LA CRISE BOSNIAQUE
pour lui que le ministère Clemenceau ne s'était pas laissé intimider, reprit la discussion des conditions de l'arbitrage. Elle aboutit le 10 novembre 1908 à un accord écrit sur les conditions dans lesquelles il aurait lieu. Le jugement de l'arbitre, rendu le 22 mai 1909, nous donna raison sur tous les points sauf deux.
Guillaume, contraint par l'indignation des Allemands contre lui, à ne pas exploiter l'incident de Casablanca pendant que la Kussie et l'Autriche étaient si profondément divisées par l'annexion de la Bosnie, chercha à profiter des merveilleuses perspectives que lui offrait la recrudescence de l'antagonisme entre ses deux puissants voisins. On peut même se demander s'il nous aurait cherché querelle s'il les avait prévues, mais outre qu'^Ehrenthal ne l'avait prévenu ni du moment de l'annexion, ni de la façon de l'effectuer, l'attitude des autres puissances et surtout de la Serbie et de la Russie était une chose qu'un homme sensé ne pouvait prévoir d'avance. Au point de vue matériel, le résultat de l'annexion était plutôt désavantageux pour l'Autriche : elle évacuait le Sandjak ; quant à la Bosnie-Herzégovine, occupée depuis trente ans, tout le monde la considérait depuis longtemps comme terre autrichienne. ^Ehrenthal avait donc d'autant plus lieu de croire que tout le monde s'inclinerait devant le fait accompli que depuis vingt-cinq ans, tout le monde en Europe avait reçu de l'Autriche des services plus ou moins appréciables. Mais le gouvernement russe, qui estimait qu'^hrenthal s'était déjà rendu coupable envers lui de deux petites fourberies, éppusa progressive-
ment la colère du gouvernement serbe qui avait mobilisé comme s'il voulait entraîner la Russie et la Turquie à attaquer l'Autriche. Guillaume et Biilow, qui n'avaient pu prévoir la mobilisation serbe et la colère russe, n'eurent pas de peine en revanche à comprendre les perspectives qu'elle leur offrait. La force militaire de la Serbie n'était pas à cette époque beaucoup plus de la moitié de ce qu'elle était en 1914 : l'Autriche, la Turquie et peutêtre même la Bulgarie, lui auraient réglé son affaire en un tour de main. Quant à la Russie, non seulement la révolte y grondait encore à l'intérieur,, mais elle était à cette époque comme en 1914, plus ou moins brouillée avec tous ses voisins. On pouvait croire qu'après quelques victoires décisives des Austro-Allemands, tous ses autres voisins, Roumains, Turcs,Persans, Afghans, Chinois, Japonais et Suédois, traiteraient la Russie comme les autres Balkaniques traitèrent la Bulgarie en 1913. Comme on savait de plus que l'armée russe manquait de matériel et la Russie d'usines pour en fabriquer, l'occasion paraissait unique : il ne fallait rien négliger pour en profiter. Guillaume résolut donc de se rapprocher de l'Angleterre et de la France pour essayer d'obtenir leur neutralité. Le 6 janvier 1909, il fit proposer à M. Jules Cambon par M. de Schoen de conclure dé finit i veinent un arrangement fort semblable à celui consigaé dans le projet Langwerth-Rayaaud, accepté dix-huit mois auparavant par le gouvernement français et dédaigné depuis par le gouverneinent allemand. La négocia tioa « très secrète », aboutit le 8 février 1909 à ^a sigaature