POLITIQUE DE L A >" G L E T E R R E
à celui de prophète... La meilleure politique est d'être à son poste, vigilant et sans crainte. »
L'Allemagne, le Chancelier le savait, n'avait en effet rien à craindre. Comme l'avoue le comte Reventlow dans la citation donnée plus haut, le but du roi Edouard n'était pas la guerre, mais d'empêcher Guillaume de trouver des occasions avantageuses de la faire en lui opposant toujours de fortes coalitions, malheureusement les négociations du monarque anglais et de ses diplomates n'amenèrent pas la conclusion d'engagements enlevant à l'Allemagne tout espoir de trouver ses ennemis isolés. Ils [n'arrivèrent même pas à réaliser une alliance défensive franco-anglaise.
Lorsqu'en janvier 1906, il prit la direction du ministère des Affaires étrangères, sir E. Grey dit à notre ambassadeur que « si Ion contraignait actuellement la France à faire la guerre au sujet du Maroc, qui avait été l'objet d'un accord entre la France et l'Angleterre qui était extrêmement populaire dans les deux pays, à son avis, l'opinion en Angleterre approuverait de donner un appui matériel à la France. Il n'avait pas fait de promesses, mais communiqué son opinion à l'ambassadeur d'Allemagne comme à celui de France ; il n'avait pas menacé, mais fait comprendre au Gouvernement allemand qu'il n'arriverait pas à rompre l'entente cordiale par une politique agressive envers la France. Sans engager le Gouver; nement britannique, il avait aussi autorisé des conférences entre les chefs militaires anglais et français (^) )). On ne put aller plus loin. Quelqu'un du
(^) M. Begbie dit : « Le secrétaire des Affaires étrangères anglais ne
Parlement ayant deniandé en 1907 à M. Clemenceau si nous pouvions compter sur le secours de l'Angleterre en cas de guerre, il répondit : « Je ne le sais pas, mais je ne le crois pas ». La faute de M. Rouvier était irréparable. M. Clemenceau avait toujours été partisan de l'alliance anglaise. Il était certes assez énergique pour ne pas craindre de la contracter si elle était possible, car jamais la France n'en avait eu davantage besoin, mais les doctrines pacifistes, la crainte de faire une guerre inutile et les intrigues allemandes augmentaient chaque jour dans le parti libéral anglais le nombre de ceux qui voulaient continuer la politique d'isolement. Plusieurs membres éminents du parti libéral comme Lord Haldane étaient même par éducation, par origine ou par intérêt de véritables pro germains , assez passionnés pour l'Allemagne pour ne voir dans ses préparatifs maritimes et dans sa politique rien d'inquiétant pour leur patrie. Si l'alliance que le parti conservateur nous avait offerte avait été acceptée, il n'est pas vraisemblaKle que le parti libéral l'eut répudiée, mais il ne nous renouvela pas l'offre, et avec le temps la proba-
voulut contracter aucun engagement qui pût être ensuite nuisible à son pays, mais il consulta le ministre de la guerre anglais (lord Haldane), et avec l'assentiment du premier ministre, celui-ci ménagea une conférence au -War-Office entre ses conseillers militaires et l'Etatmajor français. Il fut bien entendu que dans aucun cas l'Angleterre ne prêterait son appui à une attaque non provoquée contre l'Allemagne, mais les militaires reçurent l'ordre d'examiner ensemble comment les deux pays amis pourraient agir le plus efficacement dans le cas d'une attaque allemande contre la France. » [V indication of Great Britain, p. 100.) — Rappelons une fois pour toutes que ce qui fait la haute importance de ce livre est que la partie qui y traite des négociations de Lord Haldane a été revue par cet homme d'Etat.