I >• C I O E > T 1) E CAS A B L A 'S C A
succès sont insatiables. En attendant, comme nous l'avons dit plus haut, on exploitait la situation pour faire sentir au Gouvernementjrançais sa faiblesse et son humiliation, mais il se cabrait quand on allait trop loin, témoin l'affaire de Casablanca (^) (25 septembre 1908), survenue quelques jours avant l'annexion de la Bosnie (5 octobre) et 'qui faillit mettre le fou aux poudres. L'Allemagne qui, le 28 septembre, avait demandé « une satisfaction prompte et complète », après 15 jours de tâtonnements, changea tout d'un coup de tactique, en apparence du moins : M. de Schoen, secrétaire d'État aux Affaires étrangères, proposa, le 14 octobre à M. Jules Cambon, ambassadeur à Berlin, de s'ea remettre à des arbitres. Mais M. Pichon ayant télégraphié le 15 qu'il acceptait, le Gouverneziient allemand fit aussitôt une nouvelle volte-face et demanda, sans plus faire aucune allusion à l'arbitrage, que les autorités françaises de Casablanca soient l'objet de mesures disci-
(^) Cette ville avait été occupée par nous à la suite du massacre par les indigènes, de plusieurs Européens (4 Français, 3 Italiens et 3 Espagnols) employés aux travaux du port (24 juillet 1907). Le prince de Bûlow déclara au Reichstag, en novembre suivant, que les événements de Casablanca ne seraient peut-être pas arrivés si la troupe de police prévue par l'acte d'Algésiras avait existé, mais que comme ces événements ne rentraient pas dans ceux prévus par le traité d'Algésiras, il n'était resté d'autre solution pour le Gouvernement français que de se faire justice lui-même. Bûlow voyait à cette réponse le double avantage : 1° de nous laisser nous engager au Maroc d'où il pourrait nous dire de partir quand il voudrait nous chercher querelle ; 2° de s'adjuger à luimême le droit d'occuper à son tour tout territoire marocain où des Allemands auraient été massacrés. Quatorze mois après la première affaire de Casablanca survint la seconde : le vice-consul d'Allemagne cherchant à faire évader des déserteurs de la Légion étrangère eut une altercation avec des officiers du port (25 septembre 1908). C'est de •celle-ci qu'il est question dans le texte.
plinaires. Le Gouvernement français s'en étant tenu à l'arbitrage, les AUeniands ouvrirent sur les modalités de l'arbitrage une discussion juridique destinée à leur permettre de tâter l'adversaire, de gagner du temps et d'organiser une virulente campagne de presse. Puis, quand les esprits parurent au point, le l^r novembre, le prince Radolin présenta une sorte d'ultimatum demandant : 1° la mise [en liberté des trois déserteurs allemands arrêtés ; 2° une réparation équitable pour les violences dont à cette occasion les deux employés consulaires allemands avaient été victimes. Le lendemain, le prince de Biilow, pour en bien caractériser la portée, appuyait en personne la seconde condition auprès de l'ambassadeur de France à Berlin, lui déclarant que faute de recevoir satisfaction sur^ce point, l'Empereur envisageait le rappel de son ambassadeur de Paris. Toute l'Europe fut en émoi (').
L'affaire de l'interview du Daily Telegraph (28 octobre) ayant pris une grande ampleur et mis Guillaume en fâcheuse posture au lieu d'exciter le peuple anglais contre nous comme ce monarque l'avait espéré, le gouvernement allemand, voyant que la situation devenait d'autant plus défavorable
(^) L'Autriche observa pendant toute cette crise une attitude fort différente de celle de l'Allemagne. « Des six déserteurs, trois passaient pour Allemands (l'un d'eux fut plus tard reconnu Français), un était Autrichien. Dès le premier jour, le comte Khevenhûller vint déclarer spirituellement à M. Pichon : « Je ne réclame pas mon déserteur. » Dans les premiers jours de novembre, l'empereur François-Joseph, recevant à Vienne son allié Guillaume II, lui demanda avec une insistance très remarquée, la promesse que l'incident n'aurait pas de suites fâcheuses (Pinon, France et Allemagne, p. 184).