seraient heurtées la France, l'Angleterre et la Russie apparaissait à l'Allemagne comme la réalisation de ce rêve d'hégémonie qui est chez elle une véritable hantise... L'entente anglo-française venait de prouver qu'elle était une force avec laquelle il importait désormais de compter sérieusement... Dès lors, l'idée fixe de briser tôt ou tard le ministre qui avait su faire de la diplomatie française une arme aussi agissante et aussi redoutable dominera la politique germanique. »

Dès le lendemain de l'accord franco-anglais, le Gouvernement français s'était mis à l'œuvre pour réaliser son programme de pénétration pacifique au Maroc. Le 12 juin, il avait autorisé le Consortium des banques françaises à signer un contrat d'emprunt de 62 millions et demi, gagé sur les douanes de tous les ports du Maroc. Le 10 novembre M. Delcassé avait défini notre programme à la Chambre : donner la sécurité au Maroc pour assurer la nôtre, si bien

que, continuant à vivre sa vie propre sous l'autorité du Sultan, il ne connaisse notre présence qu'aux bienfaits qui l'acconipagneront ; 443 voix contre 105 approuvèrent ces déclarations. Le 15 décembre, M. Delcassé envoya à M. Saint-René Taillandier, notre ministre à Fez, le programme de caractère restreint suivant lequel la France prêterait au Maghzen son appui pour consolider son autorité. Mais naturellement les Marocains et nombre d'étrangers, par patriotisme ou par intérêt, éprouvaient, à voir notre action se développer ces « sentiments de confusion et de découragement » dont avait parlé le comte Reventlow. L'Allemagne et l'Espagne étaient les seules puissances qui pussent s'y opposer. La seconde s'étant entendue avec nous, la première n'en fut que plus sollicitée. Son Gouvernement conçut alors le plan de s'y opposer en profitant de la circonstance pour renverser M. Delcassé avec l'aide de ses rivaux. « Le comte Monts, ambassadeur d'Allemagne près le Quirinal, déclarait avec un cynisme inconscient : « Nous gagnerons la partie avec nos alliés de France. » Tout en méditant de travailler avec ces alliés là sur le conseil de Bûlow qui avait appris à les connaître pendant les années passées par lui comme attaché d'ambassade à Paris, Guillaume s'occupait de la guerre russo-japonaise. Ayant travaillé à la faire éclater, il continuait à lui accorder ses soins pour qu'elle continue. Comme nous l'avons dit, c'était l'événement le plus absurde qu'on put imaginer. La Russie et le Japon, qui avaient un adversaire commun, l'immense Chine, se battaient pour

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