‹ La diplomatie de Guillaume IIChapitre 70 sur 133 · PLANS DE GUERRE MARITIME · texte numérisé non relu

PLANS DE GUERRE MARITIME

soutiat qu'il avait essayé d'obteair la supériorité maritime sur l'Angleterre en construisant plus de navires qu'il n'en avait annoncé. Il s'en suivit une émotion outre-Manche que les Allemands ont qualifié de « Panik ». Reventlow dit {Ausw. Politik, p. 343) que « les hommes d'État anglais reconnurent en 1911 qu'ils s'étaient trompés deux ans auparavant ». Que Guillaume ait essayé plus d'une fois de recourir à ce moyen de succès qui consiste dans l'augmentation clandestine des forces militaires, est fort vraisemblable, en tout cas le mouvement de la flotte allemande le l^r août 1914, quand l'Allemagne espérait encore la neutralité de l'Angleterre, jette une vive clarté sur les plans du Kaiser.

« Au moment de la déclaration de guerre, » a écrit M. Georges Blanchon dans la Reçue des Deux Mondes (t. XXXII, p. 857), «l'escadre allemande, concentrée devant le Pas-de-Calais, croisait au large des côtes belges. Les dispositions prises et certains détails qu nous ont été révélés, prouvent qu'elle avait ordre de bombarder le Havre et Cherbourg, puis de se rendre rapidement à l'entrée de la rivière de Morlaix et à Morgat dans la baie de Douarnenez pour y appuyer un débarquement de troupes et prendre ainsi Brest à revers des deux côtés. Mais le l^r août, l'escadre anglaise de la mer du Nord, bien qu'elle ne l'emportât pas de beaucoup à ce moment sur les forces navales allemandes, fit mine de lui couper la retraite.' La décision de l'Angleterre était encore incertaine. Pourtant l'amiral allemand, inquiet, revint en toute hâte à Cuxhaven. »

C'est pour une expédition de ce genre que « les^ Allemands firent construire dès le mois d'août, peut-être avant, au chantier Howaldt et Germania, trente chalands automobiles cuirassés, capables de filer 9 nœuds et pouvant transporter chacun jOO hommes à l'abri de leur pont recouvert d'un double platelage d'acier. » [Rwista Marittima, de décembre 1914.)

Avec de tels moyens, on pouvait espérer détruire nos établissements maritimes de Brest et de Cherbourg en quelques jours. Si ces victoires et celles sur la Meuse, décidaient l'Italie à intervenir (Guillaume II en manifesta l'espoir, au moins extérieurement, en désignant à cette époque un général pour suivre les opérations [de l'armée italienne) ,^ le sort de la flotte française dans la Méditerranée eût été vite réglé par l'invasion de la Provence (attaquée probablement à la fois par terre et par mer) et par la chute de Toulon. A partir de ce moment-là, si l'Angleterre intervenait, la flotte anglaise, devant avoir à combattre les trois flottes de la Triple-Alliance (augmentées peut-être des débris de la flotte française) n'avait plus la supériorité numérique d'une façon incontestée. On conçoit, dès lors, l'âpreté avec laquelle Guillaume poussait à l'augmentation, non seulement de la flotte allemande, mais même de celle de l'Autriche et peut-être aussi de celles de l'Italie et de la Turquie (2 dreadnoughts). Les fruits de la victoire sur terre ne pouvaient être assurés que par la possibilité de vaincre l'Angleterre sur mer après les premiers grands succès,.

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