AFFAIRES MAROCAINES
bilité de son appui en cas de guerre de\4nt de plus en plus problématique. Cette absence d'appui militaire, corollaire de l'absence d'engagements diplomatiques précis et conformes aux principes dirigeant la politique des parties contractantes, est ce qui devait amener peu à peu la banqueroute de la politique inaugurée par le roi Edouard. A l'époque où [en 1907, elle triomphait en apparence, Guillaume savait que les forces qui devaient amener ce résultat étaient spontanément à l'œuvre en Autriche.
En attendant, il reprenait son ancien jeu d'amabilités envers les Français notables qu'il rencontrait ; il envoya l'amiral Siegel Je représenter aux obsèques [des victimes de la catastrophe de V léna (12 mars 1907). L'incident le plus remarquable de cette période d'amabilités fut l'entretien que le Kaiser eut en juin avec M. Etienne, député d'Oran, ancien ministre de la guerre. « Cette entrevue devait avoir pour objet, c'était convenu, l'attitude de la France au Maroc. Aux plaintes de M. Etienne, l'Empereur répondit, comme M. de Tschirschky, qu'il s'en tenait à l'application stricte de l'acte d'Algésiras. Mais, M. Etienne insista ; reprenant une idée autrefois émise par M. Rouvier, il fit des allusions à la possibilité de régler définitivement l'affaire marocaine par une entente s'étendant aux questions coloniales. Cette suggestion, qui était destinée à faire son chemin, ne fut pas tout d'abord accueillie favorablement. Guillaume II avait alors d'autres vues ; il repoussa donc comme insuffisants les accords spéciaux, les ententes secondaires ; pour en finir avec le Maroc, il
exigeait davantage : il faut, dit-il expressément à M. Etienne, une alliance. On sait ce que l'Allemagne entend par là ; du reste, pour écarter toute équivoque, Guillaume II fit miroiter pour la France, aux yeux de M. Etienne, le sort enviable de l'Autriche heureuse sous l'égide du germanisme. Payer le Maroc de l'indépendance -politique de la France aurait été tout de même un peu cher. M. Etienne ne poussa donc pas plus loin l'entente sur ce sujet. » (^)
En juillet 1907, le" baron de Langwerth, qui faisait depuis la fin de mai l'intérim de la légation d'Allemagne à Tanger, se fit mettre en relation avec M. Robert-Raynaud, directeur de la Dépêche marocaine et lui parla de ses vues conciliantes, puis, le 17 juillet 1907, il lui fit 'des [propositions formelles d'accord. Son projet consistait à réunir en un consortium franco-allemand les banques et maisons d'entreprise des deux pays qui s'intéressaient au Maroc. En même temps, on ouvrirait la Bourse de Paris aux valeurs allemandes. Une entente de principe, relative au Maroc, fut en effet conclue le 22 août 1907 à Tanger. Quelques jours plus tard, dans un entretien qu'il eut avec lui à Norderney, le 26 août 1907, le prince de Bûlow cita à M, Cambon parmi les questions sur lesquelles les bonnes relations des deux
(^) Louis Maurice, La Politique marocaine de V Allemagne, Paris, 19i6. — Ces propositions d'alliance franco-allemande étaient fréquentes dans la bouche de Guillaume, qui cherchait par ce moyen à nous faire perdre l'alliance russe et l'amitié anglaise. Recevant pendant les régates de Kiel de cette année-là le duc de C... et le duc de R... (alors député), il leur dit : « On peut douter chez vous de mon sincère désir de m'cntendre avec la France. On a tort : c'est un désir constant et formel. » (F. Bac, apud Revue de Paris, l^r avril 1916, p. 493.)