AFFAIRE D ' A G A D I R
ptoques au Congo et au Maroc, a'était pa'î nouvelle : nous en avo.is déjà parlé p. 157. Ce qui était nouveau, c'était de la voir préconisée par M. de Kiderlen. Il avait en effet dit à M. Jules Cambon en 1908 : « Nous ne pouvons pas trafiquer les droits du Maroc pour un territoire ou pour quoique ce soit d'autre. »
En exécution du plan dévoilé par Kiderlen à Reventlow, le 1®^ juillet 1911 le baron de Schoen, ambassadeur d'Allemagne, remit à M. de Selves, ministre des Affaires étrangères, une note annonçant l'envoi d'un vaisseau {le Panther) à Agadir, « des maiso is allemandes s'étant inquiétées d'une certaine agitation qui régnait parmi les tribus de cette région... Dès que l'ordre et la tranquillité seraient revenus au Maroc », ce navire devait revenir. En faisant cette communication, les ambassadeurs allemands ajoutèrent à Paris, à Saint-Pétersbourg et à Londres : « L'acte d'Algésiras a perdu toute efficacité. »
Déjà le 22 juin précédent, M. de Kiderlen avait dit à M. Cambon : « Tout replâtrage au Maroc est impossible, un nouvel accord est nécessaire », et l'idée d'une compensation ailleurs ayant été admise entre eux, Kiderlen avait conclu : « Rapportez-nous quelque chose de Paris. »
Cette conversation excluait l'hypothèse de l'acquisition d'une partie du Maroc par l'Allemagne (*) ;
(^) Les documents officiels sont tous d'accord pour confirmer que M. de Kiderlen n'a jamais cherché à établir l'Allemagne au Maroc, mais il semble bien qu'il ait parfois donné des espérances tout à fait contraires à ses compatriotes. D'après la Post, il avait, quelque temps avant le « coup d'Agadir », donné à M. Claas, avocat et président de la Ligue pangermaniste, ainsi qu'à MM. Ripler et Erzberger, des assurances for-
malgré cela, les craintes d'une volte-face de cette puissance étaient grandes quand le 7 juillet, le baron de Schoen précisa à M. de Selves : « L'Allemagne n'a pas au Maroc dé prétentions territoriales et c'est au Congo qu'elle aperçoit un terrain possible de négociations. »
Le 4 juillet, après délibération du Conseil des ministres anglais, sir E. Grey avait informé M. Ptul Cambon que le gouvernement britannique remplirait envers le gouvernement français « toutes ses obligations » ; mis au courant de la déclaration de M. de Schoen, i] répondit le jour même qu'il n'avait rien à objecter à l'octroi de compensations au Congo. La route étant donc libre pour la négociation, elle commença aussitôt, mais peu après un premier incident se produisit. Le gouvernement allemand avait fait dire le 1®^ juillet au gouvernement anglais que «les bonnes relations qu'il avait avec la Francs lui permettaie-it d'envisager des négociations directes... pour s'entendre une f lis pour toutes sur la question du Maroc ».
Le 3 -^t le 4, sir A. Nicolson et sir E. Grey avaient répondu que la Grande-Bretagne ne pouvait laisser se régler en dehors d'elle la question marocaine ; puis, n'ayant pas reçu de réponse nette à sa demande de renseignements au sujet du bruit qui courait que l'Allemagne voulait installer une base navale à
xnelles qu'il adhérait à leur point de vue sur la question marocaine. Or, ce point de vue n'était ni plus, ni moins que le suivant : l'Allemagne devait avoir dans le nord de l'Afrique une part équivalente à celle de la France. Les témoignages au cours de deux procès en diffamation démontrèrent l'exactitude de ces révélations. (Voir P. Albin, D'Algésiras, p. 8.)
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Agadir, le gouvernement anglais chargea M. Lloyd Georges de prononcer un discours avertissant que (( si la paix ne pouvait être préservée que par la reddition des positions grandes et bienfaisantes que la Grande-Bretagne avait gagnées par des siècles d'héroïsme et d'exploits », ce serait une intolérable humiliation (21 juillet).
Ce'^discours, s'il provoqua une explosion de colère en Allemagne, n'empêcha pas les négociations de continuer (^),
Celles7ci, conduites secrèterhent, aboutireat à un projet de cession de toute la portion centrale de notre colonie du Congo, séparant le Gabon des territoires dii Tchad et rendant impossible la conservation de ces derniers. Ni M. de Selves, ni les auties personnages français qui avaient pris part à la négociation ne s'en étaient aperçus. Heureusement, des indiscrétions furent commises et les coloniaux français protestèrent avec énergie contre cette preuve honteuse d'ignorance et d'imprévoyance. D'autre part, le sentiment exprimé -^vec une si significative unanimité au commencement d'août 1914 : « L'Allemagne nous cherche, tôt ou tard nous serons attaqués, il vaut mieux en finir tout^de^suite », commençait à se
(^) K Lord Haldane était alors tout à fait en situation d'envoyer un corps expéditionnaire sur le continent ; sachant bien que la situation était menaçante, il arrêta les manœuvres ordinaires et consacia tout l'argent qui y était destiné à compléter les arrangements pour la mobilisation imminente, particularité qui n'échappa point à l'attention de l'Allemagne. Celle-ci, d'ailleurs, connut parfaitement les conférences qui prirent place alors sous l'administration de Lord Haldane entre les Etats-majors généraux français et britannique. » (Begbie, Vindicaiion, p. 132.)
manifester dans le peuple (Tardieu, le Mystère d'Agadir, p. 522, Paris, 1912), Le gouvernement comprit que les cessions de territoire dans Ib voilée du Congo, sur lesquelles on était à peu près tombé d'accord ay.ec l'Allemagne, devaient être diminuées, sans quoi les Chambres rejetteraient le traité après sa conclusion et l'on se trouverait dans une situation fort mauvaise et fort dangereuse. En conséquence, le 15 septembre, il ordonna à M. Cambon de retirer la concession des îles de l'Oubanghi, puis le 19 d'exiger des enclaves sur la rive droite du Congo et de l'Oubanghi, enfin le 23 septembre, le Conseil des ministres établissant un projet nouveau, rétablit un couloir entre les fleuves et les territoires cédés à l'Allemagne. En recevant ces instructions nouvelles, M. Jules Cambon fut assez alarmé, car ce qu'on lui demandait, c'était, sous la poussée de l'opinion publique, de modifier profondément les bases de négociation connues déjà de l'interlocateur allemand. Aussi, dans les premières conversations de septembre, M. de Kiderlen maintint-il « la nécessité d'un large accès au Congo et à l'Oubanghi ». Mais des raisons d'opportunitfc firent que l'Allemagne finalement se montra conciliante (^). Pour peser sur la France, le gouverne-
(^) Guillaume II eut d'abord l'intention d'en appeler aux armes. On a su plus tard que l'un des paquebots allemands allant de New- York à Hambouig, avait été prévenu par la télégraphie sans fil de ne pas toucher les ports français et anglais sans un nouvel avertissement. Cet ordre n'avait naturellement été lancé que sur l'avis donné par le gouvernement allemand à la Compagnie dont dépendait ce paquebot. Je n'ai malheureusement pas pu retrouver la date exacte de cet incident, mais il a dû se produire le 18 au soir ou le 19 au matin. Le 19, en effet, la Bourse fut mauvaise, et le 20 il y eut une panique