‹ La diplomatie de Guillaume IIChapitre 67 sur 133 · BULOW ET L'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

BULOW ET L'ANGLETERRE

moment-là), cédant à son impérieux Chancelier.

« Le résultat inévitable du refus de Bûlow fut que l'Angleterre refusa de prendre part à une conférence sans la Russie et la France, ce qui sembla prouver que le Chancelier avait pris la position la plus solide... 0

En se livrant envers les Anglais aux sollicitations dont parle Mr. H. Begbie, le prince de Biilow suivait les idées de son maître et non les siennes propres. Il écrivait en 1913 : « Le traitement de nos rapports avec l'Angleterre exige une main particulièrement ferme et sûre. Nous souhaitons des rapports amicaux, mais nous ne craignons pas des rapports hostiles. C'est le point de vue que doit adopter l'Allemagne à l'égard de l'Angleterre, V Allemagne officielle aussi bien que la nation elle-même. Une politique de sollicitations est, dans ce cas, aussi maladroite qu'une politique de brusqueries. Aucunes protestations d'amitié, si chaleureuses soient-elles, ne décideront jamais le peuple anglais, le plus mûr de tous au point de vue politique, à abandonner des résolutions avantageuses ; dans des preuves d'amitié qui n'auront pas pour motif un intérêt saisissable, il ne verra qu'un aveu de notre faiblesse. » (^)

(^) Vindication of Great Britain, p. 124. — On aura remarqué les préjugés de l'auteur au sujet de Guillaume II. Ils sont d'autant plus remarquables que le livre a paru en octobre 1916. Le chapitre d'où ce passage est extrait a été revu par Lord Haldane dont l'ouvrage entier reflète les idées. On a par là un aperçu de ce qu'étaient les conceptions de ce groupe de germanophiles anglais avant la guerre.

P) Deutschland unter K. Wilhelm II, Bd. I, p. 45. — En 1906, V Allgemeine evangelisch-lutherische Kirchen-Zeitung reproduisit « d'après une source excellemment informée » une conversatîbn du prince de Bûlow avec plusieurs membres du Reichstag relativement

Cette divergence de vues 'entre l'Empereur et son Chancelier sur un point qui tenait tant à cœur au premier, avait certes contribué à amener entre eux ce refroidissement qui explique pourquoi Bûlow défendit son souverain d'une façon si hautaine et si dédaigneuse lors de la tempête d'indignation soulevée en Allemagne par l'interview du Daily Telegraph ; son ton étonna beaucoup, mais paraît plus naturel si l'on admet que M. de Bûlow croyait déjà avant cette tempête que le Kaiser avait résolu de se séparer de lui.

Les protestations d'amitié de Guillaume envers les Anglais [étaient une preuve qu'il méditait quelque chose où il aurait besoin de leur neutralité. Mr. H. Begbie, qui comprend mal le Kaiser, mais est bien renseigné sur lui, écrit p. 124 : « Durant son règne, l'Empereur a été affligé de trois obsessions principales : la première... a été la crainte des socialistes ; la seconde, la crainte de la Chine et de

au traité de commerce germano-américain. Les agrariens étaient des adversaires acharnés de toute concession aux Américains. Le Chancelier, faisant appel à leur patriotisme, leur dit : « Allons-nous faire une guerre de tarifs ? Au point de vue moral et économique, nous aurions certainement raison. Mais nous n'avons pas seulement besoin du coton américain, il nous faut aussi la neutralité bienveillante de l 'Amérique dans notre politique mondiale. Nous devons éviter l'isolement ; nous avons besoin de la république de Roosevelt contre une attaque franco-anglaise. C'est la raison de l'échange de professeurs, des amabiUtés de l'Empereur et du voyage du prince Henri en Amérique. Le moment peut venir vite où nous aurons besoin partout de l'appui de bons amis. Une attitude menaçante des Américains envers le Canada aurait autant de valeur pour nous que la marche de 10.000 hommes du sud-ouest africain sur Cape Town. Ce n'est que sur la lisière de son empire que l'Angleterre est vulnérable. » [National Review, septembre 1907, p. 87.) — J'ai eu trop tard connaissance de cet aveu et je n'ai pu l'insérer page 88 où il aurait été plus à sa place.

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