LA RUSSIE ET LA U TRICHE
comme une insupportable rivale de leur patrie dès •que ceux-ci s'occupaient de réaliser leurs ambitions balkaniques. Même si les hommes d'Etat russes avaient bien compris que la bonne entente de l'Autriche et de la Russie était la condition du maintien de la paix, ils n'eussent pu passer aux diplomates du Ballplatz toutes leurs fantaisies eomme faisait Guillaume. Mais en réalité, il ne paraît pas qu'ils l'aient mieux compris après que pendant la crise bosniaque. M. Isvolsky, qui avait eu si gravement à se plaindre d'Aehrenthal, fut il est vrai remplacé aux Affaires étrangères le l^r octobre 1910 par M. Sazonoff, son adjoint, mais ce changement qu'on a représenté à tort ou à raison comme une concession à l'Allemagne qui, dit-on, accusait Isvolsky de méditer de prendre sa revanche, ne paraît pas en avoir été une à l'Autriche. La méfiance injurieuse de la Russie à l'égard de l'Autriche se manifesta dans la peine que prit le Tsar de faire un grand détour à travers l'Allemagne et la France pour aller rendre visite à Victor-Emmanuel à Racconigi pendant l'automne de 1909 sans toucher le territoire autrichien. Cette même année 1909 Guillaume eut avec Nicolas deux entrevues, la premièreje 17 juin à Reval, la seconde le Çi août à Kiel. L'année suivante, il en eut également deux avec lui, l'une à Bjorkœ, la seconde à Potsdam (4 novembre). Le Tsar, lors de cette dernière était accompagné de M. Sazonoff. On annonça après cette dernière entrevue que « d'importantes conversations » y avaient eu lieu. M. Sazonoff déclara qu'on
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y avait établi « la parfaite coïncidence des intérêts des deux pays combinés avec le maintien de la Triple Entente ». Le chancelier de Bethmann- Hollweg dit de son côté au JReichstag que « l'Allemagne et l'Autriche ne se laisseraient entraîner dans aucune combinaison qui puisse les mettre en désaccord ; toutes deux ayant un intérêt égal au maintien du statu quo dans les Balkans et dans tout l'Orient, ni l'une ni l'autre ne soutiendrait une politique qui tendrait à le détruire, de quelque côté que cette tentative soit faite. » Des informations plus ou moins officieuses annoncèrent aussi qu'on s'était occupé à cette entrevue du Maroc, du chemin de fer de Bagdad et de la Perse.
Ce dernier pays, depuis la convention anglo-russe de 1907, devint le théâtre d'interventions russes qui parurent suspectes à beaucoup d'Anglais et qui eussent peut-être augmenté le nombre des adversaires d'une alliance défensive anglo-russe s'il en avait été sérieusement question. Il est peu probable que la déclaration faite par sir E. Grey le
10 juillet 1912 que « la Russie avait observé [l'accord », ait changé leur manière de voir qui servait beaucoup les plans de l'Allemagne.
Guillaume en effet dès 1906, au lendemain de la tension anglo-allemande provoquée par la crise marocaine, avait commencé à saper en Perse l'influence de l'Angleterre, de la Russie et de la France qui y était jusqu'alors prépondérante, et à y étendre celle de l'Allemagne qui y était à peu près nulle».
11 avait dans ce but fort judicieusement fait fonder