‹ La diplomatie de Guillaume IIChapitre 72 sur 133 · NÉGOCIATIONS N '1 V A L E S · texte numérisé non relu

NÉGOCIATIONS N '1 V A L E S

matique : « Notre avenir est sur mer «, pour exprimer clairemeat les intentions du Kaiser aurait dû être : <( Notre avenir est dans la possibilité de gagner une grande bataille na<^ale sur l'Angleterre ». Mais ce qui €st caractéristique de la géniale impudence du souverain qui concevait de tels plans, c'est que non seulement il s'efforçait d'amener l'Angleterre à ne pas s'en inquiéter, rnais même, s'il était possible, à ne pas augmenter sa flotte en proportion.

Déjà à la Conférence de la paix de 1907, le Gouvernement anglais après avoir vu rejeter sa proposition de diminuer d'un commun accord les armements, avait fait déclarer par sir E. Fry, son délégué, « qu'il était prêt à communiquer à l'avance ses projets de dépenses navales à n'importe quelle autre puissance, dans l'espoir que ces communications pourraient peut-être conduire finalement à une réduction des dépenses ». L'Allemagne y répondit ei mars suivant par une accélération de son programme naval équivalente à une augmentation de quatre grands vaisseaux. « La supéiiorité sur mer étant et devant

gazine, disait que M. Ballin, le grand 'armateur allemand, « avait été un de ceux qui avaient observé le développement de la politique insidieusement barbare de l'Empereur avec les plus graves appréhensions ». Un autre armateur allemand dit un jour à ce diplomate à Hong- Kong : « La Welt-politik de l'empereur Guillaume est la pire (et peutr être la seule) menace pour la continuation de nos triomphes commerciaux. Nous avons fait ce que nous avons en dépit, et non à cause de cette politique mondiale. Bien plus, c'est la seule chose qui menace de réduire à néant tout ce que nous avons fait. Elle est capable, non seulement d'arrêter notre avance, mais même de nous ramener en arrière de telle façon que nous ne puissions jamais regagner la place que nous avons aujourd'hui, pour ne rien dire de celle que nous pourrions atteindre au cours d'une autre décade de paix. » (Begbie, V indication, p. 236.)

être le premier principe de la politique britannique^ la rivalité navale provoquée par l'Allemagne devait sûrement provoquer des soupçons au sujet de ses intentions ultimes et troubler les relations des deux pays. Le Gouvernement britannique sentant ce danger et désireux d'y remédier en temps utile, saisit l'occasion de la visite du roi Edouard à l'empereur d'Allemagne en août 1908 pour ouvrir des négociations. Le roi était accompagné de sir C. Hardinge^qui, agissant par instruction du Secrétaire d'Etat, communiqua pleinement à l'empereur Guillaume et à son Gouvernement les vues du Gouvernement anglais... Ces ouvertures furent repoussées. L'Empereur renouvela ses assurances d'amitié, mais dit avec emphase qu'aucune discussion avec un Gouvernement étranger au sujet des armements maritimes ne pouvait être tolérée. On a laissé comprendre qu'il exprima sa détermination de faire la guerre plutôt que d'admettre une pareille discussion. M. de Jenisch, qui représentait le ministère des Affaires étrangères allemand, déclina avec non moins de force les ouvertures faites par le Gouvernement britannique.

« Il faut se rappeler cet incident quand on lit le discours fait au Reichstag en décembre 1908 par le prince de Bûlow : il y déclara que l'on n'avait jamais fait au Gouvernement allemand de propositions précises pour la limitation des armements... Cette attitude de l'Allemagne força la Grande-Bretagne à augmenter les prévisions de dépenses navales en 1909-1910, mais le Gouvernement britannique étant

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