ANXIETE EN ALLEMAGNE
que prenaient les choses... L un des membres les plus éminents du Gouvernement prussien, le comte Posadowsky, ministre de l'Intérieur, était parmi ces pessimistes, La phrase significative sur « la vulgarisation de valeurs idéales » (c'est-à-dire de celles auxquelles les meilleurs résultats du passé avaient été surtout dus) est de lui. Un tel homme était, cela va sans dire, gênant, et on s'en débarrassa peu après.
« On a parlé sévèrement des diplomates de la Wilhelmstrasse, mais ces accusations dans la plupart des cas, auraient dû être adressées à des sources plus hautes et plus responsables. Rien ne m'a plus convaincu des dangereuses conditions politiques prévalant en Allemagne, que ce qu'on pouvait apprendre confidentiellement dans les murs mêmes du secrétariat des Affaires étrangères. Feu M. de Holstein, le mauvais génie de la diplomatie prussienne, avait l'habitude de montrer à ses amis des coupures des journaux (et souvent de journaux anglais) dans la marge desquels l'Empereur avait griffonné ses commentaires dont quelques-uns n'étaient pas d'une nature édifiante.
[C'est le malheur de notre diplomatie, » m'assura im des diplomates les plus capables, « qu'elle nous fait tomber au cou des peuples ou qu'elle leur rue dans le ventre.] Les choses ne sont plus ce qu'elles étaient sous le vieux Bismarck et ce n'est plus un plaisir d'être lié avec la politique. L'intimité de l'Empereur avec M. Ballin fut mentionnée un jour en ma présence et provoqua le commentaire significatif suivant : [Vous pouvez être assuré que l'amitié
de M. Ballin lui coûtera aussi cher qu'à toute autre personne qui en a été ainsi honorée.] La Hgne Hambourg-Amérique qu'il dirige est, en effet, aujourd'hui dans une position peu enviable...
« Dans les conditions existant alors, il était inévitable que la personnalité de l'Empereur fût le commencement et la fin de presque tous les sujets de conversation... La condition des individus était mesurée par leur relation à l'Empereur... Quelques-uns étaient d'un avis différent. Une dame morte depuis, autoresse brillante, d'une pénétration d'esprit extraordinaire et d'une grande force de caractère, qui avait joui de l'amitié de plus d'un membre de la famille royale, me dit : « Je vous assure qu'il extirpe, comme par un dessein implacable, tout caractère indépendant, racine et branche. Pensez au nombre de pauvres diables en prison pour le crime de lèse-majesté, sans qu'il ait jamais pardonné à l'un d'eux... (^) Jamais monarque n'a encouragé la servilité byzantine à un tel degré... »
(^) La dureté est un des traits du caractère de Guillaume II. Loin de faire usage volontiers de son droit de grâce, il cherche plutôt à faire prévaloir dans l'administration de la justice les idées de sévérité.
Les journaux allemands ont raconté que lors de sa visite au front de Courlande à la fin de l'hiver de 1915, il s'occupa tout spécialement de montrer aux Conseils de guerre qu'ils devaient être plus rigoureux. Son aïeul Guillaume P'' répugnait à approuver les condamnations à mort, son petit-fils n'a jamais éprouvé de ces délicatesses de conscience, semblable en cela à Louis XIV, le monarque auquel il ressemble le plus. Je dirais volontiers que Guillaume II est un Louis XIV modernisé et perfectionné. '
cm