PLANS DE GUERRE MARITIME
au moment où la France demanderait la paix. Ce plan de guerre maritime contre l'Angleterre (^)
(^) Citons encore ces deux témoignages sur les plans maritimes du Kaiser. 1° En 1906 ou 1907, M. Alfred Duquet entendit un officier supérieur ou général de la marine allemande (probablement l'amiral Siegel, alors attaché naval à Paris), exprinier sa certitude de la victoire iJjermanique. « Vous comptez donc nous prendre encore quelques provinces ? » lui dit M. Duquet. — Non, répondit l'Allemand. Ce que nous voulons, ce sont des Gibraltars allemands en France, c'est-à-dire Calais, Cherbourg, Brest, Toulon et Bi^erte, pour y installer des basej<de sousmarins et de là attaquer l'Angleterre que nous aurons à notre discrétion. (i?e^■^<epoZ^<^'5uee/p«r?ewe^ta^>e, 10 août 191 G, p. 231.) — 2° «Avant 1910, l'EtaL-major allemand a fait construire sur l'Ems inférieur, près d'Emdcn, de nombreux et longs .quais d'embarquement, grâce auxquels et en utilisant la nombreuse flotte à vapeur du commerce, une armée que nous estimons personnellement à cent mille hommes, pourra être transportée sur la côte anglaise. » (Bonnal, Questions militaires d'actualité, IV, 148.) ■ — Ces préparatifs pour gagner une bataille navale et envahir l'Angleterre n'étaient d'ailleurs qu'une partie du plan de Guillaume : il avait aussi songé aux colonies. Le prolongement du ch<?min de fer de Bagdad à travers la Perse, devait plus tard fournir un moyen d'envahir l'Inde grâce à l'alliance de la Turquie, de la Perse et de l'Afghanistan. Celui de Damas à Médine, dont le commencement fut inauguré le l'^'' septembre 1908, était destiné à l'invasion de l'Egypte comme l'ont démontré les événements de 1914. Les Anglais conjecturèrent d'ailleurs dès l'origine que ce chemin de fer n'avait pas d'autre but, car pour les pèlerinages, il eut été beaucoup plus court d'en construire un de la mer à Médine. Vers la même époque, on Commença à construire à travers l'Est africain allemand un chemin de fer allant de Dar-es-Salam à Kigoma-Ujiji et permettant de transporter rapidement des troupes de la mer aux colonies anglaises de rCiuganda et du Nyassa et dans le Congo belge. Grâce à des efforts extraordinaires et significatifs, cette hgne fut terminée en 1914. Plus caractéristiques encore sont les efforts pour relier le Sud-Ouest africain allemand avec la colonie du Cap ; le Reichstag fut dissous en 1907 pour avoir refusé les crédits pour la continuation de la guerre dans le Sud-Ouest africain et pour la construction d'un chemin de fer de Kubub à Keetmanshoop. L'Allemagne entretenait alors 8.000 hommes dans cette colonie (sans compter les milices) et l'on projetait de continuer ce chemin de fer (qui allait déjà de Lûderitz Bay [Angra Pequena] à Kubub) de Keetmanshoop à la Colonie du Cap, soit jusqu'à Rietfontein (Bechuanaland) si on le dirigeait vers l'est, soit jusqu'à la rivière Orange, si on le dirigeait vers le sud.» On a vu, page 224, que le chanceher de Bûlow, en 1906, envisageait l'invasion du Cap par 10.000 Allemands. Le gouvernement anglais, mis sur ses gardes par cet aveu, refusa naturellement la jonction. On se retourna alors d'un autre
a dû être à l'origine une des deux alternatives découlant de celui esquissé en 1900 par l'amiral Von der Goltz (voir p. 76) : ou bien l'Allemagne avpit l'alliance franco-russe contre l'Angleterre, ou bien elle avait l'alliance austro-italienne contre les deux premières, et par suite contre l'Angleterre si celle-ci essayait de s'opposer à une exploitation trop immodérée de la victoire de la Triple- Allia ace sur la Double- \ïliance. La négociation de la Triple-Entente avait réduit les deux alternatives à une.
La base des combinaisons de Guillaume était, dans les deux cas, que la flotte allemande augmentée de celle de deux autres puissances, serait supérieure à la flotte angldise. C'est pour cela qu'il avait besoin de cette immense flotte, et non pour protéger le commerce allemand (^) ; la formule à dessein énig-
■côté. Des négociations furent entamées avec le Poi-tugal pour prolongei' les lignes du Sud-Ouest africain à travers le Mossamedès. On a vu plus haut (page 67) qu'une convention avait été conclue en 1913 dans ce but et des explorations commencées. On voulait évidemment relier le Sud-Ouest au Kamerun, probablement par l'intermédiaire du bassin fluvial du Congo. Pour cette dernière colonie, des négociations avaient eu lieu avec la France, en 1909, pour la construction d'un chemin de fer du Kamerun au Congo, dont l'Allemagne eût possédé la portion la plus importante et la mieux outillée, ce qui lui eût fourni un moyen commode d'envahir notre colonie et, par elle, de se relier avec r Est-africain. Le gouvernement français refusa sagement d'encourager cette entreprise qui devait être exécutée avec l'argent français au profit de l'Allemagne et pour lui permettre d'envahir plus commodément notre colonie. Par une manœuvre inverse, l'Allemagne stipulera, dans le traité du 4 novembre 1911, que nous ne pourrons construire le chemin de fer Taza-Fez (reliant l'Algérie au Maroc), qu'après que la ligne Tanger-Fez (sans utilité pour nous) aura été achevée. Il est peu probable que cette dernière idée, d'origine nettement militaire, ait été imaginée par le diplomate Kiderlen ; elle doit venir de Guillaume, ce qui permet de lui attribuer une part plus ou moins grande dans la paternité des autres.
(*) Un « diplomate neutre » dans un récent article du Cornhill Ma-