‹ La diplomatie de Guillaume IIChapitre 65 sur 133 · AFFAIRES DE PERSE · texte numérisé non relu

AFFAIRES DE PERSE

à Téhéran un collège médical allemand richement doté. Pour augmenter le commerce allemand en Perse qui était insignifiant (143.345 /. contre 7,836.706 l. [pour celui de la Russie et 2.968.345 l. pour celui de l'Angleterre en 1906), on décida simultanément la fondation d'une ligne de paquebots allemands qui devaient visiter régulièrement le golfe Persique. Mais si les visées de la politique allemande en Perse furent les mêmes qu'au Maroc, ses procédés ne paraissent pas avoir dépassé des demandes polies d'explications. L'entrevue de Potsdam marqua une étape sur cette voie. La question de la jonction du chemin de fer de Bagdad avec ceux dont la Russie réclamait la construction en Perse, y fut réglée. La Russie consentit aussi à retirer de la frontière allemande un certain nombre des formations militaires qu'elle y avait accumulées depuis longtemps et dans lesquelles l'Allemagne feignait de voir une menace.

Ainsi, à force d'adresse, Guillaume, après avoir humilié la Russie et contraint l'Autriche à se reconnaître son [obligée, trouvait moyen de [rester en très bons rapports avec la Russie tandis que cette puissance continuait à bouder l'Autriche. Après l'entrevue de Racconigi, M. Isvolsky fit, il est vrai, savoir au comte Berchtold, ambassadeur d'Autriche- Hongrie, avec lequel depuis près d'un an il n'avait que des communications écrites, qu'il désirait reprendre les relations normales. La polémique de presse entre Isvolsky et iEhrenthal cessa également à la fin de 1909, quand le second eut été

fortement blâmé par l'Allemagne pour avoir suggéré que les deux parties publient leurs documents^ mais le mauvais vouloir réciproque dura jusqu'à là guerre balkanique. Aussi les sentiments anti-russes, anti-slaves et germanophiles firent-ils dès lors des progrès effrayants dans les cercles officiels de l'Autriche, mais plus difficile à gagner ou à intimider que François-Ferdinand, ^hrenthal n'en persévéra pas moins dans son attitude d'audacieuse indépendance à l'égard de l'Allemagne. On a dit de M. de Witte, le premier ministre russe en 1905, qu'il était partisan d'une alliance entre la Russie et l'Allemagne pour le partage de l'Europe. « La crainte de voir un jour l'Allemagne et la Russie s'entendre pour partager les Etats des Habsbourg est quelquefois exprimée en Autriche et y est encore plus souvent ressentie qu'exprimée », dit M. Steed {Habsbourg Monarchy, p. 204). Les nombreuses entrevues de Guillaume et de Nicolas pouvaient faire craindre quelque chose de ce genre, mais JEhrenthal resta inébranlable dans sa fière attitude. Il se maintint dans les meilleurs termes avec la France et ne modifia sa politique qu'en ce qu'il chercha à s.e rapprocher de l'Italie. ^Ehrenthal, dit M. Steed {loc. cit.), avait compris [cette vérité, que des relations confiantes avec cette puissance sont la seule garantie pratique | d'indépendance diplomatique que [l'Autriche puisse acquérir -dans les conditions factuelles » [ibid., p. 267). Mais tout cela était trop compliqué pour François-Ferdinand et pour les milieux militaires autrichiens où il

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puisait ses inspirations. Guillaume fut désormais bien assuré que s'il nous attaquait, l'Autriche ne lui en demanderait pas compte et lui rendrait à l'égard de la Russie le service qu'elle en avait reçu en 1909.

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