‹ La diplomatie de Guillaume IIChapitre 69 sur 133 · DISPOSITIONS DES ANGLAIS · texte numérisé non relu

DISPOSITIONS DES ANGLAIS

gleterre se tienne à l'écart des querelles des Etats continentaux et dépense le moins possible pour son armée et sa flotte. Le Cabinet libéral ne voyait aucun inconvénient à leur donner dans une large mesure satisfaction pour l'armée, mais pour la flotte, c était différent. L'immense majorité des Anglais était convaincue que leur patrie ne devait pas reculer devant des sacrifices pour maintenir sa suprématie navale. Pour donner satisfaction à ces deux tendances, le Cabinet libéral depuis 1906 ne cessa de négocier avec le Gouvernement allemand qui ne lui fit par moment des promesses sur ce sujet qu'en entretenant en même temps des malentendus afin de s'excuser de ne pa,s les tenir. Ces négociations, conduites avec un art consommé pa.r Guillaume II et ses diplomates, leur permettaient non seulement d'apprécier avec plus d'exactitude ce qu'ils avaient à craindre des Sentiments de fierté nationale des hommes d'État anglais, mais encore de les influencer en discutant leurs arguments. Les chefs du parti libéral anglais étaient des idéalistes guidés par des idées généreuses ; ils cherchaient à être justes envers les Allemands ; sachant que la paix est le plus grand besoin des peuples et que le premier devoir et la raison d'être des gouvernements est de la leur assurer, ils faisaient à leurs interlocuteurs le plus de concessions qu'ils pouvaient j en échange, ils ne recevaient que des belles paroles, des assurances pompeuses de sympathie et des remerciements, qui faisaient place brusquement à des récriminations et à des expl-osions de méfiance dès que les Allemands pouvaient

craindre qu'on leur deniande une contre-prestation. Les Anglais étaient des disciples de Gladstone, les Allemands des élèves de Bismarck, qui avait dit de Gladstone : « Il parle bien, mais il n'entend rien aux affaires ». Pour s'entendre aux affaires à la façon du Chancelier de Fer, il fallait ne chercher que son intérêt, enchaîner l'adversaire avec ses propres principes si on ne pouvait le faire par la force, et profitant de ses engagements, marquer contre lui quelque grand avantage affaiblissant sa position et permettant de le mieux combattre ensuite. Le Chancelier de Fer n'avait aucun idéal humanitaire. « C'est à la fois un grand homme et un méchant homme », a dit de lui une de ses souveraines. Si Gladstone et ses successeurs avaient cherché comme Bismarck et ses continuateurs à tromper leurs adversaires, ils eussent pu aussi bien réussir. En 1866, Napoléon III, qui n'était pas beaucoup plusloya^ que Bismarck, se laissera tromper par lui en voulant jusqu'au bout rivaliser de machiavélisme avec lui. Il en sera autrement des Anglais en 1914 : leur absolue loyauté les sauvera.

Rien, d' pilleurs, ne jette plus de lumière sur les plans et les espérances de Guillaume II que sa ténacité à ne pas sacrifier le développement de sa flotte à l'espoir d'obtenir la neutralité anglaise. Le plus qu'il laissera espérer aux diplomates anglais dans ses négociations avec eux au sujet des dépenses navales, sera un retard dans l'exécution du programme naval allemcind, programme sans cesse revu et. augmenté. En 1909, dans les milieux maritimes anglais, on

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