‹ La diplomatie de Guillaume IIChapitre 80 sur 133 · AFFAIRE D A G A D I R · texte numérisé non relu

AFFAIRE D A G A D I R

ment allemand avait d'abord affecté une attitude peu rassurante. Il en était résulté une paaique dans les banques, dont les effets avaient été encore accentués par le retrait de centaines de millions placés dans les banques allemandes par les banques françaises. Pour y remédier, les Allemands avaient fait appel à l'or américain. « Jusqu'à la fin de septembre, le gouvernement impérial pour consolider ce progrès, aveit dû afficher un optimisme qui, à son tour, pour n'être pas démenti, devait peser sur ses décisions dans le sens de la conciliation. D'autre part, dans quelle situation se fut trouvée l'Allemagne si, en cas d'échec.

à celle de Berlin ; les principaux banquiers allèrent demander à la Wilhelmstrasse si la guerre menaçait. On les y rassura, sans doute parce que le même jour 20, les préparatifs de l'Italie contre Tripoli commencèrent à s'ébruiter (ils sont mentionnés pour la première fois dans le Times du 21). Jusqu'à la déclaration de guerre qui fut remise le 29, l'Italie ne fit à l'Allemagne aucune confidence sur ses intentions. Sans doute, on disait depuis quelque temps de différents côtés que l'Italie préparait quelque coup contre la Tripolitaine, mais le premier indice bien clair de ses intentions fut l'avis envoyé^ le 23 septembre, aux vaisseaux de commerce italiens, de quitter d'urgence les ports turcs ou de ne pas y entrer s'ils étaient sur le point de le faire. Le 25 septembre, tandis que la Gazette de Cologne donnait des conseils de prudence à l'Italie, d'autres journaux allemands, moins officieux sans doute, mais reflétant mieux ce jour-là ce qui se disait dans les cercles bien informés, avouaient que la position de l'Allemagne entre son alliée et son protégé, était loin d'être agréable. Cet aspect de la situation, suggéraient-ils, sera apprécié par la France et l'Angleterre qui verront probablement les difficultés de l'Allemagne avec une certaine dose de joie méchante (Schadenfreude). Le Berliner Tagblatl disait ironiquement que les directeurs de la politique avaient indubitablement prévu le conflit actuel avant d'envoyer le Paniher à Agadir. En fait, personne n'avait prévu ce qui allait se passer. Les Italiens se sont hâtés d'entreprendre cette expédition parce qu'ils croyaient la France et l'Allemagne d'accord, or elles allaient en venir aux mains sans l'initiative italienne que la France n'avait pas prévue avant d'agir. — Guillaume, avant 1914, a donc tenté de faire la guerre quatre fois : en 1891, en 1908, en 1909 et en 1911, mais chaque fois il y a prudemment renoncé, parce qu'un des facteurs qu'il jugeait nécessaires a manqué.

elle avait dû préconiser le retour à l'acte d'Algésiras après avoir si complètement, dans l'accord marocain^ abandonné les principes de cet acte ?,.. Enfin à la même date, la guerre italo-turque était venue lui apporter des soucis ('). De quelque côté qu'on l'envisageât, cette guerre était une menace pour la Triplice. Dès avant le débarquement italien, M. de Kiderlen n'avait pas caché à M. Jules Cambon ses préoccupations et ses craintes qu'un conflit italo-turc ne fut que la préface d'une guerre plus générale. Dans ce cas, il avouait que les intérêts matériels de l'Allemagne en Turquie seraient compromis gravement, sinon perdus, et il envisageait certaines mesures à prendre en commun. L'Empereur partageait ce sentiment et l'exprimait quelé[ues jours plus tard à un diplomate étranger en se déclarant désireux d'une prompte entente avec la France. Bref, si la partie était difficile à jouer, nous avions en main une carte . maîtresse. C'est justice de reconnaître que M. Jules Cambon, bien qu'il eut au début peu de confiance,

(1) « L'expédition italienne à Tripoli est en dernière analyse une conséquence de la convention Maroc-Congo. Lorsque l'on sut à Rome que l'incorporation du Maroc dans l'empire colonial français était assurée, le marquis di San Giuliano, qui était alors ministre des Affaires étrangères, dit à son Secrétaire en tirant sa montre ; « Notez cette heure et cette date. Le moment est venu d'aller à Tripoli. Nous n'avons pas le choix, car c'est le dernier moment où nous puissions nous en emparer. » L'expédition de Tripoli a de son côté donné la première impulsion à la guerre des Balkans, qui non seulement a été un coup bien dur pour l'Empire turc, mais encore a eu de vastes conséquences poui l'ensemble de la politique européenne. Ces résultats de l'expédition ' italienne à Tripoli n'entraient pas dans le programme du marquis di San Giuliano et de M. Giolitti qui dirigeaient alors la politique italienne, mais comme il arrive souvent en politique, leur action entraîna des remous plus grands qu'ils ne s'y attendaient. » (Bulow, Deutsche Politik, p. 107.)!

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joua et gagna avec un plein succès. Au bout de cinq jours, l'essentiel était acquis. La coupure continue était évitée. » (Tardieu, Agadir, p. 526.) La double piqûre y fut substituée.

« Les choses en étaient là et tout semblait fini, quand le 26 octobre, sans autre préambule, M. de Kiderlen demanda à M. Jules Cambon que la France renonçât à invoquer contre l'Allemagne son droit de préemption sur le Congo belge... Ce que demandait M. de Kiderlen était pratiquement irréalisable. Comme le gouvernement allemand l'a lui-même déclaré depuis au Reichstag, le droit de préemption de la France sur le Congo n'est pas cessible. C'est un droit strictement personnel et nullement négociable. En outre, Feut-il été, que sa cession à l'Allemagne eut été inadmissible... Elle eut été relevée par la Belgique comme un procédé offensant de notre part... L'Angleterre, au surplus, aurait vu, elle aussi, avec un vif mécontentement la France consentir à une extension' possible de l'Allemagne vers ce centre africain où passe la route du Cap au Caire... (De plus), le 23 juillet, M. de Kiderlen avait spontanément protesté contre l'idée, qui avait circulé dans la presse, que le droit de préemption de la France sur le Congo belge put être mis en cause au cours des négociations franco-allemandes. Notre ambassadeur en fit aussitôt la remarque. » Mais M. de Kiderlen, alléguant que l'Allemagne « n'avait plus sur le Congo et rOubanghi qu'un accès dérisoire » maintint sa prétention^

« La situation était inquiétante, M. de Selves en

avisa iniraédiatement le gouvernement anglais et le gouvernement russe qui partagèrent ses appréhensions. » Ce dernier, toutefois, proposa une formule,, modifiée ensuite par le gouvernement français, prévoyant, en cas de changement de souveraineté de l'un quelconque des territoires du bassin du Congo, une conversation générale et préalable au sujet de l'acte de Berlin. Le 30 octobre, elle était soumise au gouvernement anglais qui la trouvait satisfaisante. Le 1®^ novembre, M. de Kiderlen l'acceptait. Le 4 novembre, le traité définitif était signé. La ratification n'en fut obtenue que péniblement du Parlement, en France comme en Allemagne. Une grande partie des journaux et des hommes politiques qui, dans ce dernier pays, soutiennent la politique intérieure du gouvernement, condamnèrent avec véhémence le traité comme constituant un marché de dupes (^). Bethmann-Hollweg et Kiderlen défendirent le traité en sexcusant de n'avoir pu faire davantage. Ils ne se

(1) « L'Empereur fut attaqué de^tous côtés par le parti de la Guerre ». On lui dit qu'avoir confiance plus longtemps dans l'Angleterre serait un acte de suicide ; l'Angleterre était derrière la France et la Russie, excitant ces deux puissauces tant qu'elle pouvait à attaquer l'Allemagne. C'était un rêve futile de cheicher à biiser l'Entente... Pour le présent, l'Empereur tint ferme. Il envoya un message privé à l'un de nos ministres (ce n'était pas Lord Haldane) par un de ses amis en Angleterre, disant qu'il était ennuyé du nuage qui menaçait nos rapports et suggérant que les deux cabinets devaient conférer ensemble. L'initiative vint de l'Allemagne. Herr Ballin, qui était un homme de paix et qui avait tonte raison de l'être, s'occupa à communiquer les vues de l'Empereur à ce ministre. Ce fut d'ailleurs, dans une certaine mesure au moins, dû à l'influence et au désir évident de Herr Ballin d'éviter une guerre (qui, quels qu'en dussent être les résultats sur terre, devait infailliblement détruire sa prospérité comme armateur) que sir E. Grey commença à espérer de nouveau d'établir de bonnes relationsavec l'Allemagne. » (73egbie, V indication, p. 133.)

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