‹ La diplomatie de Guillaume IIChapitre 45 sur 133 · GUILLAUME A TANGER · texte numérisé non relu

GUILLAUME A TANGER

par lui à la France et aux Français n'avaient jamais été que grimaces et hypocrisie.

« Cependant il semble que Guillaume II, qui en dépit de ses allures, est d'un caractère hésitant, parfois timoré, ne fut pas encore, malgré les encouragements pressants que lui prodiguait Bûlow (^) soufflé par Holstein, absolument décidé à poursuivre l'aventure jusqu'au bout... On a raconté souvent que l'Empereur, sur le point de débarquer, avait fort hésité, paraissant même à un certain moment rechercher le prétexte plausible qui lui permettrait de s'éloigner sans avoir fait V éclat tant attendu à Berlin. Arrivé en rade de Tanger le 31 mars au matin à 9 heures, il ne débarqua que deux heures et demie après... )) (Mévil, De la paix de Francfort, p. 195 et 213.)

On fit circuler plusieurs éditions revues et augmentées des paroles du Kaiser ; l'idée commune de toutes était « que le commerce allemand ne suivrait une progression constante qu'en considérant toutes les puissances comme ayant des droits absolument égaux sous la souveraineté du Sultan » et avec maintien de l'indépendance du pays. « Ma visite, faisait-on dire au Kaiser, est la reconnaissance de cette indépendance. »

« Guillaume II, en quittant Tanger, se rendit directement à Gibraltar, que la reine Alexandra venait

(^) « L'Empereur descendit sur mon conseil à Tanger où il s'exprima d'une façon' non équivoque au sujet de l'indépendance et de la souveraineté du Maroc. L'Allemagne annonçait ainsi au monde qu'elle exigeait que l'on prenne son avis au sujet des affaires marocaines.» (Bulow, Deutschland, I, 40.)

de quitter deux heures auparavant. Cette attitude, soulignée par la presse anglaise (laquelle s'étonna que l'Empereur vint en visite dans les eaux britanniques, iminédiatenient après l'avanie qu'il avait infligée à la convention franco-anglaise), montra que l'entente entre la France et l'Angleterre devenait, en face du péril allemand, particulièrement étroite. Aussi, ce fut sans étonnement que l'on apprit, dans les tout premiers jours du mois d'avril, qu'une escadre anglaise viendrait à Brest au mois de juillet et qu'une escadre française lui rendrait visite peu après à Portsmouth, pendant la semaine des régates de Cowes. En même temps, on sut qu'en se rendant à Marseille pour y rejoindre la reine Alexan,dra, le roi Edouard VII aurait une entrevue avec le Président de la RépLit>lique... (Mévil, p. 217.)

Après le coup d'éclat de Tanger, il devenait difficile au Gouvernement de la République de poursuivre sa politique de pénétration pacifique au Maroc, mais l'appui de l'Angleterre, devenu plus manifeste, compensait largement pour nous l'impuissance où se trouvait alors la Russie de nous aider. L'Allemagne ne pouvait pas non plus compter sur l'aide de l'Italie dans sa politique marocaine. Enfin les relations étaient plutôt froides à ce moment-là entre l'Autriche et l'Allemagne. Un article officieux de la Dépêche de Toulouse du 10 avril 1905, disait : « Vienne et Berlin sont en brouille à propos de la Macédoine. L'Autriche voudrait imposer à la Porte le nouveau règlement financier qui, développant l'autonomie •de la province, y augmentera son autorité au détri-

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