‹ La diplomatie de Guillaume IIChapitre 5 sur 133 · BISMARCK ET GUILLAUME · texte numérisé non relu

BISMARCK ET GUILLAUME

au sujet de la Bulgarie et de la Turquie. Il pensait probablement qu'il en aurait fini avec nous et aurait le temps de se retourner vers l'est avant que les opérations militaires y fussent terminées, Bismarck devenu le « grand honame », n'était pas pressé de conquérir de nouveaux lauriers, et surtout recherchait la gloire diplomatique plus que la gloire militaire. Son rôle n'était jamais si petit qu'en temps de guerre. La situation qui lui avait été faite en 1870-71 par son ami Moltke et par Guillaume I^r avait été une leçon pour lui (^). Il se rendait bien compte qu'en cas de guerre nouvelle, son ennemi Waldersee et Guillaume II le placeraient dans une position encote plus désagréable pour son immense orgueil. Il savait que si elle était malheureuse, on en rejetterait la responsabilité sur lui, et que si, au contraire, elle réussissait, on profiterait de la diminution de son rôle pendant la guerre pour l'empêcher de reprendre après la guerre sa prépondérance antérieure. Bismarck recherchait donc une opération diplomatique grandiose, quitte à la guetter longtemps en vain et peut-être même à ne la renconticr jamais. Guillaume II recherchait, au contraire, la \-ictoire militaire presque pour elle-même, et de plus était impatient d'agir. Comme son prédécesseur Frédéric II, il voulait se faire connaître au plus vite, à la fois comme grand général et comme grand diplomate. Seulement, ce n'était pas la Silésie qu'il voulait conquérir, mais bien la ligne de la Meuse, avec une

(1) Voir Gedanken, II, 96-97.

énorme indemnité de guerre et peut-être avec des colonies par-dessus le marché. Il manœuvrait pour ne pas être troublé dans cette opération par la Russie et l'Angleterre, et espérait que l'Italie et l'Espagne (qui était son alliée à cette époque) l'aideraient à en finir avec nous et se joindraient à lui, entraînées tout au moins par ses premières victoires. Il avait, par conséquent, besoin d'endormir la prévoyance politique du Gouvernement russe.

Guillaume ne témoigna donc à Alexandre III aucun mauvais vouloir de l'insignifiance de l'accueil qui lui fut fait à Narva, du 17 au 22 août 1890. Il ne se formalisa même pas de ce que le Tsar ne lui rendit pas sa visite. Il avait vu auparavant Léopold II et la reine Victoria. En septembre, il reçut la visite de l'empereur d'Autriche aux manœuvres de Silésie ; en octobre, il alla le voir à Vienne ; en novembre, Crispi et Caprivi eurent une entrevue à Milan. Puis l'idée étant venue à Guillaume d'organiser à Berlin un salon international des Beaux-arts, il laissa l'impératrice Frédéric, sa mère, aller à Paris, pour engager les artistes français à y exposer. Il est probable qu'il escomptait que si cette visite ne réussissait pas, elle provoquerait des incidents où il trouverait un prétexte pour faire la guerre. Les amers souvenirs de 1870 étaient en efïet toujours vivaces, et la visite de la vénérée souveraine ne porta pas de bons fruits, au contraire. Quand la nouvelle de son arrivée se répandit à Paris, le 19 février 1891, elle y souleva une vive émotion qui alla en s'accentuant les jours suivants. Les membres de l'ancienne Ligue des Pa-

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