‹ La diplomatie de Guillaume IIChapitre 51 sur 133 · RECONCILIATION A N G L O - R U S S E · texte numérisé non relu

RECONCILIATION A N G L O - R U S S E

étaient loin où Alphonse XII faisait le voyage de Berlin pour dire à Guillaume I^^ « qu'il marcherait avec l'Allemagne si la France avait une guerre avec elle )) et où cet empereur lui répondait « qu'il était un peu jeune et impétueux et qu'il devait bien peser ce qu'il voulait faire » (Hohenlohe, 28 octobre 1883). Depuis, lEspagne après avoir été liée à la Triple- Alliance pendant quatre ans. était redevenue libre. En 1906, Edouard avait marié sa nièce avec Alphonse XIII ; en mai 1907. après une entrevue de ces deux monarques à Garthagène, la France, l'Espagne et l'Angleterre échangèrent des notes où elles se garantissaient le statu quo territorial et leurs droits dans la Méditerranée et sur les côtes et îles de l'Europe et de l'Afrique baignées par l'Atlantique, Peu après, l'Espagne contracta un emprunt en Angleterre et chargea les chantiers de ce pays de lui construire des vaisseaux de guerre. Ces engagements montraient que l'Allemagne avait eu beau expliquer à Madrid que sa politique au Maroc ne visait que la France, l'Espagne s'était sentie atteinte aussi.

Mais la manœuvre diplomatique la plus importante de lannéé 1907 fut le rapprochement anglorusse. Déjà à la fin du règne d" Alexandre III, en 1894, Edouard, encore prince de Galles, était allé à Saint- Pétersbouro- comme « ambassadeur extraordinaire » pour travailler à un rapprochement de l'Angleterre et de la Russie. L'habileté avec laquelle Guillaume sut engager Nicolas II sur la fausse voie en Extrême- Orient dès le commencement de 1895, raviva la rivalité de ces deux puissances. La guerre de Mand-

chourie y mit fin. L'Angleterre dut même employer son influence au Japon pour hâter la paix russojaponaise, les menaces de l'Allemagne au commencement de 1905 faisant craindre au Gouvernement anglais d'être obligé de tirer l'épée pour nous défendre, ce qui eut pu amener avant la paix de Portsmouth la lutte d'une coalition anglo-franco-russe contre une coalition germano-japonaise, situation évidemment incompatible avec l'alliance anglo-japonaise. Vers 1903, sir Edward Grey, alors membre de Topposition parlenaentaire, avait dit que c'était une faute pour l'Angleterre de vouloir marcher avec l'Allemagne et qu'il vaudrait mieux se rapprocher de la Russie. En janvier 1906, l'opposition [arrivant [au pouvoir, il fut nommé secrétaire des Affaires étrangères et entama peu après des négociations pour un compromis au sujet des zones d'influence anglo-russe en Asie. Le traité qui en fut la conséquence fut signé le 31 août 1907. L'Afghanistan et le Thibet furent reconnus comme territoires d'influence anglaise. La Perse fut divisée en trois zones, celle du Nord d'influence russe, celle du Sud d'influence anglaise, avec une zone intermédiaire neutre.

Cette réconciliation anglo-russe ennuya beaucoup les Allemands. Le prince de Bûlow dut leur conseiller de s'y résigner. « Il n'y a pas de rivalités entre puissances qui puissent nous être toujours utiles... Nous ne pouvons pas vivre de l'inimitié des autres peuples entre eux. » (30 avril 1907.) Et en novembre, après les avoir exhortés à ne point en augurer mal de l'avenir, il ajoutait : «Préférons le rôle d'observateur calme

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