‹ La diplomatie de Guillaume IIChapitre 75 sur 133 · AGADIR · texte numérisé non relu

AGADIR

Les princes ambitieux, ceux qui les servent, et les poires qui se passionnent pour leurs succès, sont insatiables. Certes, l'Allemagne en 1905 et 1906 avait remporté de grands succès dans l'affaire marocaine : elle nous avait humiliés et garrottés, mais elle trouvait ce résultat insuffisant : elle [n'avait pas eu de profit immédiat et il y [avait même pour elle à la situation un côté désavantageux que n'avait pas l'état de choses antérieur.

Comme nous l'avons dit plus haut, le véritable vaincu à Algésiras avait été le Sultan du Maroc. Loin de lui créer des ressources comme il l'espérait, on avait par un accord solennel mis ses créanciers en possession de [sefe meilleurs revenus. Ce qui lui restait ne suffisant plus à entretenir son armée, l'anarchie augmenta dans le pays ; il devint impossible de faire du commerce en dehors des ports ; les commerçants allemands eurent le sort général, il leur fut impossible de développer leurs affaires.

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A cette déception économique se joignit celle des pangermanistes. Ils avaient rêvé la conquête d'une partie du Maroc par l'Allemagne ; celle-ci, suivant eux, avait besoin d'un territoire où le surplus de sa population put s'établir ; c'était impossible dans ses colonies tropicales et le Sud-Ouest africain était stérile ; l'accord d'Algésiras avait mis fin à ce beau rêve.

Rien n'indique que Guillaume et Bûlow aient eu des déceptions à ce point de vue, niais la diversion qu'ils voulaient préparer contre la France en cas de guerre ne semblait pas devoir être réalisée, au moins de longtemps, par la politique qu'ils avaient suivie. L'anarchie marocaine rendait ce pays incapable d'action au dehors, chaque tribu étant en armes contre une partie de ses voisines, et le Gouvernement ea lutte avec toutes les tribus qui ne payaient pas d'impôts, c'est-à-dire avec tout le plat pays. Pour arriver à ce résultat, on s'était brouillé avec l'Espagne, exclue comme nous du Maroc. Sans doute, on pouvait, pour le cas de guerre, promettre sous main au Cabinet de Madrid qu'on l'aiderait à conquérir Oran et le sud de la France, mais jusqu'à ce que l'Espagne ait. accepté une promesse aussi aléatoire, le résultat le plus clair de l'intervention de l'AUemagne était d'avoir enlevé aux Espagnols leurs espérances marocaines.

On était donc d'accord en Allemagne pour désirer un changement dans la situation au Maroc. Ce n'était certes, pas par amitié ou amabilité pour nous, mais parce que les désirs des gens habitués à de grands

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