CONVE>TION DU 8 FÉVRIER
d'un accord : la Fraice, attachée au maintiea de l'intégrité et de l'indépendance du Maroc, et l'Allemagne n'y poursuivant que des intérêts économiques et reconnaissant, d'autre part, que les intérêts politiques particuliers de la France y sont étroitement liés à la consolidation de l'ordre et de la paix intérieure et décidée à ne pas entraver ces intérêts, « déclaraient qu'elles ne poursuivraient et n'encourageraient aucune mesure de nature à créer en leur faveur un privilège économique et qu'elles chercheraient à associer leurs nationaux dans les affaires dont ceux-ci pourraient obtenir l'entreprise ».
Cette déclaration (^) dans sa partie publique, ne contenait aucune promesse précise de l'Allemagne mais dans des lettres annexes échangées au moment de la signature et destinées à demeurer secrètes, celle-ci promit son désistement politique au Maroc, avec comme corollaire, la forclusion de ses ressortissants des fonctions de directeurs, conseillers^techniques [ou instructeurs des services publics marocains ayant ou susceptibles d'avoir un caractère politique (^). Évidemment nous avions l'intention d'en conclure que nous pourrions désormais consolider l'ordre nous-mêmes, mais la convention ne le disr.it
(^} « La convention franco-allemande du 9 février 1909, qui fut conclue grâce à l'habile collaboration de M. v. Kiderlen-Wâchter, le futur secrétaire d'État, diminua la possibilité de frottements incessants entre les deux Etats, assura à la France une certaine influence politique au Maroc sans lui faciliter de se l'approprier, maintint le principe de la porte ouverte et garantit à l'industrie et au commerce allemands et français les mêmes droits à travailler dans un Etat marocain dont l'étendue n'était pas diminuée. (Bulow, Deutsche Politik, 1916,vp. 105.)
(*) Louis Maurice. La politique marocaine de l'Allemagne, Paris, 1916, p. 134.
pas expressément (^) ; elle ne disait pas plus dans quelles affaires et dans quelle rnesure les nationaux des deux pays devaient être associés (^). Les essais d'association qui -furent tentés ne réussirent pas, même au Congo, où, par suite de la non occupation par nous du - Gabon septentrional, les trafiquants
(^) On nous encouragea d'abord à le croire : au lendemain de la signature de l'accord, le Chajicelier recevant M. Jules Canabon, lui disait en substance : « Maintenant, le Maroc est un fruit qui mûrit pour vous et que vous êtes assurés de cueillir ; nous ne vous demandons qu'une chose, c'est d'être patients et de ménager l'opinion publique allemande. » (René Pinon, France et Allemagne, p. 187.)
(^) On remarquera que cet accord établissait une certaine alliance économique de la France et de l'Allemagne au détriment des autres nations et, en particulier, de l'Angleterre dont le commerce au Maroc était de 27 0/0 du total des échanges, dépassé seulement par le nôtre (45 0/0), tandis que celui de l'Allemagne n'était que 13 0/0. C'était une première réussite de la manœuvre poursuivie avec acharnement par Guillaume : nous offrir son alliance ou une entente avec lui pour nous faire perdre l'appui de l'Angleterre et même de la Russie. Nous avons donné plus haut des témoignages de cette manœuvre tentée par lui avec insistance ; en voici un autre : dans une audience qu'il accorda à M. Léopold Mabilleau, en 1907, à Kiel, il lui dit : « Si l'Allemagne et la France étaient définitivement d'accord, entraînant dans leur amitié l'Autriche, l'Italie et l'Espagne, qui donc pourrait encore penser à la guerre ? » On voit que Guillaume ne voulait nous donner son amitié qu'à la condition pour nous de nous séparer de la Russie et de l'Angleterre. Evidemment, il y recherchait un profit. « Il rêve, écrivit M. Mabilleau, d'une Fédération des Etats-Unis d'Europe, dont on peut supposer que l'Allemagne y tiendrait l'hégémonie, mais d'où il prétend ne tirer d'autre profit que le progrès harmonieux et pacifique des nations. » (Muret, Evolution, p. 151.) Si Guillaume n'avait prétendu qu'à ce profit, il n'aurait pas fait échouer les conférences de la paix et n'aurait pas travaillé sans un instant de répit à préparer des moyens d'action grandioses sur terre et sur mer. — Dans tous les cas, toute tentative d'avantager les Allemands au Maroc devait provoquer les justes protestations de l'Angleterre. C'est ce qui arriva dans la négociation relative aux chemins de fer marocains. « Amorcée par M. Pichon, elle ne tarda pas à se heurter aux demandes exagérées de M. de Kiderlen qui nous acheminait peu à peu vers ce condominiiim franco-allemand contre lequel, le 14 mars 1911, protestait par avance sir Edouard Grey. Elle était encore pendante, mais son échec était prévu, au moment où M. Jules Cambon rencontra, à Kissingen, le secrétaire d'Etat allemand des Affaires étrangères. » (Pinon, France et Allemagne, p. 203.)
EMBARRAS DU SULTAN 2'i9
allemands s'étaient établis sur un vaste territoire nominalement français, appartenant à la compagnie Ngoko-Sangha et s'étendant entre la Guinée espagnole et Ouesso. Les conflits entre les départements ministériels, les revirements que la politique suivie subissait à chaque changement de miaistre, la crainte de provoquer une crise ministérielle en affrontant les débats des Chambres, les intrigues de couloir (^), l'épuisement du trésor chérifien, enfia et surtout, la difficulté de favoriser un groupe financier aux dépens des autres, étant données les habitudes politiques françaises et les stipulations de l'acte d'Algésiras, expliquent cet échec. En Allemagne, oii l'on est systématiquement injuste envers nous, on l'attribua « au manque de bon vouloir et à l'abondance de sentiments hostiles ». (Reventlow^ p. 349.)
Pendant ce temps, la situation se développait avec une impitoyable logique. Le gouvernement françsis, *dès que l'accord eut été signé, fit prêter 80 millions au Sultan et l'obligea à prendre l'engagement de rembourser en 75 ans les frais de la campagne autour de Casablanca (Chaouia). Le Sultan dut engager ses derniers revenus et devint encore plus impuissant qu'auparavant. Une nouvelle insurrection plus puis-
(^) « La responsabilité de la Commission du budget de 1910 dans l'affaire de la N'goko-Sangha, d'où est sortie la cession du Congo, n'est contestée par personne ; elle est écrasante. S'il est authentique, le mot d'un ancien président du Conseil, M. Caillaux : « Nous avons monté la N'goko-Sangha en épingle pour Briand, nous ne pouvons pas nous la mettre, sous un autre nom, à la Cravate », est un terrible réquisitoire contre celui qui l'a prononcé. » (Pinon, France et Allemagne, p. 211.) .
santé que les autres menaçant Fez, le gouvernenient français fut obligé d'envoyer une expédition pour sauver les Européens qui s'y trouvaient.
« Le gouvernement allemand », écrit Reventlow {Auswartige Politik, p, 351) « ne fit aucune opposition à cette expédition, mais fit dire semi-officiellement que la prise de Fez était en contradiction avec l'acte d'Algésiras et rendait aux autres puissances leur liberté d'action. Le secrétaire d'État von Kiderlen- Waechter déclara à l'ambassadeur français que la France, une fois parvenue à Fez n'en sortirait plus, ce que celui-ci nia énergiquement. Kiderlen laissa alors les choses aller et me déclara qu'on devait uti- Hser cette occasion pour liquider l'affaire du Maroc une fois pour toutes. Vers cette époque, on insinua dans la presse anglaise... que la politique allemande se tenait sur l'expectative, mais avait vraisemblablement l'intention d'occuper un port du Maroc, et on nomma Mogador. Je demandai alors à Kiderlen s'il avait. ce dessein ou une intention analogue et il me répondit que le gouvernement allemand ne cherchait pas à prendre pied au Maroc, mais projetait une ac-, tion à bref délai sur un point de la côte marocaine pour forcer la France à présenter des explications à l'Allemagne sur la question marocaine... Ayant demandé à Kiderlen si en cas de conflit entre la France et l'Allemagne au sujet du Maroc, on pouvait espérer une autre attitude de la Grande-Bretagne qu'en 1905, il me répondit qu'il croyait qu'elle aurait exactement la même, ne fut-ce que pour ne pas paraître aux Français une puissance à laquelle on ne peut se fier. » L'idée dune transaction par des- concessions réci-