‹ La diplomatie de Guillaume IIChapitre 62 sur 133 · E H R E N T H A L ET I. ' A L L F. M A G N E · texte numérisé non relu

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1" Allemagne lui avait fait payer sa conduite indépendante au comniencement de la crise. Son ressentiment de l'acte du Gouvernement allemand aurait été profond. Ce qui est certain, c'est que même après que Guillaume, dans son fariieux speech à l'Hôtel-de- \ ille de Vienne, eut le 20 septembre 1910, réclamé la reconnaissance de l'Autriche-Hongrie pour l'aide que l'Allemagne, « fidèle comme un héros des Nibelungen » et revêtue de « son armure brillante », avait donnée à son alliée qui en avait be.soin, ^hrenthal se borna à constater dans une phrase sans couleur, que « les événements récents avaient montré que les alliances de l'Autriche-Hongrie avaient une réelle valeur ». Cette déclaration qui formait le trait le plus remarquable de l'exposé fait par -Ehrenthal aux Délégations le 13 octobre 1910, irrita les partis austrogermains et contribua à causer les attaques et intrigues dirigées contre lui, jusqu'à la veille de sa mort, par l'ambassadeur d'Allemagne à Vienne et par la presse et les politiciens qui subissaient l'influence des diplomates allemands {'■).

{}) Voici comment le comte Reventlow a résumé les griefs de ses compatriotes contre ^Ehrenthal : « Après la crise bosniaque, les doutes en Allemagne, au sujet de la justesse de la politique à l'égard de l'Autriche-Hongrie, prirent beaucoup de force, le comte d'^îlhrenthal s'étant exprimé plusieurs fois peu amicalement et avec un orgueil déplacé à l'égard de l'Empire allemand : il avait l'intention de nouer de nouveau de bonnes relations avec l'Angleterre et la Russie ; de plus son orgueil ne supportait pas de voir apprécier si haut l'appui de l'Allemagne par l'opinion européenne. Ces sentiments poussèrent souvent le comte d'-'Ehrenthal à dire à des étrangers que l'Autriche-Hongrie était bien éloignée de se laisser influencer par l'Empire allemand et agissait au contraire comme il lui plaisait. Dans une conversation avec un homme politique russe, ^-Ehrenthal alla jusqu'à déclarer que l'Autriche-Hongrie se laisserait bien influencer par la Russie, mais pas p<vr

Une remarque qu'^Ehrenthal avait pu d'ailleurs faire, avant de menacer la Russie, est que la rupture du traité de^« contre-assurance » par Guillaume, indiquait que dans le cas d'agression de l'Autriche contre la Russie, il avait plus ou moins l'intention d'entrer en lice immédiatement contre la dernière (^). ^Ehrenthal connaissait à la fois les vrais sentiments du Kaiser envers cette puissance et ses sollicitations à François-Joseph pour l'engager à faire la guerre contre elle. Il devait donc être bien sûr de le voir intervenir. On peut être certain que si le traité de contre-assurance avait encore existé à ce moment, le Kaiser l'eut violé en avançant un prétexte plus ou moins menteur. Mais c'est en partie pour s'éviter cette nécessité qu'il avait refusé de renouveler ce traite.

Cette froideur entre les diplomates allemands et ^Ehrenthal {^) fut sans influence sur les sentiments de l'Archiduc. Dès que la crise eut été terminée, il s'employa avec passion à obtenir la construction de

l'Allemagne. Ces incident» et d'autres analogues peinaient beaucoup les Allemands et leur Gouvernement. Ils étaient d'autant plus à déplorer qu'ils n'étaient pas imposés par la nécessité, mais par des susceptibilités et par des vanités personnelles. » [Deutschlands auswàrtige Politik, p. 339).

(^) « En 1896, Bismarck disait encore que même l'Autriche devait souhaiter qu'une guerre, qui exigerait de toutes les puissances continentales des sacrifices énormes de sang, d'argent et de biens, soit évitée, et que le traité de contre-assurance avec la Russie avait été ainsi avantageux même à l'Autriche, car il avait servi au maintien de la paix. » (BûLow, Deutsche Politik, p. 82).

(^) « M. de Kiderlen, appelé alors comme gérant intériméiire à^a Wilhelmstrasse et qui ne savait pas cacher ses antipathies, ne parlait du ministre autrichien que sur un ton sarcastique. Il n'était certainement pas partisan de sa politique aventureuse. » (Beyens, l'Allemagne avant la guerre, p. 238.)

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