‹ La diplomatie de Guillaume IIChapitre 44 sur 133 · MINISTÈRE R O U V I E R · texte numérisé non relu

MINISTÈRE R O U V I E R

Komura (^) ; le ministre allemand à TokiD la visité pour lui dire que divers bruits coureat, niais qu'il n'y a rien de vrpi dans celui disant que l'Allemagne essaie une combinaison avec la Russie et la France pour arranger une paix favorable à la Russie. Leur voisinage exige qu'ils soient amis de la Russie, mais ils n'ont rien fait pour des négociations de paix et désirent rester en termes de cordiale amitié avec le Japon...»

« 13 février.,. Les Allemands sont anxieux d'être informés de l'attitude du Japon en ce qui concerne les négociations de paix. »

« 15 février. Le Président avertit le Japon de ne pas être trop exigeant dans ses conditions de paix. »

« 17 février. Le Kaiser insiste sur le fait d'une combinaison de la France, de l'Angleterre et de la Russie pour partager la Chine. Il dit qu'où lui a demandé de s'y joindre, mais qu'il a refusé avec indignation et que notre circulaire du 13 janvier a donné le coup de grâce au plan. La seule preuve qu'il donne de son histoire est une entrevue entre Doumer et le prince Radolin. C'est un étrange incident, qui donne à penser. »

Reprenons le récit de M. Mévil :

« L'occasion tant attendue à Berlin pour engager la bataille se produisit fort à propos au commencement de l'année 1905 : le 24 janvier. M- Rouvier, succédant à M. Combes, prenait le pouvoir... »

On savait à Berlin que M. Rouvier ne prisait guère

(1) Le ministre des Affaires étrangères du Japon.

M. Delcassé. « Aussi, pendant la formation du Cabinet Rouvier, les intrigues allemandes coinniencèrentelles à percer. On les connut à Paris. M. Delcassé en fut avisé... On le pria même d'intervenir auprès du Président de la République pour que la combinaison ministérielle en cours n'aboutît pas...

« Dès la lin de janvier, c'est-à-dire peu après l'avènement du ministère présidé par M. Rouvier, les dispositions du Kaiser à notre égard devinrent manifestement hostiles. C'est à cette époque que de Berlin commencent à nous parvenir les bruits les plus étranges. M. Delcassé était particulièrement visé. On lui reprochait de vouloir isoler l'Allemagne... ))

Guillaume II a, en efïet, pour habitude de prêter aux autres les desseins qu'il a lui-même. Travaillant depuis son avènement avec âpreté à nous maintenir dans l'isolement, il allait désormais manœuvrer (et avec succès) pour nous représenter comme cherchant à isoler l'Allemagne, la nation qui se vantait de la Triple Alliance et de l'amitié du Sultan ! Il était incité à cette manœuvre par son antagonisme croissant avec l'Angleterre qui donna lieu, à ce moment, à un incident retentissant.

Le 3 février, M. Lee, lord civil de l'Amirauté, dans un discours, déclara : « Nous devons regarder avec inquiétude vers la mer du Nord... Si une guerre navale venait à être déclarée, la marine anglaise frapperait la première, avant que de l'autre côté on ait eu le temps de lire la déclaration de guerre dans les journaux. »

« En Allemagne, cette déclaration produisit une

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telle impression que l'on pensa faire à Londres des représentations diplomatiques (^). Quelques jours plus tard, le 15 février, le Reichstag était saisi d'une nouvelle loi sur l'augmentation de la flotte qui prévoyait la construction de sept cuirassés d'escadre. Le 18, on apprenait... qu'on allait construire toute une série de nouveaux ouvrages de fortification à l'embouchure de l'Elbe et du Weser... C'est peu après que l'Allemagne commença 4 prendre vis-à-vis de nous une attitude nettement hostile au Maroc. En effet le 11 février », M. de Kuhlniann, chargé [d'affaires d'Allemagne à Tanger, déclara que le Gouvernement impérial ignorait tout des accords intervenus au sujet du Maroc et ne se reconnaissait lié en aucune manière relativement à cette question. Le 15 février, M. de Miihlberg le confirmait à notre ambassadeur à Berlin.

Les événements de Russie continuaient à travailler pour Guillaume IL Le 12 mars, on eut conscience du désastre qu'avait été pour les Russes la bataille de Moukden. Trois jours plus tard, au Reichstag, le comte Reventlow ayant « reproché au Gouvernement de n'avoir pas fait expier au Maroc, pays, ajouta-t-il qui semble perdu pour l'Allemagne, l'assassinat du correspondant de la Gazette de Cologne, Bûlow termina une"^ réponse vague* en disant": « Le moment actuel est mal choisi pour faire des déclara-

(^) Le baron Greindl, ministre de Belgique à Berlin, écrivait le 18 février : « M. de Mûhlberg m'a dit que l'Empereur a parlé en termes très sévères à l'ambassadeur d'Angleterre à Berlin de l'incartade de M. Lee. Celui-ci a publié depuis une rectification du compte rendu de son discours corrigeant ce qu'il y avait de blessant pour l'Allemagne. »

tions plus détaillées. Je les réserve pour plus tard.

« La menace était évidente... Le surlendemain cependant, Guillaume II dînait à l'ambassade de France, où il se montra d'une particulière amabilité. »

Le 22 mars, la Gazette de Cologne se plaignit"^de l'absence de déclarations officielles à l'Allemagne au sujet des conventions anglo-françaises relatives au Maroc ; le 23, la Gazette de V Allemagne du Nord se disait autorisée à faire remarquer quil n existait jusqu'alors aucune garantie contre une modification^ du statu quo au Maroc désaimanta geuse pour les intérêts économiques de F Allemagne.

Le 25 mars, Guillaume s'embarqua à Cuxhaven pour aller dans la Méditerranée.

Ce que voulait l'Allemagne à ce moment-là, Bûlow le déclara enfin le 29 mars au Reichstag quand il annonça quelle irisait au jnaintien de la porte ouverte au Maroc, et avait l'intention de se mettre en communication directe avec le Sultan »' ; ce qui traduit en bon français voulait dire qu'elle avait l'intention de suivre au Maroc la politique suivie par l'Angleterre contre la Russie en Turquie, en Bulgarie et en Chine et qui avait conduit aux résultats que l'on sait. Quand Bismarck avait causé avec Hohenlohe du Maroc, le 22 février 1880, il lui avait dit qu'on pouvait bien « concéder à la France un agrandissement de territoire en Afrique comme dédommagement pour r Alsace-Lorraine ». Guillaume II allait se montrer envers nous encore plus hostile que Bismarck et prouver que les marques de sympathie prodiguées

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