‹ La diplomatie de Guillaume IIChapitre 47 sur 133 · CONSÉQUENCES DE NOS FAUTES 15S · texte numérisé non relu

CONSÉQUENCES DE NOS FAUTES 15S

ils firent), mais le peuple allemand, lui, ne le savait pas. Les fanfaronnades de nos journaux et les calomnies perfides de la presse des reptiles l'avaient habitué à considérer le peuple français comme un ennemi irréconciliable contre la haine duquel il ne pouvait être en sûreté qu'au prix de dépenses militaires considérables. Notre humiliation de 1905 remplit d'enthousiasme en Allemagne tous ceux qui nous eraignaient ou nous haïssaient (et c'était la grande majorité de la nation). Comme on leur disait que ce succès était dû aux dépenses militaires de l'Allemagne, ils accordèrent dès lors tout ce que le Gouvernement leur demanda pour l'armée et la marine. Pour avoir la paix et contrarier les plans de Guillaume, il eut fallu tenir un langage exempt de rodomontades et être ferme en cas de menaces allemandes : on fit successivement le contraire, et c'est ce qui a permis à Guillaume de créer, en Allemagne, l'état d'esprit et les forces militaires et navales dont l'existence a permis la guerre actuelle. Nous avions contribué à faire naître l'occasion et il a été le larron dès qu'il l'a pu.

Le refus de marcher avec l'Angleterre en Egypte en 1882 et celui de conclure une alliance avec elle en 1905, ont été les deux grandes fautes de nos parlements depuis la guerre de 1870. La première n'a eu de conséquences sérieuses que parce que nous avons ensuite voulu disputer à l'Angleterre le fruit de la victoire que nous avions refusé de remporter avec elle. Il n'en est pas de même de la seconde. Elle nous priva de l'alliance anglaise qui nous était encore

plus profitable que l'alliance russe. C'est parce qu'il avait quelque espérance que l'Angleterre n'interviendrait pas que Guillaume a déclaré la guerre à la Russie et envahi la Belgique. Un traité d'alli<?nce purement défensive lui eut enlevé cet espoir. Ayant sottement eu peur de le conclure, nous en avons été punis par neuf ans d'humiliations et finalement par la guerre. Ce sera l'éternelle tache de M. Rouvier d'avoir été le principal auteur de cette faute honteuse.

Il semble qu'en revanche, on accuserait injustement M. Rouvier de n'avoir pas su acheter le consentement de l'Allemagne à l'établissement de notre protectorat, puisqu'il n'y avait pas moyen de se passer de ce consentement.

Autant qu'on peut s'en rendre compte, ce sont les Allemands eux-mêmes qui ont eu les premiers l'idée de cette transaction, et MM. Delcassé et Rouvier avaient immédiatement montré de la disposition à marcher dans cette voie. « Dès 1905, dit M. André Tardieu [Le mystère cV Agadir, p. 438), M. de Kuhlmann alors conseiller de la légation d'Allemagne à Tanger, avait dit à deux reprises à son collègue français, M. de Cherisey, que l'Allemagne se désintéresserait du Maroc si elle obtenait des satisfactions au Congo ». M. de Kiderlen déclara à la Commission du budget du Reichstag, le 23 novembre 1911 : « En 1905, après le voyage de l'Empereur à Tanger, M. Delcassé avait fait une tentative de négociations directes, mais faute de propositions positives, cette tentative n'a pas abouti. Puis, c'est M. Rouvier,

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