‹ La diplomatie de Guillaume IIChapitre 66 sur 133 · GUILLAUME II ET UANGLETERRE D'ALGÉSIRAS A AGADIR · texte numérisé non relu

GUILLAUME II ET UANGLETERRE D'ALGÉSIRAS A AGADIR

Les débuts de la crise bosniaque marquent le commencement d'une nouvelle période, non seulement dans les relations de F Allemagne, de la Russie et l'Autriche entre elles, mais 'encore dans celles de l'Allemagne et de l'Angleterre. Pendant la première partie de son règne et jusqu'à la fin de 1900, Guillaume, quoique chicanant l'Angleterre parfois, lui avait en somme fait une cour assidue. A partir de 1901, les affaires de Mandchourie lui donnaient tellement l'impression que les relations entre l'Angleterre et la Russie finiraient par se gâter d'ellesmêmes qu'il se garda bien de donner des témoignages constants de son amitié à l'une aux dépens de l'autre. La réconciliation franco-anglaise (mars 1904), le discours d'Arthur Lee (février 1905), le voyage de Tanger et les menaces [de^guerre [qui suivirent, em-pêchèrent. pendant quelque temps, le retour à la politique d'avances trompeuses à l'An—

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gleterre. Mais obtenir la neutralité de cette puissance, au moins pendant la première période de la grande guerre à laquelle il songeait sans cesse, était pour Guillaume II si important, qu'il était certain qu'il recommencerait ses manœuvres de éduction dès qu'il le pourrait sans s'exposer à des affronts. Les dispositions éminemment pacifiques du Cabinet libéral et du roi Edouard le lui facilitèrent. Lord Haldane, alors ministre de la guerre, l'un des familiers de ce roi, était un des plus grands amis de l'Allemagne eti Angleterre.^( Tout préoccupé de la crise marocaine, il commença à faire des discours, dont l'un en allemand fut adressé aux Allemands de Londres. » L'Empereur, désireux de le maintenir dans ses sentiments germanophiles, l'invita à assister auxjmanœuvres de septembre 1906 et témoigna à ce civil les attentions les plus sensationnelles. Le Kaiser avait vu peu avant le roi Edouard les 15 et 16 août à Cronberg. Ces manifestations permirent à la diplomatie allemande et à la presse germanophile en Angleterre de travailler l'opinion. L'année suivante, le 14 août 1907, Edouard rendit de nouveau visite à Guillaume à Wilhelmshoehe en allant aux eaux. Sous prétexte de lui rendre ses visites, Guillaume fit un long séjour en Angleterre du 10 novembre au 11 décembre, pendant lequel à Windsor, au Guildhall de Londres et à Oxford, il prononça des discours où il déclara que c sa seule ambition était le maintien de la paix « et que « la paix du monde dépendant principalement des bonnes relations entre les deux pays, il ferait tous^ses eflorts

pour les raffermir ». C'était l'inauguration d'une nouvelle période de flirt entre Guillaume et les Anglais et l'indice qu'il cherchait à abandonner la politique de la « main libre » poursuivie par Bùlow. Gelui-ci, qui n'était pas un simple instrument et qui ne se résignait pas à le devenir, tantôt parlait et agissait en parfait accord avec son maître, tantôt prenait l'attitude de l'homme supérieur, seul responsable, et défaisait ou blâmait ce que le premier avait fait. L'année 1907 vit un de ces cas.

« Il semble, dit Mr. H. Begbie, que lors de la visite que Guillaume (accompagné de von Schoen) fit au roi Edouard à Windsor en novembre 1907... il était moins intéressé par les banquets, les représentations théâtrales et la pompe de la Cour de son oncle que par son plan favori d'un chemin de fer au delà de Bagdad... Il semble que l'on arriva à un accord verbal à ce sujet à Windsor, pendant ces jours de fête. La Grande-Bretagne paraît avoir donné son consentement à laisser l'Empereur allemand construire son chemin de fer, pourvu que ses propres intérêts évidents soient sauvegardés et pourvu que ses partenaires de l'Entente, y compris la Russie, soient consultés avant la ratification d'aucun accord... Cela montrait à l'Empereur que notre attitude n'était pas hostile et lui aurait aussi montré, s'il avait .été assez sage pour le voir, qu'il y avait là une porte par laquelle l'Allemagne pouvait entrer dans l'Entente. Autant que j'ai pu l'apprendre, lui-même n'était pas hostile à la proposition d'une conférence entre l'Allemagne et les puissances de l'Entente,

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mais il semble néanmoins qu'un accord entre l'Allemagne et l'Angleterre seules lui aurait été beaucoup plus agréable, Ce n'est pas difficile à comprendre. Il était ennuyé de voir qu'il ne pouvait rien faire dans le monde sans d'abord consulter les autres puissances. Partout où il se tournait, sauf dans les parties les moins désirables de l'Afrique, il rencontrait de l'opposition et des barrières. Mais à moins que j'aie été bien mal informé, il exprima dans cette occasion sa bonne volonté de conférer avec la Russie et avec la France aussi bien qu'avec nous.

« Mais l'Empereur, nous le verrons, avait compté sans son Chancelier. Dans son ardeur à avoir son chemin de fer, et à le voir s'avancer vers l'Est, il avait oublié que la politique du prince de Bùlow était d'affaiblir et non de consolider l'Entente. Il s'était imaginé, dans son désir fiévreux d'avoir son chemin de fer, qu'il était réellement un monarque absolu...

« Le prince de Bûlow, qui n'avait pas de grands soupçons contre l'Angleterre et qui dans certaines occasions (comme j'ai des raisons personnelles dejle savoir) essaya d'établir des sentiments amicaux entre les deux pays, était soupçonneux en ce qui concernait l'Entente. Le comte Bernstorfî me permettra de^dire, je l'espère, que le prince .de Bûlow le pressait très énergiquement à cette époque d'améliorer les relations anglo-allemandes et que lui-même se donnait une peine considérable pour obéir à ces instructions. Une visite que je fis à Berlin m'assura de deux choses, d'abord que l'Allemagne vivait dans un état de haute

nervosité en ce qui concernait l'alliance franco-russe, et en second lieu qu'elle avait de graves soupçons en ce qui concernait l'attitude réelle de la Grande- Bretagne à son égard. Mais le prince de Bùlow se donnait beaucoup de mal pour convaincre tous les Anglais qu'il rencontrait de son désir d'établir un arrangement fécond avec leur patrie (arrangement qui, d'ailleurs, me sembla-t-il, visait à la détacher de la Russie et de la France). Les Allemands ne doutèrent jamais de leur capacité de vaincre la Russie et la France, ce qu'ils craignaient était que la France entraîne l'Angleterre, peut-être malgré elle, dans une guerre contre l'Allemagne...

« Le prince de Bûlow paraissait d'avis qu'il pouvait avoir confiance dans l'Angleterre quand elle était seule, mais pas quand elle était réunie à ses alliés... Là est l'explication réelle de sa querelle avec l'Empereur. Le prince me parut travailler énergiquement à améliorer les relations anglo-allemandes et à affaiblir les sympathies pour l'Entente. En tout cas sa politique était de ne rien faire qui put affermir l'Entente et dans une conférence au sujet du chemin de fer de Bagdad, si la France et la Russie y prenaient part, il voyait un pas qui conduirait loin pour faire de l'Entente une menace encore plus formidable pour la paix allemande. On peut s'imaginer le malheureux Empereur, avec Bûlow d'un^côté^et Schœn de l'autre, s'efîorçant de sauver du naufrage les négociations de Windsor et finalement, après avoir argumenté de nombreux mois (il n'était pas très populaire parmi son peuple à ce

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