‹ La diplomatie de Guillaume IIChapitre 43 sur 133 · INCIDENT D O U M E H · texte numérisé non relu

INCIDENT D O U M E H

tages territoriaux » par les belligérants, mais contre « les visées égoïstes des courtiers neutres ». En fait d'ailleurs, il était évident qu'une fois que les neutres auraient pris l'engagement de respecter l'intégrité de la Chine et Vopen-door, les belligérants seraient forcés d'en faire autant, mais Guillaume habilement faisait semblant de croire le contraire.

Cet incident,demeuré|secret jusqu'en 1915, a été révéléparW.-R. ThayerdanssaLi/eo/ JohnHay,vol. II, p. 384. Comme il est à peu près inconnu en France, nous empruntons à cet ouvrage le passage suivant :

« A la fin de 1904, il y avait eu des rumeurs de paix. Takahira (l'ambassadeur du Japon à Washington) exprima son anxiété de voir une médiation des puissances européennes frustrer le Japon des fruits de sa victoire. Le secrétaire Hay lui donna l'assurance que le Gouvernement américain, quoique restant strictement neutre, ne consentirait pas à une répétition de l'injustice de 1894. Le 17 novembre, Hay reçut un télégramme de Saint-Pétersbourg disant : « On me prie de vous informer que l'Empereur désirerait vivement accepter la proposition du Président, mais en est empêché par les conditions existantes ». De nouvelles défaites (sur la rivière Hun et à Moukden sur terre et dans la mer du Japon) furent nécessaires pour décider la Russie à traiter. »

Le 5 janvier 1905, Hay notait dans son journal :

« Sternburg (l'ambassadeur d'Allemagne) télégraphie au Président (Roosevelt) qu'il a communiqué ses vues à l'Empereur et celui-ci l'a chargé de télégraphier au Président : « Il est grandement satisfait

de savoir que les États-Unis adhèrent à la politque de la porte ouverte et maintiennent l'intégrité actuelle de la Chine que l'Empereur croit gravement menacée. Une observation attentive des événements l'a fermement convaincu qu'une coalition puissante, dirigée par la France, se forme contre l'intégrité de la Chine et Yopen-door. Le but de cette coalition est de convaincre les belligérants que la paix sans compensation pour les puissances neutres, est impossible. La formation de cette coalition, l'Empereur le croit fermement, peut être empêchée par la maaœuvre suivante : vous devriez demander à toutes les puissances ayant des intérêts en Extrême-Orient, y compris aux petites, si elles sont prêtes à donner une garantie de ne pas demander une compensation pour elles-mêmes sous aucune forme, en Chine ou ailleurs, pour services rendus aux belligérants lors de la paix ou pour toute autre raison. Une telle demande forcerait les puissances à montrer leur jeu, et tous desseins cachés dirigés contre V open-door ou l'intégrité de la Chine deviendraient immédiatement apparents. Sans cet engagement, les belligérants trouveraient impossible d'obtenir des avantages territoriaux sans provoquer les visées égoïstes des courtiers neutres. Dans l'opinion de l'Empereur, la concession d'une certaine portion de territoire aux deux belligérants dans le nord de la Chine est éventuellement inévitable. L' open-c^oor pourrait être maintenue dans ce territoire par traité. L'Allemagne, naturellement, serait la première à s'engager dans cette politique de désintéressement. »

INCIDENT D O r M E R 131

« 9 janvier. J'ai trouvé le Président tout préoccupé de la proposition de l'Eniporeur allemand. Il était arrivé à la même conclusion que moi le jour précédent, et pense que le mieux est de profiter de la proposition de l'Empereur : 1° pour l'engager lui-même : 2° pour connaître les vues des autres puissances. Je retournai chez moi et écrivis la lettre que le Président doit envoyer à Sternburg pour l'Empereur • il l'y félicite de ses assurances de désintéressement et promet de sonder les puissances. »

« 10 janvier. J'ai soumis ma lettre au Président qui l'a approuvée et envoyée par câble. J'ai alors écrit une cil*culaire à nos ambassadeurs, parlant de l'appréhension entretenue par quelques Cours et que le Président avait de la peine à partager, etc. Je redisais quelle est notre attitude au sujet de l'intégrité de la Chine, etc., et je demandais les vues des diverses puissances. »

« 13 janvier. J'ai envoyé la circulaire de désintéressement ce matin, j'ai câblé à Choate que nous espérions que le Gouvernement britannique se joindrait à nous et je lui ai dit de faire savoir à Lord Lansdowne les intentions de l'Allemao-ne sur ce point. La lettre de Speck (von Sternburg) amplifiant son télégramme est arrivée hier. Il y cite l'Empereur comme disant qu'il est effrayé d'une combinaison entre l'Angleterre, la France et la Russie pour la spoliation de la Chine. C'est un incident bien étrange. Si le Kaiser parle franchement, il est bien moins intimement lié avec le Tsar que beaucoup de gens ont cru. Quoi qu'il en soit, ce que nous avons à faire est

évident : notre politique n'est pas de demander des avantages territoriaux, rnais de faire ce que nous pouvons pour maintenir Tintégrité de la Chine. »

« 18 janvier. Choate a télégraphié de Londres que Lord Lansdowne, qui était^à Bowood, lui à télégraphié « pleinement d'accord », en ce qui concerne notre circulaire, Meyer dit la même chose de l'Italie... Les réponses de l'Angleterre et de l'Italie montrent clairement l'étendue de l'illusion du Kaiser. »

« 19 janvier. Porter câble ce matin que le Gouvernement français est pleinement d'accord avec nous et ne désire pas de concession de territoire en Chine... ))

« 20 janvier. Bûlow a répozidu à notre circulaire duflS. Il est heureux de notre résolution de prendre des mesures pour maintenir l'intégrité de la Chine et la porte ouverte, et de notre promesse de ne pas faire d'acquisitions territoriales. Elle correspond entièrement à l'attitude de l'Empereur allemand. II se réfère à l'accord anglo-allemand du 14^ octobre ^1900... Il est difficile de^voir dans tout^cela quel était le but du Kaiser, mais irn'y a pas de doute que nous avons gagné au'profit de la Chine. »

« 4 février. (X. écrit) que le roi de — (^) lui a^demandé quel était le souverain dont les anxiétés ont provoqué ma circulaire. Il a répondu qu'il ne savait pas. « Ça ne peut guère avoir été l'Allemagne », dit le roi en clignant de l'œil. »

« 11 février. Takahira m'a montré une dépêche de

(^) Il s'agit d'un roi vivant, en communication confidentielle avec le Kaiser. On ne risque sruère de se tromper en croyant que c'est le roi d'Italie.

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